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Interrogé sur la présidentielle de 2022, Édouard Philippe botte (encore) en touche

Invité de Top of the Foot mardi soir sur RMC, l'ancien Premier ministre n'a pas dévoilé ce qu'il préférerait, en 2022, entre la présidence du club de foot du Havre et la présidence... de la République.

Souvent, les hasards du calendrier n'ont de signification que celle qu'on leur attribue. Ce mercredi matin, La Lettre A révèle qu'Édouard Philippe a déposé les statuts de l'association Le Havre!, censée promouvoir son action politique en tant que maire de la ville. Cette petite structure devrait néanmoins bientôt demander un agrément comme parti politique auprès de la Commission nationale des comptes de campagne, la fameuse CNCCFP.

Faut-il y voir un signe? La veille, mardi, donc vraisemblablement en marge du dépôt de ces intriguants statuts, l'ancien Premier ministre d'Emmanuel Macron était l'invité de Top of the Foot sur RMC. Bien que l'essentiel de l'émission footballistique ait été consacrée au ballon rond, dont Édouard Philippe est un passionné, une question lui a été posée sur 2022.

"On verra"

Il se trouve que cette année-là, en plus d'être le théâtre prévu d'une élection présidentielle âprement disputée, qui devrait voir Emmanuel Macron briguer un second mandat, sera aussi celle des 150 ans du Havre Athletic Club (HAC). Une concomitance commode pour un politique aussi madré que l'ex-locataire de Matignon. Car lorsqu'il lui est demandé s'il préférera, en 2022, devenir président de la République ou président du HAC, les réflexes du dribbleur sont instantanés.

"Elle est drôle, votre question", rétorque-t-il d'abord, l'air amusé. Puis la gravité reprend le dessus. "En fait non, elle est pas drôle, elle est sérieuse", enchaîne le maire du Havre, qui n'a jamais rejoint La République en marche.

La réponse se fait attendre. Édouard Philippe reste en défense, il temporise. "2022, ça va être une année importante", dit-il sur RMC. Après avoir évoqué le troisième jubilé du club de foot havrais, l'ancien juppéiste est bien obligé de constater qu'il n'a aucune issue. "Je vais botter en touche, ça se fait pas au foot, c'est plutôt au rugby qu'on fait ça, (...) parce que c'est une question sérieuse", finit par lâcher l'édile.

À charge de revanche toutefois, puisque dans la foulée Édouard Philippe propose à ses interlocuteurs de venir lui rendre visite dans sa ville: "On prendra le temps de discuter notamment de ça, puis on boira une bière et on verra."

Popularité inédite

Un épisode d'une minute dans une série qui, à défaut de rebondissements majeurs, attise les curiosités depuis le remaniement gouvernemental survenu l'été dernier. Jouissant d'une popularité inédite pour un ex-Premier ministre, surtout à droite mais aussi à gauche, Édouard Philippe gère son capital de façon discrète, envoyant de temps à autre des cartes postales toujours cordiales vis-à-vis du clan qu'il a laissé derrière lui, celui d'Emmanuel Macron.

Ses dernières apparitions publiques, il les a faites au côté d'autres maires-vedettes comme Anne Hidalgo, avec qui il entretient des rapports cordiaux, voire chaleureux. Ou alors avec des proches politiques, comme le ministre ex-Les Républicains Sébastien Lecornu. Hormis cela, c'est comme si l'édile du Havre avait fait sienne la théorie de la parole rare chère à François Mitterrand.

Quel rôle en 2022?

Pour l'heure, bien malin qui sait quel rôle politique national Édouard Philippe entend jouer en 2022. L'espace risque bien d'être saturé, notamment par Emmanuel Macron et quiconque s'imposera au centre-droit. Pour l'instant donc, l'intéressé demeure fidèle à celui qui l'a nommé à Matignon et à qui il doit une part significative de son crédit dans l'opinion publique. Certains macronistes ont laissé entendre qu'il se verrait confier la gestion de leur "maison commune", à savoir les différentes composantes centristes soutenant le chef de l'État, mais très peu pour lui.

Sauf écroulement inattendu du président sortant dans l'année qui vient, Édouard Philippe joue probablement le coup d'après. Durant Top of the Foot mardi, il lui a été demandé s'il avait le sentiment d'être attendu par les Français pour les prochaines échéances électorales, du fait de sa popularité. "La question n'est pas celle du destin national, mais du dessein national", a-t-il répondu.

"Qu'est-ce que fait notre pays? Quel est son dessein? Que fait-on de la France dans les 30 ans qui viennent? C'est une question absolument redoutable et sérieuse", a conclu l'ancien chef du gouvernement. De quoi lui permettre de rester en surplomb. Et de faire prospérer son futur microparti.
Jules Pecnard Journaliste BFMTV