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Laïcité: "Aucune religion n'est un problème", pour Emmanuel Macron

Le fondateur du mouvement En Marche! a tenu à Montpellier un meeting sur le thème de "la France qui unit". Au menu: la refonte de la sécurité sociale, la laïcité et l'organisation de l'islam dans la société française mais aussi l'accueil des réfugiés.

Pas encore un programme électoral, mais un diagnostic sur l'état de la France en trois étapes. Après "La France qui subit" à Strasbourg il y a deux semaines, et "la France qui choisit" au Mans la semaine dernière, Emmanuel Macron a dévoilé ce mardi à Montpellier ses positions sur l'identité, la laïcité, ou encore l'immigration lors d'un meeting sur le thème "La France qui unit". 

Discours s'achevant sous les cris de "Macron président!" et Marseillaise entonnée par l'ancien ministre sur le podium... Cette réunion publique sur le vivre ensemble et l'intégration avait résolument les atours d'une campagne présidentielle, même si le fondateur du mouvement En Marche!, toujours porté par de bons sondages, n'a prévu d'officialiser son éventuelle candidature qu'en décembre ou janvier. 

Et pour achever de retransmettre le constat dressé notamment grâce à l'aide des marcheurs partis sillonner le terrain depuis le lancement du mouvement il y a sept mois, l'ancien protégé de François Hollande a choisi un ton optimiste, s'inscrivant en faux contre "les oiseaux de malheur" qui veulent placer cette élection "sous le signe de la fragilité nationale".

"Ils se trompent et trompent les Français (...) Oui les temps sont durs, mais la France n'est pas menacée de disparition. La France est forte. Celle que j’appelle de mes voeux est confiante, conquérante. Tous ces défis nous les relèverons parce que nous savons que ce pays est fort et se tient droit", a-t-il lancé. 

"La France, c’est une volonté"

Alors que Nicolas Sarkozy avait suscité un vaste débat il y a un mois en estimant qu'être Français, c'est avoir "pour ancêtres les Gaulois", Emmanuel Macron s'est prononcé contre une définition de l'identité comme étant "fixe, fermée".

"La France ce n’est pas une identité fixe, fermée repliée sur un passé fantasmé. La France n’est pas une idée, à laquelle on songe de manière abstraite. La France, c’est une volonté, c’est notre volonté et c’est ça qui la tient", a-t-il expliqué. "Être français n’est pas seulement une question de droit du sol, de droit du sang, de droit d’asile ou de papier d’identité ; pour moi, toutes celles et ceux qui s’engagent pour la France, qui veulent la France au quotidien, tous ceux-là sont Français."

Partant du constat qu'"on peut naître en France, être français, passer son enfance à l'école de la République, avoir bénéficié de notre mode de vie et de notre modèle social et détester la France", Emmanuel Macron a longuement défendu "la volonté" d'être Français. "La question que devons nous poser, la seule qui vaille, elle est assez simple: quels Français voulons-nous être ?", a-t-il interrogé.

Il a ensuite développé cette idée en suivant plusieurs pistes: la refonte de la sécurité sociale, la laïcité et l'organisation de l'islam dans la société française mais aussi l'accueil des réfugiés. 

Appelant à "refonder la sécurité sociale pour créer les nouvelles sécurités individuelles dont notre pays a aujourd'hui besoin", Emmanuel Macron a défendu la gestion de l'Unedic et de la formation professionnelle "par l'Etat plus que les partenaires sociaux". "Ca implique que notre système de protection sociale soit moins financé par les cotisations sociales assises sur le travail et plus par l'impôt", a-t-il poursuivi, citant la consommation ou la pollution. 

"Aucune religion n'est un problème"

Dans ce qu'il a à plusieurs reprises nommé "cette nation bienveillante et exigeante", "aucune religion n'est un problème". "La laïcité, c'est une liberté avant d'être un interdit", a-t-il insisté, invoquant le "texte de tolérance" que constitue la loi de 1905 de séparation de l'Eglise et de l'Etat. 

Mais, a-t-il analysé, "le coeur du débat qui est posé à notre société, il faut le regarder en face: c'est l'islam". "C'est la question que devons regarder ensemble, il n'est pas besoin de tout confondre", a-t-il ajouté, appelant à lui "construire sa place dans la nation française, en l'assumant, en l'aidant pleinement à s'intégrer". Il a à ce titre proposé non "pas de nouveaux textes, de nouvelles lois, elles sont là", mais leur application. 

L'ancien ministre qui avait souhaité lorsqu'il était à Bercy que des jeunes aient envie de devenir milliardaires a donc plaidé pour un réinvestissement des quartiers ghettoïsés, suggérant notamment de ne pas séparer la culture de l'école car "les deux sont également nécessaires pour vivre libre". A la toute fin de son discours, il a également défendu la "responsabilité morale" et "historique" de la France à accueillir les réfugiés.

Dans ce qui constitue la dernière étape de son diagnostic sur l'état de la France avant le début des propositions concrètes en novembre, Emmanuel Macron n'a pas mâché ses mots contre le Front national - sans jamais le nommer - et contre les candidats à la primaire de la droite. Presque sans un mot pour la gauche, il a cependant pris soin rendre hommage au travail du président François Hollande sur la COP21.

Violette Robinet avec AFP