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Le score de François Fillon est-il sous-évalué par les sondages? 

François Fillon.

François Fillon. - Thomas Samson - AFP

Tandis que François Fillon réserve désormais ses coups à Emmanuel Macron, qu'il a rebaptisé "Emmanuel Hollande", ses soutiens évoquent un "vote caché" en faveur de François Fillon, imperceptible aux sondeurs, mais prêt à se révéler dans les urnes.

Dans les sondages, François Fillon est relégué en troisième position parmi les candidats du 23 avril: entre 17% et 20%, il serait éliminé dès le premier tour. Dans tous les cas, il est largement distancé par Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Chez ses proches, on cultive pourtant l'optimisme. Pendant que le candidat de la droite et du centre concentre désormais ses efforts à présenter Emmanuel Macron, récemment adoubé par Manuel Valls, en héritier évident du hollandisme finissant, Valérie Boyer, députée LR des Bouches-du-Rhône, voit François Fillon gagner la présidentielle.

Une cécité des sondages

Selon elle, il existe un vote caché dans l'électorat de droite, une lame de fond, invisible dans les sondages, mais qui se révélera dans les isoloirs pour faire gagner François Fillon: "C’est quand même compliqué pour les gens de répondre à une question directe après deux mois où François Fillon reçoit des torrents de boue sur la tête sans cesse", a expliqué Valérie Boyer, jeudi après-midi sur BFMTV.

L'élue évoque des remontées de terrain positives, et relativise l'exactitude des prévisions des instituts de sondages: "On a déjà vécu ces situations avec François Fillon. Si on avait écouté les sondages on aurait arrêté la campagne des primaires, or, il s’est avéré que François Fillon a dépassé tous les pronostics des sondeurs."

C'est faux, répond Yves-Marie Cann, directeur des études politiques de l'institut de sondages Elabe, qui souligne auprès de BFMTV.com que les sondeurs ont pointé un frémissement et même une montée en puissance de François Fillon avant que la primaire à droite ne rende son verdict:

"Les sondages ne sont heureusement pas une prédiction d'un résultat final, sinon on ne ferait pas d'élection. Dès le deuxième débat de la primaire, nous avons noté la remontée de François Fillon. Nous avons rendu compte de la dynamique de fin de campagne, qui s'expliquait par les bonnes prestations du candidat. Mais d'une part, cette tendance s'était déclenchée tardivement et d'autre part, la comparaison entre une primaire et la présidentielle a comme limite que les ordres de grandeur sont différents. Dans une primaire, une variation de 300.000 voix représente dix points et dans une présidentielle, un seul."

La question des personnes âgées

Valérie Boyer a aussi livré un autre argument. Selon elle, l'étude des échanges sur les réseaux sociaux renverrait un écho plus favorable de la campagne de François Fillon que les sondages. Le politologue Thomas Guénolé, qui s'intéresse de près aux taux d'exposition des candidats sur les réseaux sociaux comme cet article dans Marianne en témoigne, nous a donné son point de vue sur cette question: "Sur les dynamiques observables, il est possible que François Fillon soit sous-évalué". Mais selon lui, cette sous-estimation possible tient moins aux réseaux sociaux qu'à la sociologie particulière de la base portant François Fillon:

"Les grands instruments de mesures quels qu'ils soient, sondages ou analyses des réseaux sociaux, risquent de sous-évaluer le score de François Fillon car ils passent tous par Internet. Et sur Internet, la population la moins bien observée, ce sont les personnes âgées. Or, les personnes âgées sont les plus enclines à voter pour François Fillon". 

La performance du député de Paris serait donc improprement revue à la baisse en raison de la mauvaise représentation des personnes âgées sur Internet, où les instituts de sondages font désormais circuler leurs questionnaires et où l'on analyse les discussions et les partages de contenus sur les réseaux sociaux? "Si c'était le cas, lors des précédentes élections - en 2012 à la présidentielle, en 2014 aux européennes ou en 2015 aux régionales - on aurait eu une sous-évaluation. Il n'en a rien été", réplique encore le sondeur Yves-Marie Cann. "Et puis, nous utilisons la méthode des quotas afin que chaque classe d'âge soit représentée dans le sondage selon son poids dans la population."

D'ailleurs, explique le sondeur, si les personnes âgées n'étaient pas prises en compte comme il se doit dans les études, le candidat de la droite et du centre serait encore moins bien loti: "Si les personnes âgées n'étaient pas à leur juste poids, François Fillon serait à 15% voire moins."

Les fillonistes ressortent un classique sarkozyste

En outre, la thématique du vote caché rappelle un argumentaire pas si éloigné dans le temps. "'Vote caché', 'majorité silencieuse', ce sont des choses qu'on entendait du côté de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2012. L'entourage de François Fillon les reprend au moment où les sarkozystes font leur retour auprès de lui, ce n'est pas très surprenant", note Eddy Fougier, politologue et chercheur associé à l'IRIS. Pour autant, il ne rejette pas totalement la possibilité d'un vote "honteux", dissimulé, en faveur de l'ancien Premier ministre qui attendrait les urnes pour ressurgir. Et ce, pour deux raisons:

"La dégradation de l'image du candidat peut décourager certains électeurs d'annoncer leur vote. Et puis, normalement, la droite de type 'Les Républicains', ça ne représente pas 17-18%, c'est plus. Le candidat de cette droite devrait plutôt être estimé à 24 ou 25% des intentions de votes. Il y a donc un décalage". 

Le vote dont a besoin François Fillon est bien visible

Sur notre antenne, l'éditorialiste Bruno Jeudy a pointé ce jeudi une "droite boudeuse" constituant une bonne part des abstentionnistes ou non-alignés actuels dans les enquêtes d'opinions à trois semaines du scrutin. Carl Meeus, rédacteur en chef du Figaro Magazine, a complété: "Plus qu’un vote caché, il y a un vote perturbé à droite. L’électeur de droite ne sait presque pas quoi faire. Aujourd’hui, il est perturbé dans ses convictions économiques et morales, et en plus François Fillon est le seul candidat de la droite."

Yves-Marie Cann pense lui aussi que François Fillon peut trouver un nouveau vivier de voix en rassemblant la partie égarée de ses troupes: "L'électorat naturel de François Fillon, ce sont ceux qui ont voté Nicolas Sarkozy au premier tour de 2012. Dans notre dernière étude, 56% d'entre eux ont l'intention de voter pour lui. Il en récupère moins qu'il ne devrait. Où sont-ils passés? Un peu partout. 11% se prononcent pour Marine Le Pen et 22% pour Emmanuel Macron. L'enjeu pour lui, c'est de convaincre à nouveau ces électeurs qui sont allés ailleurs". Et ceux-ci ne se cachent pas. 

Robin Verner