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Hamon et Fillon bousculés sur les ailes, Macron file sur le boulevard au centre

Emmanuel Macron

Emmanuel Macron - Benjamin Cremel - AFP

Une étude montre comment Emmanuel Macron tire parti dans les sondages de son positionnement centriste et de la cannibalisation de ses rivaux.

"Au bon endroit au bon moment", conclut, à propos du leader d'En Marche!, le directeur de la Fondation Jean Jaurès, Gilles Finchelstein. Selon l'observatoire, Emmanuel Macron est, dans l'esprit des sondés, le seul candidat à investir un large espace central dans le paysage politique français.

L'étude, publiée ce mercredi par la Fondation Jean Jaurès en partenariat avec le Huffington Post (et tirée de la dernière vague du panel CEVIPOF/Fondation Jean-Jaurès/Le Monde réalisé par l’institut IPSOS), met en miroir sur une échelle de 1 à 10 (0 étant le plus à gauche, 10 le plus à droite) le positionnement des candidats sur cette échelle selon les sondés, leur auto-positionnement et leurs intentions de votes.

Premier enseignement: 22,5 % des sondés se perçoivent "à gauche", sur l'espace de 0 à 3, 34 % se déclarent "modérés", sur les cases 4,5 et 6, tandis que 36,3% se répartissent de 7 à 10 (7% ne se prononcent pas). La moyenne de ces positions à 5,5 confirme la droitisation de l'opinion, qui penchait auparavant à gauche. Cet auto-référencement est bien sûr subjectif, de sorte que 20,5 % des membres du panel qui se situent à 5 sur l'échelle (donc centriste) déclarent pourtant vouloir voter pour la candidate de l'extrême droite, Marine Le Pen. 

Cannibalisation sur les ailes, chasse gardée au centre

Deuxième observation, qui appuie l'impression générale laissée par cette campagne: quatre candidats, Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon d'une part, François Fillon et Marine Le Pen de l'autre, se disputent des réserves de voix sur les ailes, tandis qu'Emmanuel Macron dispose d'une réserve intacte au centre.

Perçu au centre droit par les électeurs interrogés (ce que confirme le catalogue de ses soutiens), l'ancien ministre est non seulement proche du centre de gravité virtuel de la France avec 5,2, mais dispose également d'un vaste "territoire" peuplé (34% de "modérés") qu'il occupe seul - grossièrement, de 3 à 8. Au cœur de ce territoire - les cases 4, 5 et 6, Emmanuel Macron dispose à chaque fois de plus de 40 % d'intentions de votes. 

Proximité Hamon-Mélenchon et Fillon-Le Pen

La cannibalisation à l'œuvre entre les autres candidats est lisible à la marge de leurs territoires. Le candidat de la France insoumise et celui du Parti socialiste, très proches aux yeux des sondés (1,5 et 2,8) enregistrent chacun des scores supérieurs à 25 % sur le cœur du territoire de l'autre. De même, le candidat Les Républicains et la candidate Front national, séparés par un point, de 8,1 à 9,1, bénéficient respectivement de 24,5 et 29 % d'intentions de vote sur le cœur de cible de l'autre.

Cette répartition des candidats est en grande partie due aux primaires selon Gilles Finchelstein, également directeur des études de Havas Worldwide : "Là où une logique électorale avait dominé en 2011 (choisir le meilleur candidat pour l’emporter), c’est une logique identitaire qui a cette fois prévalu (à droite, parce que ses électeurs étaient sûrs de gagner ; à gauche, parce qu’ils étaient sûrs de perdre)."

L'abstention, la forte volatilité de l'électorat et les aléas de la campagne rendent cependant incertains les contours de cette image du paysage politique français, préviennent toutefois les auteurs de l'étude. 

Louis Nadau