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Loi "anti-casseurs": l'Assemblée donne son feu vert aux interdictions administratives de manifester

Un manifestant jette un projectile lors du mouvement des gilets jaunes samedi 1er décembre près de l'Arc de Triomphe à Paris.

Un manifestant jette un projectile lors du mouvement des gilets jaunes samedi 1er décembre près de l'Arc de Triomphe à Paris. - GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP

Malgré les critiques, l'Assemblée nationale a voté mercredi en faveur des interdictions administratives de manifester lors de l'examen de la loi "anti-casseurs".

L'Assemblée nationale a donné mercredi soir son feu vert à la possibilité pour les préfets de prononcer des interdictions de manifester, disposition clé de la proposition de loi "anti-casseurs", malgré des critiques jusqu'au sein de la majorité. 

"Il ne faut pas caricaturer" cet article 2 et "en aucun cas il ne s'agit d'autre chose que de garantir le droit de manifester", avait assuré le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner.

Dans l'arsenal français, ces interdictions administratives préalables s'ajouteront aux interdictions qui peuvent déjà être prononcées par la justice lors de condamnations. 

Une décision soumise à des "critères objectifs"

Les préfets pourront prononcer des interdictions de manifester à l'encontre d'individus représentant "une menace d'une particulière gravité pour l'ordre public", sous peine de six mois d'emprisonnement et 7500 euros d'amende en cas d'infraction. 

Par un amendement du gouvernement, cette mesure phare de la proposition de loi sénatoriale LR a été réécrite pour apporter "des améliorations juridiques et opérationnelles", selon le secrétaire d'Etat Laurent Nuñez.

Des "critères objectifs" ont été ajoutés: la personne devra avoir commis des "atteintes graves à l'intégrité physique des personnes ainsi que des dommages importants aux biens" ou encore "un acte violent" lors de manifestations précédentes.

Possible recours en urgence

Le préfet sera en droit d'imposer une convocation à la personne concernée, afin qu'elle ne se rende pas à la manifestation. En cas de risque de participation à d'autres rassemblements, a ajouté le gouvernement, le préfet pourra interdire à la personne de prendre part à toute manifestation sur l'ensemble du territoire national pour une durée jusqu'à un mois.

Les personnes "interdites" de manifester pourront faire un recours en urgence devant la justice administrative, a précisé un amendement de la rapporteure Alice Thourot (LaREM) qui a été adopté.

Critiques dans les rangs de la majorité

L'ensemble de la gauche est monté au créneau, dénonçant des "lettres de cachet" (PS) ou une "loi de circonstance" (PCF) face aux "gilets jaunes", s'attaquant "aux libertés fondamentales de tout un peuple" et introduisant dans le droit commun une mesure permise dans le cadre de l'état d'urgence (LFI).

Le Rassemblement national s'y est également opposé, critiquant un calque des interdictions de stade pour les hooligans alors que la liberté de manifester est d'un niveau supérieur. "On se croit revenu sous le régime de Vichy", s'est exclamé Charles de Courson (Libertés et territoires), suscitant de vives protestations dans la majorité et à droite.

Dans les rangs des "marcheurs", quelques voix se sont également élevées pour réclamer la suppression de l'article, manquant de "garde-fou" selon Delphine Bagarry. Aurélien Taché s'est aussi inquiété de ce que pourrait en faire un pouvoir autoritaire. D'autres élus LaREM ont défendu en vain des amendements pour un meilleur encadrement. De leur côté, les députés MoDem ont plaidé pour une condamnation pénale préalable de la personne. 

A l'inverse, Les Républicains, par la voix d'Eric Ciotti, ont défendu une mesure d'interdiction "opportune et pertinente" qui "va faire progresser la sécurité de nos concitoyens, des forces de l'ordre et des manifestations".

Benjamin Rieth avec AFP