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Notre-Dame-des-Landes: la classe politique divisée à la veille de la remise d’un rapport d’experts

La classe politique divisée sur le dossier Notre-Dame-des-Landes

La classe politique divisée sur le dossier Notre-Dame-des-Landes - JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP

Alors qu'un rapport d'experts doit être remis à Édouard Philippe ce mercredi, le dossier de l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes suscite toujours autant la controverse dans la sphère politique. Une manifestation des pro-aéroport est organisée ce mercredi. Le chef de l'État se donne jusqu'au mois de janvier pour trancher.

Se dirige-t-on vers l'épilogue du dossier "Notre-Dame-des-Landes"? Ce mercredi, un rapport de médiateurs listant les avantages et les inconvénients du projet doit être remis au Premier ministre, tandis que sera organisée dans le même temps une manifestation des "pro-NDDL" à Paris. L'enjeu est de taille pour le gouvernement, qui entend s'appuyer sur le rapport d'experts pour prendre sa décision sur la construction ou non de l'aéroport du Grand Ouest.

Nicolas Hulot, premier acteur concerné en tant que ministre de la Transition écologique, a assuré lundi dans une interview à 20 Minutes qu'il "prendrait (ses) responsabilités en fonction de ce qu'il y a dans le rapport, qui va nous apporter à tous [...] de nouveaux éléments et peut-être de nouvelles alternatives".

Seulement voilà, le rapport d'experts ne trancherait pas en faveur de l'une ou l'autre des options, selon les informations de RMC. Il se contenterait en effet de rapporter des données brutes, de mettre à plat les éléments nécessaires aux politiques, sans pour autant faire de recommandations concrètes. Probablement pas de quoi faire avancer significativement le gouvernement sur ce dossier sensible qui divise la classe politique. 

Le gouvernement joue la carte de la prudence

D'ailleurs, l'exécutif continue de maintenir le flou sur ce sujet. Dans un entretien au Monde, Emmanuel Macron a assuré qu'une "décision définitive (serait) prise au plus tard en janvier", précisant que "les intérêts climatiques (seraient) évidemment pris en compte dans notre décision". "Il y a aussi les aspects démocratiques et économiques", a ajouté le chef de l'État. Le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, a pour sa part évoqué une prise de décision "d'ici quelques semaines" quand Nicolas Hulot affirmait au début du mois que le dénouement aurait lieu "avant les fêtes".

Sur le dossier Notre-Dame-des-Landes, le gouvernement semble donc avancer à tâtons et se garde bien de divulguer tout indice sur l'avancée de sa réflexion. Dans l'intervalle, plusieurs personnalités de la classe politique en profitent pour faire pression sur l'exécutif.

"Déni de démocratie"

Dimanche, l'ancien Premier ministre socialiste Jean-Marc Ayrault a déclaré dans les colonnes du JDD que "passer outre le référendum" favorable à la construction de l'aéroport Notre-Dame-des-Landes serait "un déni de démocratie".

"Aujourd'hui, la question de Notre-Dame-des-Landes n'est plus abordée de façon rationnelle. C'est devenu un totem. On veut un scalp. Est-ce que le président de la République prendra le risque d'aller contre l'intérêt général et la prise en compte des besoins du Grand Ouest et des métropoles de Nantes et Rennes, en plein développement? C'est un test, et un rendez-vous extrêmement important", a encore déclaré l'ancien maire de Nantes.

Celui qui prendra part à la manifestation ce mercredi à Paris, "aux côtés de ceux qui attendent une décision claire", a également réfuté les arguments des écologistes (préservation de la zone humide) favorables à l'abandon du projet: "Si c'était un argument juridique pertinent, les recours auraient été gagnés. Ils ne l'ont pas été. Le projet a respecté un certain nombre d'impératifs en matière d'environnement. À mes yeux, les problèmes environnementaux sont beaucoup plus importants là où se trouve l'aéroport actuel, au bord d'une grande réserve ornithologique classée Natura 2000. L'argument écologique ne tient pas".

La réponse de Royal et Poirson

Des déclarations qui n'ont pas tardé à faire réagir l'ancienne ministre de l'Environnement, Ségolène Royal, dans l'émission Dimanche en politique sur France 3: "Jean-Marc Ayrault s'est bien gardé d'évacuer le site de Notre-Dame-des-Landes. Donc il faut aussi qu'il soit cohérent avec lui-même. C'est bien de donner des leçons mais quand il était aux responsabilités, il n'a pas évacué le site, il n'a pas procédé au lancement des travaux", a-t-elle lâché avant d'ajouter qu'il était "très important de sortir de cette situation de blocage". Sans prendre toutefois parti pour ou contre la construction de l'aéroport.

Même son de cloche du côté de Brune Poirson. Sur Public Sénat, la secrétaire d'État à la Transition écologique a reconnu "avoir beaucoup de respect pour Jean-Marc Ayrault mais il était Premier ministre, il aurait pu agir et se saisir du dossier". "Donner des leçons, c'est un tout petit peu facile", a-t-elle rétorqué.

Travaillant aux côtés de Nicolas Hulot, Brune Poirson déplore un "débat sur Notre-Dame-des-Landes presque hystérisé". Sans se prononcer, restant ainsi fidèle à la ligne gouvernementale, elle juge qu'"on est parfois dans la passion, dans l'irrationnel". "Je crois que ce qui est important", a-t-elle ajouté, "c'est de remettre de la rationalité, de la distance, de façon à prendre la bonne décision".

L'opposition interpelle Macron

Chez Les Républicains, Bruno Retailleau, ancien président de la région Pays-de-la-Loire, a prévenu Emmanuel Macron sur notre antenne:

"S'il recule, ce serait la première reculade du président de la République. Ce serait grave, ce serait un manquement à la parole donnée, une faute contre la démocratie [...] et ce serait une faute contre l'État de droit. Ca voudrait dire qu'en France, le président de la République actuel cède au chantage des zadistes qui sont des ultra-violents".

À l'inverse, l'eurodéputé écologiste Yannick Jadot campe sur ses positions et appelle le chef de l'État à "arrêter ce projet totalement dingue". Dénonçant un référendum qui a donné lieu à une "consultation totalement biaisée", l'ancien vainqueur de la primaire écologiste a poursuivi en indiquant que "la seule rationalité économique aujourd'hui, c'est de ne pas être dans le jetable". Et d'ajouter: "On n'a jamais évalué sérieusement l'amélioration de Nantes Atlantique qui est l'aéroport actuel, plutôt que de le jeter pour aller mettre du béton sur une zone humide, sur des terres agricoles et sur de la biodiversité".

Un projet "créateur d'emplois" pour la maire de Nantes

L'une des principales intéressées, la maire de Nantes, Johanna Rolland, s'est, pour sa part, ouvertement prononcée dans les colonnes de Paris-Match en faveur de la construction de l'aéroport "car il participe d'un développement de Nantes et du Grand Ouest" et est "créateur d'emplois". En outre, elle dit espérer "une décision claire et courageuse de l'État".

Reste que sur place, plusieurs centaines d'activistes occupent la ZAD. À RMC, une personnalité politique proche de la zone confie que l'approbation du projet conduirait à une évacuation de la ZAD susceptible de donner lieu à "une boucherie". "Il y a des gens dans la ZAD qui sont prêts à en découdre, poursuit un conseiller au sein du gouvernement. Ils sont prêts à mourir en martyre pour cette cause". 

L'exécutif aura donc fort à faire s'il veut clore ce dossier ultra-sensible de manière apaisée. Car, pour l'heure, le gouvernement ne semble pas en mesure d'échapper à la grogne, quelle que soit l'issue qu'il privilégiera. Les prochaines semaines s'annoncent aussi déterminantes qu'explosives.

Paul Louis