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Primaire Les Républicains: comment Juppé, Le Maire et Fillon financent leur campagne

François Fillon (1er en partant de la gauche), Alain Juppé (1er en partant de la droite) et Bruno Le Maire (2ème rang, 2ème en partant de la droite), doivent réunir plusieurs centaines de milliers d'euros e, vue de la primaire LR.

François Fillon (1er en partant de la gauche), Alain Juppé (1er en partant de la droite) et Bruno Le Maire (2ème rang, 2ème en partant de la droite), doivent réunir plusieurs centaines de milliers d'euros e, vue de la primaire LR. - Jacques Demarhton - AFP

Alors que Nicolas Sarkozy a souhaité que le projet présidentiel des candidats à la primaire des Républicains soit conforme aux valeurs sur lesquelles le parti s´engagera dans cette bataille, un autre sujet mobilise les rivaux de l´ex-président: le financement de leur campagne. La grande course aux dons a commencé.

Pour gagner une bataille électorale, les bonnes idées et le charisme ne suffisent pas. Le nerf de la guerre, c´est l´argent. Pour Alain Juppé, François Fillon, et Bruno Le Maire, la manne nécessaire en vue de la primaire des Républicains est à peu près identique: au minimum 1 million d’euros… "Entre 1 et 2 millions d’euros, on fait une bonne campagne" précise-t-on dans l’entourage d’Alain Juppé.

Pour financer la campagne, il n’existe donc qu’un seul levier: les dons. Un mode financement très encadré. Ces dons ne peuvent être faits que par des personnes physiques (pas d’entreprises ou d’associations). Et ils sont plafonnés à 7.500 euros par personne. Chaque candidat planifie donc une stratégie de fundraising, pour récolter des dons via son micro-parti.

Les chefs d'entreprises ciblés

Cible privilégiée des candidats: les grands donateurs, autrement dit des supporters capables de signer des chèques supérieurs à 1.000 euros. Bruno Le Maire organise ainsi deux fois par semaine des rencontres restreintes avec 3 ou 4 prospects au portefeuille bien garni. Tous les mois, il s’adresse à 40 ou 50 donateurs potentiels, réunis à huis clos, souvent des chefs d’entreprises qui souhaitent garder l’anonymat.

En coulisse, un homme utilise son carnet d’adresses et anime le réseau. C’est Alain Missoffe, un descendant de la famille Wendel, responsable du fundraising de Bruno Le Maire.

C’est à peu près le même schéma pour François Fillon. Pour attirer les grands donateurs, un grand patron, Pierre Danon, ancien PDG de Numericable, fait jouer son réseau. Tous les mois, un "apéro" est organisé dans les locaux parisiens de son micro parti, Force Républicaine, dont l'ex-Premier ministre a confié le soin de gérer les finances à une ancienne banquière d’affaire.

Les Français de l'étranger plus enclins à donner

Le bon filon, ce sont les français de l’étranger (le quart des dons de plus de 1.000 euros). Ces donateurs potentiels sont en effet moins pudiques et très libérés sur la question du don à un parti politique. "Culturellement, les expatriés gardent un attachement fort à la France, c’est un moyen pour eux de garder le lien avec le pays", nous explique l’entourage de François Fillon, qui s´est déjà rendu trois fois à Londres cette année.

Du côté d’Alain Juppé, on reste beaucoup plus discret sur cette course aux dons. Il n’y a pas de grands patrons en charge d’animer un réseau de donateurs… "Les donateurs prêchent eux-mêmes la bonne parole", assure un proche du maire de Bordeaux. Des rencontres restreintes avec des prospects potentiels sont organisées régulièrement, mais l’équipe d’Alain Juppé prend le soin de préciser qu’elle ne cible pas les déplacements en fonction des donateurs.

S'appuyer sur les thèmes d'actualité

L’autre levier pour financer la campagne, ce sont les dons spontanés, l’argent récolté par Internet, et par mailing. En la matière aussi, à chacun sa stratégie. Bruno Le Maire s’appuie sur un sujet d’actualité où il tente d’imposer son tempo. Il a, par exemple, créé la polémique en proposant fin aout le rétablissement de la double peine pour les terroristes étrangers. Dans la foulée, début septembre, il a envoyé une lettre dont BFM Business s’est procuré une copie. Cette lettre a été envoyée à tout son fichier de donateurs potentiels. Il y détaille cette proposition de loi choc qu’il va faire, et termine sa lettre par un appel au don pour sa campagne.

François Fillon, lui, ne surfe pas sur l’actualité. Tous les 2 mois il publie en détail son projet sur un thème précis (Immobilier, finances publique, Europe, etc…). En parallèle, un mailing est envoyé à 10.000 donateurs potentiels.

L’équipe d’Alain Juppé reste plus discrète sur ces dons spontanés. Il a bien un site qui fait appel au soutien des Français. On y apprend même qu’avec un don de 30 euros, il peut financer l’équivalent de 200 tracts. Mais ce site d’Alain Juppé est moins visible que celui de François Fillon ou Bruno Le Maire. Celui qui caracole en tête des sondages ne veut pas renvoyer l’image d’un candidat qui court après les dons.

Mathieu Jolivet