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La droite prend ses distances avec le mouvement des gilets jaunes

Changement de ton à droite. Avec la radicalisation de certains gilets jaunes, les Républicains commencent à prendre leurs distances, alors qu'ils s'étaient affichés de concert avec le mouvement depuis le 17 novembre.

Une partie de la droite commence à prendre ses distances avec le mouvement des gilets jaunes, alors que 72% des Français continuent de soutenir le mouvement contestataire et que les appels à descendre dans la rue prolifèrent toujours sur les réseaux sociaux. 

Face au risque d'une nouvelle explosion de violences samedi, le ton change et les appels à l'apaisement se multiplient à droite. En témoignent l'appel du chef de file des sénateurs LR Bruno Retailleau à "casser les casseurs" et l'appel à "rétablir pour quelques jours l'état d'urgence" lancé par Laurent Wauquiez ce jeudi soir.

"Tout doit être fait pour que la France ne connaisse pas un nouveau samedi noir", a mis en garde le président des Républicains. "Le gouvernement ne peut pas annoncer le chaos et ne rien faire pour le prévenir. C'est pourquoi nous avons demandé au président de la République de rétablir pour quelques jours l'état d'urgence" a-t-il déclaré.

"On a besoin" d'appels à l'apaisement

Un sondage Elabe pour BFMTV publié ce mercredi révèle que l'électorat de droite commence à diverger du reste des Français sur l'adhésion au mouvement. L'étude montre également que seuls 38% des électeurs de François Fillon au premier tour de la dernière présidentielle estiment désormais qu'il faut encore se mobiliser, soit une chute de 24 points.

Le président du parti, Laurent Wauquiez, qui s'était jusque là affiché de concert avec les gilets jaunes, prétend désormais qu'il n'en a jamais porté, avant de finalement plaider "l'oubli" et d'appeler à "combattre toute forme de violence samedi".

"Dans cette période, on doit avoir une seule préoccupation: la sortie de crise. Chacun doit prendre ses responsabilités. On a besoin de paroles politiques qui appellent à l'apaisement", a déclaré Laurent Wauquiez sur Europe 1 jeudi. "J'appelle le mouvement des gilets jaunes, que j'ai toujours soutenu, à ce qu'ils combattent toute forme d'expression de violence samedi prochain", a poursuivi le président de la région Rhône-Alpes.

Les appels au calme se multiplient. Le député et secrétaire général délégué au projet des Républicains, Guillaume Larrivé, est également l'un des rares responsables politiques à avoir clairement appelé, dans un tweet, ses "compatriotes de l'Yonne" à "ne pas monter manifester à Paris samedi".

Entamer un dialogue avec le gouvernement

Redoutant de nouveaux débordements, Alain Juppé, le maire de Bordeaux a invité ce jeudi les manifestants à laisser leur colère de côté pour entamer un dialogue avec le gouvernement.

"La situation est extrêmement préoccupante et je crains que cet appel à manifester n'aboutisse encore une fois à des violences (...) Face au moratoire des taxes, les gilets jaunes seraient bien inspirés de décider un moratoire des manifestations", a déclaré l'ancien Premier ministre.  Il est temps, selon lui, au terme de trois semaines de mobilisation, que les gilets jaunes acceptent la main tendue du gouvernement et passent "au dialogue et à la discussion". 

L'ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin n'est pas en reste. Ce jeudi, il a souhaité alerter les Français "sur l'ambition violente des rassemblements parisiens de samedi. Restons au calme". Le maire LR de Toulouse Jean-Luc Moudenc s'est dit lui aussi "solidaire de tous les appels au calme" dans le journal La Dépêche du Midi. (...) Il n’est dans l’intérêt de personne de manifester de manière violente" a-t-il insisté.

Ces derniers jours, Laurent Wauquiez alterne critiques et main tendue à Emmanuel Macron. Jeudi, il avait notamment salué le "geste d'apaisement" de l'exécutif avec le renoncement aux augmentations de taxes sur les carburant pour 2019.

Lors d'une réunion publique ce jeudi à Saint-Quentin, le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes s'est dit prêt à travailler avec lui pour ne pas "que notre pays s'abîme", mais il a renouvelé ses critiques à l'encontre de l'exécutif qui a selon lui, "laissé petit à petit le chaos s'installer, les failles s'ouvrir" et "ont opposé et divisé les Français".

Jeanne Bulant