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"La France est prête, et depuis longtemps": Olivier Falorni rouvre le débat sur l'euthanasie

Le député de Charente-Maritime est rapporteur d'une proposition de loi examinée ce jeudi à l'Assemblée nationale, qui relance le débat sur la fin de vie en France et son encadrement juridique.

Olivier Falorni appelle à "en finir avec l'hypocrisie" qui entoure la question de l'euthanasie en France. La proposition de loi "donnant et garantissant le droit à une fin de vie libre et choisie", déposée le 17 octobre 2017 par le député (Libertés et Territoires) de Charente-Maritime, est examinée ce jeudi après-midi au Palais-Bourbon, dans le cadre de la niche parlementaire du groupe d'opposition.

Une proposition de loi qui relance le débat sur la fin de vie et remet en lumière les clivages politiques sur cette question sensible. Quelque 3000 amendements ont été déposés, dont 2300 par des députés Les Républicains (LR). Une quantité qui devrait de facto empêcher la tenue du vote, par manque de temps.

"La classe politique est en retard"

"La France est prête, et depuis longtemps", estime le rapporteur de la proposition de loi Olivier Falorni ce jeudi sur BFMTV. "Ça se confirme à chaque enquête d'opinion", a-t-il ajouté, s'appuyant sur un récent sondage de l'Ifop sur l'euthanasie.

Selon cette enquête réalisée pour l'Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD), 93% des personnes interrogées se déclarent favorables à ce que les médecins "(mettent) fin, sans souffrance, à la vie de ces personnes atteintes de maladies insupportables et incurables si elles le demandent".

"Ça transcende tous les clivages politiques, ça transcende d'ailleurs les religions", analyse Olivier Falorni. "Malheureusement, une fois de plus on a l'impression que la classe politique est en retard. Il faut sortir de cette hypocrisie absolue", poursuit-il, regrettant le dépôt de 2300 amendements - une "stratégie" qui constitue un "déni démocratique", car elle est destinée selon lui à "empêcher que les parlementaires votent le texte".

"Que chacun ouvre les yeux"

"Je crois qu'il faut que chacun ouvre les yeux. La sédation profonde et continue, c'est quoi?", interroge Olivier Falorni. "Derrière ce concept, c'est un médecin qui a un moment décide d'arrêter l'hydratation et la nutrition du patient. Arrêter de nourrir et d'hydrater quelqu'un, qu'est-ce que c'est? Moi je pose la question. Quand vous arrêtez de nourrir et d'hydrater un être humain, qu'est-ce que c'est si ce n'est pas de lui donner la mort?"

Le parlementaire veut aussi mettre en lumière "ces exils forcés pour aller mourir à l'étranger" et "sur ces euthanasies clandestines pratiquées chaque jour en France".

La semaine passée, après six heures de débat, la commission des Affaires sociales de l'Assemblée nationale a voté la proposition de loi, "à une très large majorité", souligne Olivier Falorni. Les opposants au texte, à l'image du sénateur LR Bruno Retailleau, invité de BFMTV-RMC ce jeudi, réclament "un débat national" sur le sujet de la fin de vie.

À l'heure actuelle, la fin de vie en France est encadrée par deux lois. La loi Leonetti de 2005, qui a prohibé "l'obstination déraisonnable" et la loi Claeys-Leonetti de 2016 qui a consacré un droit à une "sédation profonde et continue" pour les personnes en fin de vie, atteintes d'une maladie incurable.

Clarisse Martin Journaliste BFMTV