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La fonction publique selon Emmanuel Macron

Emmanuel Macron.

Emmanuel Macron. - LUDOVIC MARIN / POOL / AFP

Ministre, candidat, puis président: Emmanuel Macron a toujours défendu la concentration du service public sur les principales missions de l'Etat, dont la gestion serait davantage inspirée du privé.

C'est une conviction de longue date chez Emmanuel Macron: pour réduire le déficit public, l'Etat devrait réduire son périmètre autour de ses fonctions essentielles et s'inspirer de la gestion du secteur privé pour gagner en efficacité. Confronté ce mardi à la colère des fonctionnaires, le chef de l'Etat oriente la fonction publique vers un alignement sur le secteur privé. 

Qui doit être fonctionnaire?

Alors ministre de l'Économie de François Hollande, Emmanuel Macron déclarait déjà lors d'une rencontre avec le think tank En temps réel, que le statut de la fonction publique "n'était plus adéquat", et jetait un pavé dans la mare:

"On va progressivement entrer dans une zone - on y est déjà d'ailleurs- où la justification d'avoir un emploi à vie garanti sur des missions qui ne le justifient plus sera de moins en moins défendable."

"Je ne sais pas justifier que quelqu'un qui travaille dans la cybersécurité dans une PME soit un contractuel en CDD et que quelqu'un qui travaille, par exemple, dans mon ministère dans le développement économique, doit être un fonctionnaire", confessait le partisan du resserrement de la fonction publique autour de ses "fondamentaux".

Délégation de service public

Délesté du devoir de solidarité gouvernementale, le candidat Macron n'hésitait à réaffirmer cette conviction. "Je vais embaucher des fonctionnaires dans la police, la sécurité, dans l'Éducation nationale et on n'en supprimera pas dans la fonction publique hospitalière qui en a besoin", prenait soin de préciser l'ancien banquier d'affaire sur Radio Classique. Avant d'ajouter,:

"Il y a des non-renouvellements qui peuvent être faits dans d'autres secteurs et qui sont inévitables parce qu'on va moderniser. Ce sera secteur par secteur."

Concrètement, cette vision de l'Etat se traduit par la conversion d'emplois publics en emplois privés, par un système de retraite universel et par la suppression de postes de fonctionnaires. En février dernier dans Les Échos, Emmanuel Macron présentait son ambition en la matière:

"Il est possible de ne pas renouveler 120.000 postes de fonctionnaires, 70.000 venant des collectivités et 50.000 de l'Etat. Ce n'est pas un objectif, mais un référentiel, ce sera aux ministres de faire des choix."

Un management inspiré du privé

"Dégraisser le mammouth" ne suffit pas aux yeux du président de la "start-up nation". Constant en la matière, Emmanuel Macron souhaite introduire dans la bureaucratie étatique un mode de gestion inspiré du management du secteur privé. 

Dans sa "lettre ouverte aux agents publics", datée d'avril 2017, le futur chef de l'Etat affirmait vouloir "ouvrir le service public par le recrutement sur contrat dans certaines fonctions, notamment d’encadrement et d’expertise, pour attirer des professionnels d’expérience et d’horizons variés".

Dans la même lettre, le prétendant à l'Élysée défendait la "transparence" et "une évaluation plus claire de la performance" dans la fonction publique. 

"Je souhaite que chaque établissement recevant du public – des commissariats aux préfectures en passant par les écoles, les mairies, les hôpitaux et les tribunaux – affiche ses résultats et rende des comptes sur la qualité du service qu’il dispense en fonction des réalités locales", avançait le candidat.

Une obligation de résultat couplée à la volonté de donner "davantage de rémunérations au mérite", soit une vision très libérale du service public.

À cette exigence d'efficacité des fonctionnaires s'est ajoutée une reprise en main prononcée des "grands serviteurs de l'Etat" par le truchement d'un "spoil system" à la française pour les postes de direction de l'administration. Un gage de docilité de la machine étatique. 

Louis Nadau