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Les politiques s'insurgent après la tentative de perquisition dans les locaux de Mediapart

Edwy Plenel (photo d'illustration)

Edwy Plenel (photo d'illustration) - Eric FEFERBERG / AFP

Ce lundi, la justice a voulu procéder à la perquisition des locaux de Mediapart après la publication la semaine dernière d'un article et d'enregistrements sonores dévoilant une conversation du 26 juillet dernier entre Alexandre Benalla et Vincent Crase. Le média a refusé l'accès de sa rédaction aux magistrats. L'opposition a, pour une bonne part, apporté un soutien immédiat aux journalistes.

Un bras-de-fer s'engage entre la justice et Mediapart. Ce lundi en fin de matinée, deux procureurs et trois policiers, selon le décompte du site d'investigations, ont cherché à perquisitionner les locaux de la rédaction. Celle-ci a cependant refusé cette intrusion.

Fin de non-recevoir 

Cette initiative judiciaire a lieu quelques jours après que Mediapart a fait paraître un article fondé sur les enregistrements, également mis en ligne, d'une conversation tenue le 26 juillet dernier entre Alexandre Benalla et Vincent Crase. Le premier se vantait notamment auprès du second du soutien du président de la République. Le parquet de Paris a par ailleurs indiqué ce lundi avoir ouvert une enquête pour atteinte à l'intimité de la vie privée. Il s'agira de faire la lumière sur les conditions d'enregistrement de l'échange. Mediapart a motivé sur Twitter son opposition:

"Cette enquête, qui vise les enregistrements révélés par Mediapart, est susceptible d'atteindre le secret des sources de notre journal. C'est pourquoi nous avons refusé cette perquisition, un acte inédit - et particulièrement grave - dans l'histoire de Mediapart."

Mediapart a reçu un soutien franc et massif au sein de l'opposition à l'exécutif. Jean-Luc Mélenchon a retweeté un message de l'écrivain Laurent Binet, cumulant la référence à un célèbre film d'horreur au souvenir des perquisitions subies par le leader de la France insoumise il y a quelques mois.

Le soutien amer des Insoumis 

Le député insoumis élu dans le nord, Adrien Quatennens, a lui aussi semblé signifier un appui doux-amer au média, semblant reprocher à ce dernier de ne pas s'être récrié contre les perquisitions contre sa formation politique à l'époque. "Des perquisitions politiques? Mais quelle horreur! N'est-ce pas Mediapart?" a-t-il écrit, ajoutant un peu plus tard: "Macron n’avait-il pas encore coché toutes les cases de la dérive autoritaire?"

La députée, également insoumise, Caroline Fiat, a fait preuve de plus de chaleur au moment de dire sa solidarité avec le titre dirigé par Edwy Plenel:

"Tout mon soutien à Mediapart (malgré nos désaccords) pour rappel: la protection des sources d'information des journalistes, appelée aussi 'secret professionnel', est la base de la déontologie du journalisme et de la liberté de la presse, avec la vérification des faits."

Le secret des sources un "sanctuaire à préserver" pour Hamon 

Ian Brossat, tête de liste du PCF aux européennes, "100% solidaire" des journalistes concernés, s'est interrogé à haute voix:

"On n'a plus le droit d'enquêter sur les amis du président, en France?"

Benoît Hamon est lui aussi sorti du silence. "Le secret des sources est un sanctuaire que tout démocrate sincère doit protéger car il permet aux journalistes de divulguer des informations indispensables à la manifestation de la vérité. L'ingérence du pouvoir dans le travail de Mediapart est une nouvelle dérive autoritaire", a-t-il d'abord lancé. Il a encore durci ses coups:

"L'affaire des perquisitions contre Mediapart sur réquisition du parquet pour violer le secret des sources, relève de la même logique que la loi anticasseur. Nous assistons à ce qu'il faut bien appeler sans excès de langage, une dérive autoritaire et liberticide du pouvoir actuel."

L'écologiste Julien Bayou s'est inquiété: "Les journalistes ne sont pas au-dessus des lois mais la protection des sources est à la base du journalisme d'investigation et absolument nécessaire à la démocratie. Avec la loi anticasseurs, lourde dérive en cours."

Colère à droite 

La colère a aussi investi les rangs de la droite. Alain Houpert, sénateur LR élu en Côte d'Or s'est fendu d'un tweet: "Mediapart révèle que Benalla a violé les obligations de son contrôle judiciaire... et c’est Mediapart que la justice veut bâillonner! On appelle cela 'tuer le message'..."

Florian Philippot, président des Patriotes, a semblé dresser l'épitaphe du principe sur lequel le régime est fondé:

"Qui osera dire que notre pays est encore une démocratie." 

Nicolas Dupont-Aignan, patron de Debout la France, a posé: "Avec Macron, l'information à sens unique? Alors qu'Emmanuel Macron souhaite subventionner des médias 'neutres' pour lutter contre les Fake News, la justice tente de perquisitionner Mediapart pour ses révélation dans l'affaire Benalla!"

Robin Verner