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Hausse de la CSG: les retraités vont-ils lâcher Macron?

Des retraités manifestant contre la hausse de la CSG à Rennes jeudi 15 mars 2018.

Des retraités manifestant contre la hausse de la CSG à Rennes jeudi 15 mars 2018. - Damien MEYER / AFP

Les retraités ont manifesté ce jeudi pour défendre leur pouvoir d'achat. Ils dénoncent la hausse de 1,7% de la CSG décidée par l'exécutif, qui doit toucher 60% d'entre eux à partir de janvier. Une décision qui plombe déjà la popularité d'Emmanuel Macron.

Les retraités ont battu le pavé ce jeudi pour protester contre la hausse de 1,7% de la CSG. Cette réforme annoncée par l'exécutif doit toucher 60% d'entre eux et vise à compenser la suppression des cotisations chômage et maladie du privé. Interpellé mercredi à Tours sur cette mesure impopulaire, le président de la République a martelé qu'il "assumait" ses réformes et a demandé "un effort pour aider les jeunes actifs".

Pour les retraités, les motifs de mécontentement se sont accumulés ces dernières années, avec notamment la suppression de la demi-part des veuves et veufs ou le décalage de la revalorisation des retraites d'octobre 2018 à janvier 2019 pour augmenter le minimum vieillesse. Quel impact peut avoir cette mobilisation sur le mandat d'Emmanuel Macron et sur sa popularité? Eléments de réponse avec Vincent Thibault, chargé d'études à l'institut Elabe. 

Comment Emmanuel Macron est-il perçu par les retraités?

"Entre mai 2017 et mars 2018, il a perdu 15 points de confiance auprès des retraités. Il partait de 59% et atteint aujourd’hui 44%. C’est la catégorie de population où il a eu la plus forte baisse, et c’est là qu’il était le plus haut. Au fur et à mesure, de façon progressive, il a connu une baisse assez importante. La hausse de la CSG est clairement le gros problème entre Emmanuel Macron et les retraités, c’est le sujet principal pour eux.

Le gouvernement a développé très tôt une communication autour du pouvoir d’achat, en donnant comme argument qu’entre les hausses et les baisses, les Français allaient s’y retrouver. Le parti du gouvernement et d’Emmanuel Macron est de dire que le jeu entre baisses et hausses va se faire dans les mois à venir, notamment avec la réforme de la taxe d’habitation. Mais l’étalement des mesures joue en la défaveur de l’exécutif. La surcommunication du gouvernement sur ces thèmes a peut-être engendré une déception chez les Français."

D'un point de vue électoral, que représente-t-ils?

"Les retraités ne sont pas une catégorie homogène, mais ils représentent 16 millions de personnes, soit pas loin d’1 électeur sur 3. Ils pèsent énormément dans la démographie du pays et dans le corps électoral. C’est en outre un électorat qui se mobilise beaucoup, contrairement aux jeunes qui sont plus abstentionnistes.

Les retraités sont plutôt de droite. A la présidentielle, 31% ont voté pour François Fillon au premier tour, et 27% pour Emmanuel Macron. C’est un électorat qui aurait pu même être encore plus porté à droite, sans les affaires qui ont touché François Fillon. Les effets de la mobilisation actuelle se verront sur les prochains scrutins, les européennes puis les municipales. On pourra voir à ce moment-là s’ils se sont détournés d’Emmanuel Macron".

  • Est-ce que cette réforme peut-être dangereuse pour le quinquennat d'Emmanuel Macron? 

"Je ne suis pas sûr que les retraités soient le plus gros danger. Concernant en revanche la réforme de la SCNF, il faudra voir avec la mobilisation de la semaine prochaine si Emmanuel Macron n’a pas trop pointé du doigt les cheminots, voir si l’opinion publique se range derrière lui pour critiquer ce statut, ou si elle va considérer qu’il s’en prend aux cheminots de manière trop frontale.

Le pouvoir d’achat est le sujet qui le dessert depuis janvier, il n’arrive pas à se défaire de l’image de président des riches. Dans chacun de nos baromètres on pose la question de la confiance. Ceux qui n’ont pas confiance le présentent comme ça, comme président des riches. Ce sera un des enjeux de la suite de son quinquennat: après avoir fait passer des réformes il faudra qu'il se défasse de cette image, peut-être en réorientant sa politique".

Charlie Vandekerkhove