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Affaire Penelope, adieux à la politique, procès... Fillon sort du silence pour défendre son "honneur"

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S'exprimant pour la première fois publiquement sur sa défaite à l'élection présidentielle 2017 et sa mise en examen, l'ancien Premier ministre de Nicolas Sarkozy a tenté de défendre son honneur sur l'émission Vous avez la parole.

Étrange retour en arrière que celui effectué par François Fillon ce jeudi soir sur France 2. Deux ans et demi après sa cuisante défaite à l'élection présidentielle de 2017, l'ancien candidat Les Républicains a tenté de dire une part de "sa vérité" aux Français, au cours d'un numéro spécial de l'émission Vous avez la parole. En revisitant le passé - douloureux pour la droite et ses électeurs - d'une campagne au cours de laquelle le vainqueur de la primaire LR, devenu favori de la compétition, a été déboulonné par une mise en examen.

"Penelopegate", costumes Arnys offerts par Robert Bourgi, rapport à l'argent, à son ancien parti, à la politique... S'il a refusé de répondre de manière exhaustive à plusieurs questions posées par les journalistes Léa Salamé et Thomas Sotto, l'ex-Premier ministre de Nicolas Sarkozy a voulu faire montre de pugnacité à moins d'un mois de son procès.

  • Adieu à la vie politique

François Fillon sera jugé notamment pour "détournement de fonds publics" du 24 février au 11 mars devant le tribunal correctionnel de Paris. Lui et son épouse Penelope, ainsi que son ancien suppléant à l'Assemblée nationale Marc Joulaud, seront jugés dans l'affaire des emplois présumés fictifs de Penelope Fillon. Emplois pour lesquels elle aurait touché plus d'un million d'euros entre 1998 et 2013. Le couple devra aussi répondre de "complicité et recel d'abus de biens sociaux" pour un emploi présumé en partie fictif à La Revue des Deux Mondes.

Avant de s'exprimer là-dessus, François Fillon a toutefois assuré qu'il avait définitivement tourné la page de sa vie politique. "Je ne chercherai pas à revenir", a d'emblée déclaré celui qui travaille désormais en tant que "senior advisor" chez le gestionnaire d'actifs Tikehau. Une entreprise dans laquelle l'intéressé s'épanouirait particulièrement bien. 

"J'ai perdu l'élection et j'ai une responsabilité vis-à-vis des électeurs et de ma famille politique", estime l'ancien député de la Sarthe. De plus "j'ai entraîné ma famille dans une épreuve d'une violence inouïe et je n'ai aucune envie de les entraîner de nouveau dans cette violence", a-t-il ajouté, en référence à son épouse et ses enfants. 
  • Penelope, sa "plus importante collaboratrice"

Sur son épouse, justement, François Fillon ne change pas sa défense d'un iota. Il persiste et signe, Penelope Fillon était sa "première et (...) plus importante collaboratrice" parlementaire. "Dès le début, nous avons travaillé ensemble", assure-t-il, indiquant que les juges nommés en 2017 pour instruire son dossier - notamment le redouté Serge Tournaire - n'ont pas tenu compte des témoignages et documents mis à leur disposition avant la mise en examen. "Les preuves seront apportées durant le procès", a-t-il promis.

Affirmant que son épouse a été rémunérée "en moyenne 3000 euros par mois" durant la période où elle a été sa collaboratrice (un salaire qui parfois dépassait les 5200 euros net), François Fillon entend défendre l'honneur de Penelope qui, dit-il, "a été déchiqueté dans cette affaire". Il argue par ailleurs du fait que de très nombreux parlementaires ont, comme lui, pu embaucher leur conjoint - une centaine, a-t-il évoqué, sous la dernière législature.

Par ailleurs, l'ex-Premier ministre estime que la justice (et les médias) cultivent une grande méconnaissance du travail de collaborateur parlementaire, qui selon lui a des modalités diverses. Il a mis en garde contre la "fonctionnarisation" de l'élu et de ses équipes. 

Quant à la fameuse interview accordée en 2007, alors que François Fillon venait de s'installer à Matignon, par Penelope à la journaliste britannique Kim Willsher, à qui elle explique qu'elle n'a "jamais été son assistante", l'ancien candidat a joué sur la sémantique. "Le mot d’assistante a une autre signification en anglais qu’en français", a-t-il déclaré, ajoutant que son épouse a toujours été d'une grande "timidité". 

  • Il dénonce une "procédure d'exception"

De façon plus significative, François Fillon a dénoncé la célérité de la justice à son endroit, plus spécifiquement celle du parquet national financier. "Je vais pour la première fois, devant des juges impartiaux, pouvoir me défendre", a-t-il souligné. D'après lui, "toute la procédure était une procédure d'exception, à charge, ne prenant jamais en compte (ses) arguments".

"Je ne peux pas laisser ma vie politique, mon engagement disparaître derrière ce procès, (...) je pense que je dois des explications aux millions de Français qui m'ont soutenu", a-t-il ajouté, sans pour autant en démordre sur la plupart des faits allégués dans le dossier. 
  • La phrase sur de Gaulle, il la "regrette"

Il y a néanmoins deux éléments majeurs sur lesquels François Fillon a fait acte de contrition. D'abord la désormais célèbre référence au général de Gaulle, brandie en août 2016 lorsque son rival de la primaire, Nicolas Sarkozy, avait été mis en examen:

"Il ne sert à rien de parler d'autorité quand on n'est pas soi-même irréprochable. (...) Qui imagine un seul instant le général de Gaulle mis en examen?"

Reconnaissant in fine que cette attaque - sans concession à l'époque - visait bien l'ancien président de la République, l'ex-locataire de Matignon a affirmé que "bien sûr" il la regrettait, car contraire, dit-il, au principe qui a guidé ses 40 années de vie politique. À savoir, de ne pas s'attaquer aux personnes. 

  • Fillon homme d'argent? "Une fable"

Autre grave "erreur", celle d'avoir accepté deux costumes sur mesure Arnys - pour une valeur totale de 13.000 euros - de la part de l'avocat Robert Bourgi. François Fillon évoque même la commission d'une "double erreur", d'abord celle d'avoir donné sa confiance "à quelqu'un qui ne la méritait pas".

Ensuite, l'ancien candidat regrette de ne pas avoir perçu "que l'acceptation de ce cadeau aurait un effet désastreux" sur sa campagne. S'agissant des accusations - illustrées par de nombreux témoignages dans le récent ouvrage de Gérard Davet et Fabrice Lhomme, Apocalypse Now - le dépeignant en "homme d'argent", François Fillon l'assure, "c'est une fable". 

Jules Pecnard