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L'échange crispé entre Macron et Poutine sur les manifestations en Russie et les gilets jaunes

Emmanuel Macron et Vladimir Poutine, à Brégançon ce lundi soir, ont abordé le sujet des nombreuses manifestations et arrestations qui ont eu lieu en Russie ces dernières semaines, avant que le président russe ne tacle son homologue sur les gilets jaunes.

Cinq jours avant d'accueillir à Biarritz les dirigeants du G7, Emmanuel Macron a reçu ce lundi Vladimir Poutine dans sa résidence de vacances de Brégançon. Une manière d'inclure à nouveau la Russie dans ce rendez-vous mondial dont elle est exclue depuis 2014.

Au moment d'une conférence de presse commune, les deux chefs d'Etat ont détaillé les nombreux sujets sur lesquels ils vont échanger, comme les crises en Syrie et en Iran, la situation de l'Ukraine, la lutte contre le réchauffement climatique ou encore les relations de la Russie avec la France et l'Union européenne.

"On peut sortir dans les rues de manière paisible"

La rencontre entre les deux dirigeants a pris une tournure particulière au moment où Vladimir Poutine a été questionné sur les manifestations et arrestations d'opposants politiques qui ont eu lieu ces dernières semaines en Russie.

"Il doit y avoir des élections prochainement dans la mairie de Moscou. En 2014, 114 personnes n'avaient pas été acceptées. Cette fois, il s'agit de 57 personnes car elles ont falsifié des signatures d’après les experts de la commission électorale. Il y a des opportunités légales pour remédier à cette situation", a réagi le dirigeant russe.

Concernant les manifestations, Vladimir Poutine a affirmé que l'"on peut sortir dans les rues de manière paisible, en conformité avec la loi", avant de lancer, "mal à l'aise" selon ses propos, que "pendant les manifestations de gilets jaunes en France, selon notre décompte, il y a eu onze personnes tuées et 2500 blessées, dont 2000 policiers". Et de conclure: "On ne veut pas du tout que des événements pareils se passent dans la capitale russe."

Dans une première version de cet article, les propos rapportés de Vladimir Poutine étaient les suivants: "Pendant les manifestations de gilets jaunes en France, plusieurs dizaines de personnes et des policiers ont été blessés". Cette traduction initiale, retransmise en direct par plusieurs médias français, a été expliquée par Céline Pigalle, directrice de la rédaction de BFMTV, à Checknews: "l’interprète était liée aux images du pool et donc pas choisie par nous, c’était la même pour tous. Il serait intéressant de savoir qui l’a embauchée et rémunérée, l’Elysée directement ou l’organisation du pool ?". 

Le service de presse de l'Elysée, également joint par Checknews, a précisé que "ce que les médias français ont entendu, c'est la traduction de l'interprète du président Poutine, sans que les chiffres sur les gilets jaunes ne soient cités." L'Elysée a ainsi indiqué que le président russe a bien cité les chiffres évoqués, mais que "c'est l'interprète de Vladimir Poutine qui a minimisé" les propos tenus.

"Comparaison ne vaut pas raison"

Face à cette pique du président russe à la France, Emmanuel Macron a assuré "être préoccupé" et suivre le dossier "de très près".

"Néanmoins la France a toujours respecté sa constitution, ses droits et ceux du conseil de l’Europe. Tous les ressortissants français peuvent faire appel devant cette Cour européenne des droits de l’homme et leurs droits seront ainsi défendus. La liberté de manifestation a été protégée. Lorsque certains attentent à l’ordre public, il faut protéger l’ordre public, c’est le corrélat de la liberté de manifester", a-t-il ajouté.

Le président français a rappelé que "la France comme la Russie ont contracté des accord internationaux. Ensemble nous avons décidé que la liberté d’expression, d’opinion, de manifestation, de se présenter librement à des élections soit respectée dans nos démocratie". Il a notamment insisté sur le fait que la situation entre les deux pays n'est pas la même.

"Comparaison ne vaut pas raison. En France, ceux qui ont manifesté se sont présentés aux élections. Ceux qu’on appelle gilets jaunes ont été librement aux élections européennes et iront aux municipales. Je souhaite qu’ils s’expriment librement aux élections parce que ça réduit la conflictualité. Nous sommes un pays où les gens peuvent s’exprimer librement, manifester librement, mais on ne peut pas accepter qu’ils cassent et qu’ils troublent l’ordre public", a-t-il conclu.

C'est sur cette séquence que cette prise de parole s'est achevée, les deux hommes enchaînant ensuite avec un dîner de travail au fort de Brégançon qui devait s'achever vers les 22 heures.

Clément Boutin