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Députés LaREM menacés: "Le plus difficile, c'est de gérer l'inquiétude des proches"

Les présidents de groupes politiquent entrent ensemble à l'Assemblée, mardi 12 février, afin de marquer leur "unité" face aux violences antiparlementaires

Les présidents de groupes politiquent entrent ensemble à l'Assemblée, mardi 12 février, afin de marquer leur "unité" face aux violences antiparlementaires - BFMTV

Depuis le début de la mobilisation des gilets jaunes, plusieurs dizaines de parlementaires ont fait l'objet d'injures, notamment par courrier. De quoi les inciter, parfois, à changer leur manière de travailler.

Pour marquer le coup, rien de tel qu'une petite entorse au protocole. Ce mardi, pour ouvrir la séance hebdomadaire de questions au gouvernement à l'Assemblée nationale, son président Richard Ferrand n'a pas arpenté seul la salle des pas perdus. Une fois n'est pas coutume, il était suivi de tous les présidents de groupe de la Chambre basse, de Jean-Luc Mélenchon à Christian Jacob

L'objet de ce cérémonial inédit: la condamnation, commune à tous les bancs de l'hémicycle, des menaces et violences dont des dizaines de députés ont fait l'objet ces derniers mois. En particulier au sein de La République en marche, comme l'ont révélé puis comptabilisé plusieurs médias au fil des semaines. 

"On ouvre sa boîte et ça explose d'insultes"

La liste commence à être longue, et compterait à ce jour plus d'une soixantaine de noms. Les premiers concernés essaient de faire la part des choses entre le mouvement des gilets jaunes, dont les diverses expressions traduisent un besoin d'écoute et de changements politiques, et les violences marginales mais détestables qui en découlent. 

"J'ai reçu des menaces de mort par écrit, des insultes jusqu'à saturation du répondeur téléphonique, d'autres ont essayé de défoncer la porte de ma permanence... On assiste à un moment de déferlement de violence", constate auprès de BFMTV.com Alice Thourot, députée de la Drôme et rapporteure de la proposition de loi dite "anti-casseurs", votée par l'Assemblée nationale la semaine dernière. 

Un "moment" dans lequel l'élue, comme d'autres, a dû prendre des dispositions, comme le travail à distance. "Il y a des jours où on arrive à prendre le recul nécessaire, d'autres où on est révolté; on ouvre sa boîte mail et ça explose d'insultes, c'est dur à vivre", raconte-t-elle. 

"J'ai fini par craindre pour ma sécurité et celle de mon équipe. Mais le plus difficile, pour moi, a été de gérer l'inquiétude de mes proches. Mes parents étaient très inquiets et m'ont appelée pour me dire de ne pas me représenter en 2022."

S'accommoder

Élu dans l'Eure, le député LaREM Bruno Questel a raconté au Parisien comment il a dû s'accommoder de ce climat malsain.

"Depuis décembre, je suis rentré tous les soirs chez moi, de Paris dans l’Eure. Je n’ai recommencé à dormir dans la capitale que depuis quelques jours. Il m’était impossible de m’écarter de ma famille. J’ai dû installer des alarmes et des systèmes de sécurité", a-t-il raconté, avant de préciser qu'il envisageait de déménager "à moyen terme". 

Pour certains, les lettres de menaces visent bien au-delà de la seule fonction politique de l'élu. En plus d'être menacé de mort ("la valise ou le cercueil"), le député du Val-de-Marne Jean-François M'Baye a reçu une lettre contenant des propos à caractère racistes. Idem pour Hervé Berville, élu dans les Côtes-d'Armor. "Je n'en suis pas à m'éloigner de l'Assemblée nationale. Je continue de vivre de façon linéaire", assure malgré tout Jean-François M'Baye, qui dit vouloir garder la tête froide.

Les réseaux sociaux, "une benne à ordures"

Ancienne dirigeante d'une entreprise spécialisée dans les ressources humaines, Cendra Motin affirme qu'elle a toujours su opérer une "distanciation" entre sa fonction et sa personne.

"Mais là ça a commencé à m'affecter. Récemment, une de mes publications Facebook avait suscité des commentaires d'une telle violence, que j'ai dû la supprimer. Puis j'ai dit 'stop': j'ai fait une pause de deux semaines sur les réseaux sociaux", raconte-t-elle à BFMTV.com.

Alice Thourot, elle, envisage parfois une cure définitive, aussi bien sur Twitter que sur Facebook. "Désormais, je vis les réseaux sociaux comme un déversoir de haine, une benne à ordures", souffle-t-elle. 

"Cendra Soumise"

Comment esquiver les insultes, toutefois, lorsqu'elles sont placardées sur la voie publique? Dans sa circonscription de l'Isère, Cendra Motin dit avoir vu, sur des autocollants posés sur des feux de circulation, sa photo arborant le nom "Cendra Soumise" et le numéro de sa permanence. À la manière des "hotlines roses" d'antan, avec toute l'imagerie liée à la prostitution qui va avec.

"Je ne suis pas particulièrement féministe, mais ces attaques sexistes sont insupportables. Tout comme leur corollaire: il n'est pas normal qu'à chaque événement que j'organise dans le cadre du grand débat, je doive avoir quatre ou cinq gendarmes pour assurer ma sécurité!", s'alarme-t-elle.

L'élue LaREM a su tenir sa famille "à l'écart" de tout cela: "À la maison, on coupe les infos." Mais l'atmosphère délétère que traversent aujourd'hui les parlementaires suscite, d'après elle, une question plus cruciale, liée à sa fonction. "On est entré en politique pour donner envie aux gens d'en faire. Mais si on ne change pas cette situation, si on ne la dénonce pas, qui aura envie de me remplacer? Qui prendra notre suite?"

Jules Pecnard