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Affaire: "Mediapart n’atteinte à la vie privée de personne", martèle Edwy Plenel

Edwy Plenel, le directeur de Mediapart.

Edwy Plenel, le directeur de Mediapart. - BFMTV

Après la tentative de perquisition des locaux de Mediapart, Edwy Plenel, le directeur du site d'information, a dénoncé une manoeuvre politique.

"Nous n'avons commis aucun délit, nous avons seulement révélé des faits d'intérêt public." Ferme, Edwy Plenel, directeur de la publication de Mediapart a réagi ce lundi à la tentative de perquisition des locaux de son média dans le cadre d'une enquête préliminaire ouverte par le parquet de Paris à la suite de la diffusion, la semaine dernière, de l'enregistrement d'une conversation entre Alexandre Benalla et Vincent Crase, en violation de leur contrôle judiciaire.

"Nous ne sommes pas au-dessus des lois, nous publions des articles, des enquêtes, des informations, et sous notre République tant qu’elle est démocratique, nous en rendons compte dans le cadre d’une loi qui protège la liberté de la presse", a rappelé le patron de Mediapart lors d'une conférence de presse dans les locaux du média.

"Contraste vertigineux"

Edwy Plenel est revenu sur le contenu des enregistrements qu'il juge d'"intérêt public" qui révèlent comment Alexandre Benalla et Vincent Crase "se concertaient après leur mise en examen en violation de leur contrôle judiciaire", comment ils cherchaient à "effacer des traces avant des perquisitions" et "comment ils se concertaient autour d’un sulfureux contrat russe avec donc une puissance étrangère négociée alors que M. Benalla était en fonction à l’Elysée et M. Crase était salarié du parti présidentiel".

Fabrice Arfi, responsable des enquêtes à Mediapart et présent ce lundi matin lors de la perquisition menée par "deux magistrats, trois policiers, dont un, et ça ne s’invente pas, un commissaire divisionnaire de la brigade criminelle", a mis en cause le parquet de Paris. Le journaliste a relevé "le contraste vertigineux entre la gravité des faits que nous avons révélés" et l'absence, pour l'heure, d'enquête. Parlant de "compromission de l'Etat", d'"affaire d'Etat", qui met "dans l'embarras" Alexandre Benalla et "dans le plus grand silence" la présidence de la République, Fabrice Arfi s'étonne de la réaction du parquet.

"Quelle est la diligence du parquet face à ça? C’est de venir perquisitionner les locaux de Mediapart", s'agace-t-il. "La violation d'un contrôle judiciaire, la parjure et une affaire d’Etat sont d’autant plus importants que de savoir qui informe Mediapart (...) Nous sommes face à une dérive liberticide quant à la liberté du droit d’informer et le secret des sources."

Les enregistrements remis à la justice

"On ne voit nulle trace de la vie privée" d'Alexandre Benalla et Vincent Crase dans les enregistrements, abonde Me Emmanuel Tordjman. L'avocat de Mediapart s'interroge alors "sur l'arrière-plan politique" estimant que les deux hommes auraient pu attaquer pour "diffamation" s'ils s'étaient sentis attaqués.

"Le premier réflexe adapté est d'envoyer une réquisition, on appelle (...) c'est ce que font tous les juges d'instruction et dans toutes les enquêtes qui visent Mediapart, aucun policier n’est jamais venu pour demander la copie d’enregistrement", poursuit le conseil, s'étonnant de la tournure prise par l'enquête et énumérant des "mesures plus adaptées, plus proportionnées".

Les enregistrements, mis en ligne, sont ou vont être communiqués au juge d'instruction en charge des investigations sur les violences présumées du 1er-Mai, a annoncé la direction de Mediapart. C'est dans le cadre de cette instruction qu'Alexandre Benalla et Vincent Crase ont été mis en examen en juillet dernier et placés sous contrôle judiciaire avec interdiction de se rencontrer.

Justine Chevalier