BFMTV

Le général de Villiers a vécu les attaques du 13-Novembre "dans sa chair"

Le général Pierre de Villiers était en poste le 13 novembre 2015. Invité lundi soir sur notre antenne, l'ancien chef d'état-major des armées a témoigné sur la façon dont il a vécu la nuit des attentats et rendu hommage aux victimes. Il s'est aussi exprimé sur la suite des opérations contre Daesh.

Le 19 juillet dernier, le général Pierre de Villiers démissionnait de son poste de chef d’état-major des armées. Une décision inédite sous la Ve République, au coeur d’une querelle autour du budget de la Défense.

Mercredi dernier, ce militaire de haut rang a publié Servir, un ouvrage qu’il veut "très pédagogique" pour dresser un portrait de l’institution militaire, des enjeux qui la traversent et des soldats qui l’animent.

Invité de Ruth Elkrief ce lundi sur notre antenne, l’ancien chef d’état-major des armées est revenu sur la nuit du 13 novembre 2015, alors qu'il était encore en poste.

"Je me souviens très bien de cette nuit-là", a-t-il assuré. "J’ai été effectivement alerté à la première explosion et ensuite ça a été la succession de mauvaises nouvelles qui se sont produites", a-t-il décrit.

"Puis ensuite, la nuit passée à essayer de gérer et de comprendre ce qui s’était passé, et les réunions le lendemain matin à l’Elysée avec le président de la République pour prendre les premières mesures. Je me souviens parfaitement de cette crise."

"Je m'incline devant les victimes, devant les blessés"

Pierre de Villiers a dit "penser à toutes les victimes". "J’ai vécu cette attaque dans ma chair, réellement", a-t-il insisté. "Nous, dans l’armée, nous tirons à balles réelles. Nous savons ce que c’est que la mort, la blessure."

"Les blessés, qui sont pour l’essentiel dans l’armée très jeunes, sont pour moi toujours un repère et permettent de garder l'humilité et la modestie quand on est chef d’état-major des armées", a-t-il assuré.

Le général a également tenu à rendre hommage aux blessés des attentats du 13 novembre: "Je m'incline, modestement, devant les victimes, devant les blessés du Bataclan". Il indique en avoir "souvent" rencontré, notamment à l’hôpital d'instruction des armées Percy, à Clamart dans les Hauts-de-Seine, où il allait visiter les blessés militaires.

Pierre de Villiers s'est également exprimé sur l'opération Sentinelle, mise en place après les attaques de fin 2015 et qu'il juge "pertinente", et sur la suite des combats contre Daesh en Syrie et en Irak. 

"Cette guerre, elle est loin d'être gagnée"

Si Emmanuel Macron espère une victoire contre l'organisation terroriste "dans les prochains mois", l'ex-chef d'état-major des armées s'est montré plus sceptique. 

"Cette guerre, elle est loin d'être gagnée. Nous avons gagné une bataille", a-t-il pondéré. 

Le général s'est dit "très heureux" des chutes de Raqqa et Mossoul, anciens fiefs de Daesh, et a souligné la "mauvaise posture" de ces derniers. "Mais ce n’est pas pour ça que nous avons gagné la guerre contre le terrorisme islamiste radical, dont les ramifications sont multiples et dont les mouvements sont multiples", a-t-il rappelé. 

Interrogé sur les retours de Français partis combattre dans les rangs de Daesh, Pierre de Villiers est resté prudent, conseillant de "gérer au cas par cas les retours". 

"Ce qui est important, c’est de se poser la question du départ de nos jeunes Français dans le terrorisme islamisme", a-t-il insisté. "Je crois que la jeunesse aspire à donner du sens à sa vie, et qu’elle fait fausse route si elle part dans l’islam radical", a déclaré l'ancien chef d'état-major. 

Il a par ailleurs rappelé que 35.000 jeunes étaient recrutés chaque année par l'armée française, dont il a vanté la possibilité "d'ascension sociale". 

Liv Audigane