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Macron, Darmanin, Sarkozy: ne se sachant pas enregistré, Wauquiez balance tous azimuts

Laurent Wauquiez, président des Républicains, est intervenu ces jeudi et vendredi à l'EM Lyon, une école de commerce, devant un parterre d'étudiants sélectionnés sur lettre de motivation. Demandant que ses propos ne soient pas divulgués sous une forme ou une autre, il a livré ses quatre vérités sur le personnel politique. Hélas pour lui, l'émission Quotidien, sur TMC, a pu se procurer un enregistrement et l'a diffusé.

Laurent Wauquiez, président fraîchement élu des Républicains, donnait cours à l'EM Lyon, une école de commerce rhodanienne, ces jeudi et vendredi. D'après un reportage paru sur le site de 20 Minutes, le président du Conseil régional d'Auvergne-Rhône-Alpes s'était déjà livré à cet exercice à la fin de l'année 2017 au sein du même établissement. 

Et une venue de Laurent Wauquiez n'est pas tout à fait une journée portes ouvertes. Les élèves qui ont pu assister à son séminaire avaient été sélectionnés sur la base d'une lettre de motivation. D'après un membre de la direction, cité toujours par 20 Minutes, celui qui est l'un des principaux opposants à Emmanuel Macron devait s'exprimer "comme un expert et de façon apolitique". 

Mais Laurent Wauquiez ne l'entendait apparemment pas de cette oreille. Et, pour être sûr de pouvoir parler librement, il avait intimé à ses auditeurs de ne pas l'enregistrer, filmer ou mentionner ses propos sur les réseaux sociaux. Visiblement, la consigne n'a pas été respectée par tout le monde. Ce vendredi soir, en effet, l'émission Quotidien sur TMC a diffusé un enregistrement audio, en forme de florilège, des déclarations du Républicain durant son cours de jeudi, et l'a aussi mis en ligne sur Twitter. Il apparaît que d'Emmanuel Macron à Nicolas Sarkozy, en passant par Gérald Darmanin, tout le monde en a pris pour son grade. 

Wauquiez sur Darmanin: "Je ne lui promets pas un grand avenir"

C'est sans doute avec son ancien collègue des Républicains, passé à la Macronie et surtout devenu ministre de l'Action et des Comptes publics, que Laurent Wauquiez s'est montré le plus dur. Avant qu'on apprenne ce vendredi le classement sans suite d'une première plainte déposée contre le ministre pour viol, il a fait référence aux accusations dont fait l'objet Gérald Darmanin. "Vous regardez Darmanin, vous avez une interview sur France Info avec Apathie, qui est absolument extraordinaire ! Mais c’est un monument ce truc ! C’est du Cahuzac puissance 10 ! Le type sait très bien ce qu’il a fait, il sait très bien ce qui va arriver", a-t-il dit. "Vous penserez à moi dans les semaines qui viennent. Mais lui, je ne lui promets pas un grand destin. Parce que ça va faire très mal", a-t-il ensuite glissé sans ambages. "Et il y a une deuxième affaire qui vient de sortir. Dans laquelle, à nouveau, il a usé de faiblesse. Et ça n’est que le début. Et donc il va tomber !" a encore lancé Laurent Wauquiez. 

Il a aussi rappelé qu'il avait exigé le départ de Gérald Darmanin, initiative qui n'avait pas fait l'unanimité au sein de sa formation politique. Revenant sur cet épisode, il a d'abord dit: "J’ai eu toute une série de voix dissonantes qui ont dit: ‘Non, mais nous, on trouve que c’est bien, il faut qu’il reste, présomption d’innocence’." Laurent Wauquiez a aussitôt repris: "En ayant eu une séance de débat autour de la table, avec un certain nombre de responsables de ma famille politique, en les regardant dans les yeux je me demandais: 'Il y en a combien qui se disent: ‘Pourvu que ça ne m’arrive pas’?"

  • Wauquiez est sûr que Macron a "organisé" la "démolition" de Fillon

Laurent Wauquiez a bien sûr évoqué le cas du président de la République, auquel il entend s'opposer frontalement. Il a d'abord comparé leurs situations respectives, et, étonnamment, d'un point de vue vestimentaire: "Le président de la République, Macron, lui, pour faire cool, il fait comme moi. Il se met en chemise, en bras de chemise. Jamais un président de la République ne s’était mis en bras de chemise !"

De manière plus significative, il a surtout semblé l'accuser d'avoir piloter, ou d'après ses mots, "téléguidé" l'affaire Fillon: "Objectivement, Macron a quand même eu un alignement des planètes assez inespéré. Que Fillon gagne la primaire et que derrière, ils le démolissent, ça je suis sûr et certain qu’il l’a organisé. Je pense qu’ils ont largement contribué à mettre en place la cellule de démolition, oui bien sûr. Je n’ai aucun doute que le machin a été totalement téléguidé."

Sarkozy dans le viseur 

Il ne faut pas croire que Laurent Wauquiez a épargné ceux qui passent pour ses amis ou même ses mentors. Il a en effet donné un tour crépusculaire voire paranoïaque à la fin du quinquennat de Nicolas Sarkozy. "Nicolas Sarkozy en était arrivé au point où il contrôlait les téléphones portables de ceux qui rentraient en Conseil des ministres", a-t-il posé. 

"Il les mettait sur écoute pour pomper tous les mails, tous les textos… Et vérifiait ce que chacun de ses ministres disait au moment où on entrait en Conseil des ministres", a-t-il conclu sur ce sujet. 

Pas convaincu par le charisme de Merkel

Deux questions, deux réponses. Un compliment, une pique. Laurent Wauquiez ne s'est pas embarrassé des formalités pour expédier le cas de la chancelière allemande: "Est-ce que vous considérez qu’Angela Merkel incarne le pouvoir ? Un peu moins ces temps-ci, mais oui. Vous avez déjà regardé son compte Instagram ? Croyez-moi, pour y trouver du charisme, il faut vraiment se lever de bonne heure !"

La circulation de cet enregistrement ne fera pas tellement d'heureux dans le monde politique. D'ailleurs, celui-ci commence déjà à réagir. Ce vendredi dans la soirée, Christophe Castaner, secrétaire d'Etat chargé des Relations avec le Parlement et délégué général de La République en marche, a tweeté: "La vraie nature de Wauquiez: mépriser les journalistes, Nicolas Sarkozy ou Angela Merkel et même se convaincre qu'Emmanuel Macron le copie! C'est Surprise Surprise? Non?"

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Nicolas Sarkozy

Robin Verner