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Quelques jours avant de se choisir un président, Les Républicains communient pour pilonner Castaner

Les députés LR Eric Ciotti et Guillaume Larrivé, à l'Assemblée nationale le 7 octobre 2019

Les députés LR Eric Ciotti et Guillaume Larrivé, à l'Assemblée nationale le 7 octobre 2019 - AFP - Alain Jocard

Si la plupart des ténors de la droite ont salué le discours d'Emmanuel Macron sur "l'hydre islamiste", l'ensemble des troupes de LR tape à bras raccourci sur le gouvernement, coupable à leurs yeux d'incompétence face à la menace terroriste.

Au moins, ils se sont mis au diapason sur la sémantique. Depuis l'attaque terroriste de jeudi, l'ensemble des cadres du parti Les Républicains et le gouvernement évoquent tous deux les "dysfonctionnements" qui ont permis au drame de se produire. Un terme qui a le mérite de ne brusquer plus grand-monde, l'imbroglio autour des signalements sur Mickaël Harpon ayant généré une violente unanimité à l'égard de l'action du ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner. 

À moins d'une semaine de l'élection à la présidence de LR, cela tombe plutôt bien. Après plusieurs mois de campagne, les trois candidats au poste - Julien Aubert, Christian Jacob et Guillaume Larrivé - et leurs soutiens peuvent estomper les clivages, déjà soigneusement lissés, pour tonner de concert contre l'exécutif. Sur un thème, qui plus est, totalement consensuel au sein de la droite: le régalien. Et ce même si, dans l'ensemble, tous ont salué le discours "de fermeté" prononcé par Emmanuel Macron lors de son hommage aux victimes de l'attentat.

"C'est de bonne guerre"

Quoi de mieux, au-delà de l'aspect tragique des circonstances, de se défouler en meute? Cela peut paraître dérisoire, mais l'intérêt politique sous-jacent est indéniable. "Quand on est ministre, sur ces sujets, il ne peut pas y avoir de couac", tranche un cadre LR auprès de BFMTV.com. Avant de développer, l'air malicieux:

"C'est de bonne guerre. D'une certaine manière ce serait un peu criminel, politiquement, de ne pas en profiter. Parce que Macron, il ne faut pas s'y tromper, derrière son recentrage sur l'immigration depuis un mois, il y a la volonté de tuer la droite. On ne va pas lui faire ce cadeau. Quant à Castaner lui-même, c'est un type sympa, mais il est incompétent. Le ministère de l'Intérieur, ça s'incarne: Manuel Valls, Charles Pasqua, Bernard Cazeneuve... Très bon ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve. Là, on en est loin." 

Un sentiment d'autant plus partagé au sein de la droite qu'il permet à celle-ci de s'accorder sur un dénominateur commun avant une période où, selon les scores qu'afficheront les prétendants dimanche, les ferments de la division seront plus ou moins prégnants. Aucun risque pour l'instant, car comme nous l'assure, fataliste, un ancien dirigeant du parti: 

"En réalité il n'y a pas beaucoup de divisions, parce que chez LR il n'y a plus personne. Ça facilite les choses." 

Tir de barrage à l'Assemblée

D'où le tir de barrage lancé lors de la séance de questions d'actualité mardi au palais Bourbon. Le député des Alpes-Maritimes Éric Ciotti, qui présidera la commission d'enquête parlementaire portant sur les événements du 3 octobre, a ouvert le bal:

"Le déni et la banalisation qu’a entretenu le ministre de l’Intérieur sont insupportables et inacceptables!"

Quelques minutes plus tard, c'est au tour de la députée du Doubs Annie Genevard, de tempérament habituellement pondéré, de fustiger la "peur de la stigmatisation", la "réticence" du gouvernement "à qualifier l'acte" et la "lâcheté du politiquement correct".

Après la réponse de Christophe Castaner, l'élue LR s'est permis de répliquer: "Quand on ne sait pas, il vaut mieux ne pas dire; il vaut mieux ne pas répondre." Dans les rangs du groupe, certains comme Fabien Di Filippo n'hésitent pas à beugler "Démission!". 

Rebelote dans la foulée pour Éric Ciotti qui, en fin d'après-midi, s'est donné à cœur joie d'en rajouter une couche lors de l'audition du ministre de l'Intérieur:

"Vous êtes en charge de la sécurité des Français, c'est une responsabilité lourde. (...) Vos propos hâtifs (...) ont altéré la crédibilité de votre fonction, elles ont altéré la parole du ministre de l'Intérieur. (...) Je voudrais vous demander personnellement si vous regrettez d'avoir parlé si vite?"

Palliatif de courte durée

N'en jetez plus! Certains députés, s'ils reconnaissent que les bévues du locataire de la place Beauvau leur procurent un bol d'oxygène, n'en expriment pas moins leur inquiétude. Quitte à en rajouter un peu:

"Ça peut donner l'air de tirer sur une ambulance de taper sur Castaner, mais ce n'est pas nous qui le maintenons coûte que coûte à son poste", déplore un député LR. "Son audition à l'Assemblée nationale était délirante. Quand il nous dit que l'imam de Gonesse a fait l'objet d'une OQTF (obligation de quitter le territoire français, ndlr) sans pouvoir expliquer pourquoi elle n'a pas été exécutée, franchement... Un ministre, il est censé être en charge de son administration, bon sang!"

Pour le parti de la rue de Vaugirard, ce palliatif sera de courte durée. Si d'aventure Christian Jacob - dont les attaques contre Christophe Castaner se sont voulues moins violentes que celles de Julien Aubert ou Guillaume Larrivé - ne parvient pas à "plier le match" ce week-end, certains craignent des lendemains difficiles.

"Le pire serait une victoire de Jacob au premier tour à 51% avec un candidat à 35 et l'autre à 14. Il vaut mieux mettre une grosse claque... Ça évitera de scléroser le parti avec les desiderata de chacun", analyse un soutien du député de Seine-et-Marne. 

Passé ce stade, les LR seront face à eux-mêmes. Christophe Castaner pourra alors difficilement faire office d'os à ronger. 

Jules Pecnard