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Politique

Présidents et Premiers ministres: retour sur cinquante ans de rivalités

Jacques Chirac est le premier chef de gouvernement à avoir claqué la porte de Matignon. Ici face à Valéry Giscard d'Estaing, le 29 septembre 1991. Des années déjà après le partage houleux de l'exécutif, l'échange de regards ne laisse guère de doute sur les sentiments mutuels des deux hommes.

Jacques Chirac est le premier chef de gouvernement à avoir claqué la porte de Matignon. Ici face à Valéry Giscard d'Estaing, le 29 septembre 1991. Des années déjà après le partage houleux de l'exécutif, l'échange de regards ne laisse guère de doute sur les sentiments mutuels des deux hommes. - Frédéric Hugon - AFP

Les désaccords entre François Hollande et Manuel Valls se multiplient. Mais ces tensions entre le président en exercice et son Premier ministre ne font pas exception. D'autres chefs de l'exécutif, tels que Chirac et Valéry Giscard d'Estaing, sont passés par là avant eux. Avec parfois, à la clé, une démission.

Un pied de nez. Ou même une raillerie. Lors de la remise des insignes de grand croix de l'Ordre du mérite à Manuel Valls, François Hollande n'a pas pu s'empêcher de taquiner le Premier ministre. Lors de son discours, le chef d'Etat a cité Georges Clemenceau, l'un des modèles républicains de chef du gouvernement. Non sans ironie. "Clemenceau n'a pas été président de la République, mais on peut réussir sa vie sans être président de la République", a-t-il déclaré, faisant référence aux ambitions présidentielles de Manuel Valls.

Depuis quelques mois, en particulier sur l'assurance chômage, François Hollande et le Premier ministre semblent en rupture. Or, ils ne sont pas les premiers chefs de l'exécutif à connaître la discorde au sein de leur "couple".

Giscard d'Estaing / Chirac: une rancune tenace

Jacques Chirac est le premier chef de gouvernement à démissionner. Nommé Premier ministre par Valéry Giscard d'Estaing en 1974, le jeune gaulliste va rapidement déchanter. Pourtant, les relations qui liaient les deux hommes avaient bien commencé. Durant l'élection présidentielle de 1974, Jacques Chirac préfère soutenir le candidat centriste, tournant le dos à son parti, l'UDR. Un appui qui permet à VGE d'entrer à l'Elysée. Mais le poste de Premier ministre a tout d'un cadeau empoisonné.

En 2009, Jacques Chirac révèle sur Europe 1 que Valéry Giscard d'Estaing "ne [lui] a laissé le choix que d'une personnalité [pour former son gouvernement], Simone Veil". Aussitôt, les désaccords surgissent, notamment sur la loi de programmation militaire. Le président est omniprésent dans les médias et ne laisse que peu d'espace à son Premier ministre.

Quelques semaines avant sa démission, Jacques Chirac est invité au Fort de Brégançon par le président de la République. Alors qu'il arrive sur son 31, pensant aborder des sujets sérieux, le couple présidentiel le reçoit en présence de leur moniteur de ski. Le 26 août 1976, Jacques Chirac quitte Matignon. "Je ne dispose pas des moyens que j'estime nécessaires", explique-t-il alors. Le 5 décembre de la même année, il refonde l'UDR pour former le Rassemblement pour la République (RPR), parti avec lequel il sera élu en 1995. Un téléfilm diffusé sur France 3 en 2013 revient sur la relation des deux hommes. Son titre? "La rupture".

Mitterrand / Rocard: ennemis de longue date

La bataille commence en 1956. François Mitterrand, alors Garde des sceaux, refuse de gracier les prisonniers algériens, lors de la guerre contre l'ancienne colonie. "Assassin!", scande Michel Rocard à son encontre. Les dés sont jetés. Une haine réciproque s'installe. L'ancien inspecteur des finances intègre malgré tout le Parti socialiste en 1974, et tente de se hisser à sa tête. Sans succès.

En 1981, il annonce qu'il est candidat pour représenter le Parti socialiste à l'élection présidentielle. Mais quand François Mitterrand annonce sa candidature, Michel Rocard renonce. Idem en 1988, malgré la défaite de la gauche aux législatives. A la surprise générale, le président Mitterrand le nomme pourtant Premier ministre. Son but? L'éloigner. Le faire échouer. Car le président voit en cette figure montante du PS un rival.

Dans une autobiographie publiée en 2010, Michel Rocard reconnaît que sa "relation avec Mitterrand, comme probablement en temps de vraie cohabitation politique, fait partie des plus mauvais rapports président/Premier ministre de l'Histoire". Comme Jacques Chirac avec Valéry Giscard d'Estaing, le Premier ministre se retrouve mains liées dans le choix de son gouvernement. Mais il tient bon. Les sondages jouent en sa faveur. Une popularité que Mitterrand ne peut supporter. Le 15 mai 1991, il lui demande de démissionner.

Sarkozy / Fillon: l'hyper-président et son collaborateur

Une heure de jogging partagée en début de quinquennat. C'est tout ce qu'il reste de l'"équipe très soudée" que voulait créer Nicolas Sarkozy. En août 2007, l'illusion s'était déjà évanouie. En cause? Les propos retentissants du président de la République (niés depuis): "Le Premier ministre est un collaborateur et le patron, c'est moi".

Les apparitions du Premier ministre sont rares. Très vite, Nicolas Sarkozy se voit attribuer le sobriquet d'"hyper-président". Dans une interview accordée à Europe 1, François Fillon reconnaît que s'il va peu sur le terrain, c’est que Nicolas Sarkozy "ne le veut pas" en déplacement.

Pourtant, François Fillon s'accroche. En apparence. Dans un documentaire diffusé sur France 3 en 2013, il avoue avoir donné plusieurs fois sa démission au président de la République. Mais ce dernier l'a toujours refusée. "Nicolas Sarkozy n'a jamais été mon mentor", a-t-il reconnu lors du remaniement, en 2010. Si l'ex-Premier ministre a fait son travail en soutenant son "patron" en 2012, leurs relations ne se sont pas pour autant améliorées. En témoigne la rencontre glaciale qui a réuni les deux hommes début octobre, et durant laquelle François Fillon a lancé: "Pourquoi ça ne serait pas toi [Nicolas Sarkozy] qui nous soutiendrait, Alain [Juppé] ou moi, en 2017?"

Aude Deraedt