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Les propos de Wauquiez sèment la pagaille chez les ténors LR

Laurent Wauquiez et Valérie Pécresse lors d'un déplacement commun, le 31 janvier 2018.

Laurent Wauquiez et Valérie Pécresse lors d'un déplacement commun, le 31 janvier 2018. - Thomas Samson - AFP

Valérie Pécresse et Xavier Bertrand pourraient profiter de la polémique déclenchée par les propos de Laurent Wauquiez face aux étudiants de l'EM Lyon.

Nicolas Sarkozy, Emmanuel Macron, Gérald Darmanin… Devant les étudiants de l'EM Lyon, Laurent Wauquiez n'a pas épargné ses adversaires politiques. Au point que l'enregistrement puis la diffusion de ses propos ont déclenché une nouvelle polémique. Elle secoue le bateau LR, à un moment où son président regagnait des points dans l'opinion. Son passage dans l'Emission politique, bien que peu suivi, avait été jugé plutôt convaincant et avait été suivi par deux victoires aux législatives partielles.

L'affaire de l'EM Lyon tombe donc au mauvais moment. Les propos de Laurent Wauquiez "ne concourent pas au rassemblement" du parti, a convenu Eric Woerth, président LR de la Commission des finances, visiblement gêné. Pendant ce temps, les porte-parole de LR tentent de défendre le président en soulignant le "manque de déontologie" des journalistes à l'origine des révélations. "Si certains considèrent que cet épisode serait un épisode catastrophique, ils vont en être pour leurs frais", assure Gilles Platret, maire LR de Châlons-sur-Saône.

Xavier Bertrand se pose en opposant...

Certains en ont pourtant fait le pari. Xavier Bertrand a pris la parole le premier, et n'a pas hésité à s'en prendre à son ancien allié. L'ex-LR, président des Hauts-de-France, a répété en boucle sur BFMTV que les propos de Laurent Wauquiez constituaient "une des raisons pour lesquelles [il a] quitté Les Républicains (…) Il y a cette violence, ce cynisme en politique que je n'accepte plus".

Il dénonce 'une stratégie électorale" de la part de Laurent Wauquiez, et se pose par la même occasion en premier opposant face à lui. "Cette logique aboutira au final à une forme de fusion (de la droite, NDLR) avec une forme de l'extrême droite". "Quand on prend les mêmes thèmes, les mêmes termes... Quand il y a la même violence, c'est pour nous conduire à cela et je refuse cette dérive", a-t-il martelé.

... Et Pécresse choisit le silence

Si le président des Hauts-de-France a choisi de répondre avec fermeté, Valérie Pécresse a choisi la stratégie inverse: le silence. Depuis vendredi, la présidente d'Ile-de-France n'a pas dit un mot sur la question. Seul Vincent Jeanbrun, l'un des porte-parole du mouvement "Libres", s'est fendu d'un tweet ironique sur le "cours" de Laurent Wauquiez: "ça coûte combien un cours de cette qualité? A peine 17.500 euros la scolarité à l'EMLyon pour passer maître dans l'art du cynisme, de la diffamation et de l'injure!", écrit-il.

Le clan Pécresse ne dira rien. Contacté, un cadre soupire avant de lâcher pour seul commentaire: "C'est déjà suffisamment pénible comme ça…". Même chose du côté des jeunes recrues de Valérie Pécresse au sein de son mouvement. Florence Portelli, candidate malheureuse à l'élection pour la présidence de LR, est "consternée, comme tout le monde", selon l'un de ses proches. Mais elle ne l'exprimera pas publiquement: "Cela ne sert à rien de s'abaisser à commenter, ses propos se suffisent à eux-mêmes. Même si fatalement, cela renforce l'image dure et cynique de Laurent Wauquiez, dont il se défendait. Ça révèle son cynisme et sa violence".

Installer un rapport de force 

Si Valérie Pécresse a choisi la discrétion, c'est aussi pour ne pas troubler la séquence lancée la semaine passée: outre le recrutement au sein de son mouvement de Florence Portelli et Maël de Calan, les deux perdants de l'élection LR face à Wauquiez, elle a doté "Libres!" d'un organigramme digne d'un parti indépendant, avec ses conseillers politiques, ses porte-parole et bientôt ses référents départementaux. Objectif: monter en puissance et installer le rapport de force. 

En parallèle, Valérie Pécresse avance régulièrement ses propositions. Les dernières en date concernent la lutte contre les déserts médicaux. "Valérie va donc passer la semaine à parler du fond et dérouler ses propositions, pendant que Laurent Wauquiez va devoir se justifier et se défendre", analyse un proche. "Cela renforce clairement Valérie Pécresse dans sa démarche". A l'intérieur ou à l'extérieur du parti, la guerre ne fait que commencer.

Ariane Kujawski