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Notre-Dame-des-Landes: à l'heure de trancher, tous les regards braqués sur Hulot

Nicolas Hulot et Emmanuel Macron le 15 novembre dernier, lors de la COP23.

Nicolas Hulot et Emmanuel Macron le 15 novembre dernier, lors de la COP23. - AFP

Même s'il assure ne pas avoir fait de l'aéroport une "ligne rouge" sur sa présence au gouvernement, Nicolas Hulot est au centre de la décision à venir de l'exécutif.

Après des décennies d'attente, le dossier de Notre-Dame-des-Landes pourrait trouver un épilogue. Emmanuel Macron s'apprête à trancher sur le sujet: lorsqu'il était candidat, il avait promis de se laisser six mois pour décider quelle solution adopter. Depuis son arrivée à l'Elysée, trois médiateurs ont été nommés et vont remettre leur rapport le 13 décembre. 

Dans leur rapport, ils évoquent deux hypothèses déjà connues: construire le nouvel aéroport sur la surface de Notre-Dame-des-Landes ou agrandir celui de Nantes, qui se trouve en réalité au sud de la ville, à Bouguenais. Sans faire de préconisation, leur rapport consisterait à étudier les avantages et inconvénients de chaque hypothèse, selon RTL, ainsi qu'à chiffrer le coût et l'influence sur le trafic des deux projets.

Pas de "deal" ni de chantage, assure Hulot

Outre les possibles solutions, le choix d'Emmanuel Macron sera très politique. Car le ministre de la Transition écologique, Nicolas Hulot, n'a jamais caché son opposition au projet de nouvel aéroport. Alors qu'il évoquait son utilité au gouvernement, il avait demandé en octobre à ce qu'on lui repose la question "en décembre". Une façon d'exercer une amicale pression sur le gouvernement.

Entre-temps, Emmanuel Macron a reçu le message, et convié à dîner le très populaire ministre pour le rassurer. Mais depuis, ce dernier a dû avaler la couleuvre du recul sur la part du nucléaire. Un événement qu'il aurait mal vécu, même si officiellement il assure qu'il s'agit d'une "avancée" qui lui "donne de l'autorité". Désireux d'éviter à tout prix la démission de Nicolas Hulot, Emmanuel Macron pourrait donc faire le choix de soutenir son ministre, selon RTL.

Mais Nicolas Hulot l'assure, il n'a jamais été question de "deal" sur Notre-Dame-des-Landes avec le Premier ministre Edouard Philippe.

"J'ai dit à Edouard Philippe et à Emmanuel Macron quelles étaient mes convictions profondes sur tout un tas de sujet, dont celui-ci, avant d'accepter de devenir ministre", explique-t-il dans L'Obs paru jeudi. "Mon opposition à ce nouvel aéroport était donc connue de tous".

Mais pas au point d'en faire un casus belli, assure le ministre:

"Si je vous dis que c'est une ligne rouge, c'est une forme de chantage. Or je ne veux rien obtenir par le chantage. Ce ne serait ni sain, ni durable."

La très épineuse question de la ZAD

Selon Nicolas Hulot, "toutes les alternatives n'ont pas été étudiées. C'est pour cela que j'ai souhaité qu'une commission de médiateurs soit mise en place", dit-il. S'il avait dit vouloir respecter les résultats du référendum de juin 2016 qui avait vu le "oui" à l'aéroport l'emporter, il soulève tout de même la question de la "légitimité de la consultation locale". "A-t-on soumis à cette consultation toutes les options possibles?", s'interroge-t-il.

Ce jeudi, un nouveau sondage commandé à l'Ifop par le Syndicat mixte aéroportuaire vient ajouter de l'eau au moulin des défenseurs du nouvel aéroport. Il indique que 74% des sondés disent qu'il faut tenir compte en priorité de l'avis des habitants de Loire-Atlantique sur ce dossier – soit ceux qui ont voté en 2016. Autre enseignement de cette étude: 54% des personnes interrogées répondent positivement à la question de savoir si Emmanuel Macron doit tenir son engagement de "faciliter le début des travaux" après la médiation. Et enfin, 58% sont favorables au recours à la force pour "faire appliquer le droit dans la Zad".

Quelle que soit la décision prise par Emmanuel Macron, la question de cette "zone à défendre" s'avère plus qu'épineuse. Nicolas Hulot reconnaît un "problème d'autorité". Son évacuation "nécessiterait de mettre sur pied une vaste opération de sécurité mobilisant plus des deux tiers des forces mobiles du pays, avec le risque de trois ou quatre morts", dit-on Place Beauvau, cité par Paris Match. Le souvenir de la mort du militant Rémi Fraisse, sur le chantier du barrage de Sivens est dans toutes les têtes. Le gouvernement devra faire en sorte d'éviter une nouvelle catastrophe.

Ariane Kujawski