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Déchéance de nationalité: le "baiser de la mort" du FN à Hollande

Florian Philippot, vice-président du Front national, lors de sa campagne pour les régionales le 1er décembre 2015.

Florian Philippot, vice-président du Front national, lors de sa campagne pour les régionales le 1er décembre 2015. - Sébastien Bozon - AFP

Depuis que François Hollande a décidé d'étendre la déchéance de nationalité aux binationaux français, le FN se réjouit ouvertement de la mesure. De quoi gêner un PS déjà très divisé sur la question.

"François Hollande a été touché par la grâce". Pas sûr que le compliment lancé par Florian Philippot touche vraiment le président. Pourtant, dès l'annonce de l'extension de la déchéance de nationalité aux binationaux français, mesure que François Hollande veut inscrire dans la Constitution, le Front national a clamé son accord.

"Dans ces conditions", le FN "pourrait voter" la révision constitutionnelle, a aussitôt dit Florian Philippot, vice-président du Front national. "Premier effet des 6,8 millions de voix pour le Front national aux élections régionales", a réagi à son tour Marine Le Pen. Ces réactions n'étaient que le début d'une série de remarques. "Le gouvernement préfère Marine à Christiane. Encore une victoire idéologique", écrit Florian Philippot sur le même réseau social. Sourire aux lèvres, il n'hésite pas à tresser des lauriers au chef de l'Etat.

Lundi, le secrétaire général du FN, Nicolas Bay, a affiché sa satisfaction et confirmé que les quatre parlementaires d'extrême droite -Gilbert Collard, Marion Maréchal-Le Pen à l'Assemblée, David Rachline et Stéphane Ravier au Sénat- voteraient le texte.

Bapt fustige une "récupération politicienne"

Une stratégie que Gérard Bapt, député socialiste favorable au projet, qualifie de pure "récupération politicienne". Pour l'élu, joint par BFMTV.com, les députés se doivent de répondre par le fond au discours du FN: en rappelant notamment que "cette mesure existe déjà, et a été prise à l'encontre des esclavagistes au 19e siècle" ["Toute infraction à ces dispositions entraînera la perte de la qualité de citoyen français", dit en réalité l’article 8 du décret du 27 avril 1848 sur l’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises].

Mais surtout, Gérard Bapt souligne le fait que "cette proposition ne vient pas de l'extrême droite mais de la droite lorsqu'elle était au pouvoir". Nicolas Sarkozy l'avait évoquée lors de son controversé discours de Grenoble, en 2010.

Marie-Noëlle Lienemann, sénatrice socialiste, est elle vent debout contre le projet défendu par Manuel Valls. Et elle semble peu surprise par la réaction du parti de Marine Le Pen. "Le FN est doublement habile: tous les compliments que fait Florian Philippot embarrassent François Hollande, et le fait que les élus votent le texte délégitimise le Front républicain, explique-t-elle à BFMTV.com. Le FN, qui a toujours du mal à casser le plafond de verre, va désormais pouvoir arguer du fait qu'il a été républicain puisqu'il a voté une loi de la majorité".

"Hollande, je n'en ai rien à faire!"

Amère, Marie-Noëlle Lienemann ne cache pas sa colère contre François Hollande: "il faut ressortir les vidéos de lui qui disait, après le discours de Grenoble de Nicolas Sarkozy, que c'était une remise en cause du droit du sol!" Et à ceux qui arguent du fait que les choses ont changé, la sénatrice rétorque que "c'était prévisible, au moins depuis le 11-Septembre".

Mais que faire, et comment François Hollande peut-il répondre? Voilà qui n'est pas du ressort de la sénatrice. "Qu'ils prennent leurs responsabilités face à l'Histoire! François Hollande, je n'en ai rien à faire. Je ne suis pas hollandaise, je suis socialiste". Les débats commenceront le 3 février. Au Parlement, l'ambiance promet d'être explosive.

https://twitter.com/ariane_k Ariane Kujawski Journaliste BFMTV