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Soutien à Benoît Hamon: l'assourdissant silence des ministres

Marisol Touraine et Stéphane Le Foll le 28 septembre 2016 à la sortie du conseil des ministres.

Marisol Touraine et Stéphane Le Foll le 28 septembre 2016 à la sortie du conseil des ministres. - Stéphane de Sakutin - AFP

A quelques exceptions près, les membres du gouvernement ont bien du mal à prendre position pour le candidat officiel de leur parti, Benoît Hamon, dont le programme est jugé trop à gauche.

Drôle d'ambiance au gouvernement. Depuis la défaite de Manuel Valls, soutenu par une grande majorité de ministres, ces derniers affichent un silence gêné. Qui soutenir? A deux mois du premier tour de la présidentielle, nombreux sont ceux qui ne cachent pas leur désaccord avec le programme de Benoît Hamon, souvent jugé trop à gauche, trop opposé à l'action du gouvernement ces cinq dernières années. Jean-Marie Le Guen a même mis en garde mardi matin contre la "radicalisation" du candidat, affirmant être dans l'impossibilité de le parrainer.

Le jour de l'investiture de Benoît Hamon, les membres du gouvernement ne se sont pas bousculés à la Mutualité. Jean-Yves Le Drian, Michel Sapin, Ségolène Royal et Stéphane Le Foll étaient absents. "Je prends du temps et je réfléchis", avait expliqué début février le porte-parole du gouvernement.

Laurence Rossignol, Najat Vallaud-Belkacem et Emmanuelle Cosse, elles, y étaient. Depuis, toutes trois se sont rendues à son QG pour le premier comité politique de la campagne. Seule la ministre de l'Education s'est exprimée depuis à nouveau en faveur de Benoît Hamon, sous peine de ne plus voir "la gauche exister". 

Mandon, Lemaire et Fekl affichent leur soutien

Bernard Cazeneuve n'y était pas non plus. Après une entrevue avec Benoît Hamon, le Premier ministre avait prévenu: il s'engagerait auprès de lui s'il consentait à défendre le bilan du quinquennat. Devant le silence du candidat sur le sujet, le chef du gouvernement a donc choisi d'orienter son combat politique vers la lutte contre le Front national. Aucun déplacement commun n'est à l'ordre du jour avec Benoît Hamon.

Seul Thierry Mandon, ministre de la recherche et de l'enseignement supérieur, s'affichera avec lui sur le terrain. Axelle Lemaire, secrétaire d'Etat au numérique, a démissionné lundi pour mieux se consacrer à la campagne du candidat. Elle est également présente dans l'organigramme de campagne, ainsi que le secrétaire d'Etat au commerce extérieur Mathias Fekl.

Les soutiens sont bien maigres au gouvernement, mais l'équipe de Benoît Hamon n'en a cure. "Les électeurs de gauche n'attendent pas de savoir ce que pense Stéphane Le Foll pour se décider", raille un élu hamoniste dans Le Monde. La situation n'est pas surprenante pour un candidat qui a fait campagne sur la dénonciation du bilan de François Hollande. Mais ce manque d'enthousiasme illustre aussi les difficultés à venir de Benoît Hamon pour rassembler son parti.

Macron, incarnation du vote utile?

De l'autre côté de l'échiquier, Emmanuel Macron prend de l'ampleur dans les sondages et pourrait séduire. Ségolène Royal n'a d'ailleurs pas caché son intérêt pour le candidat, pourtant pas rallié officiellement.

Certains de ses collègues apprécient peu l'ancien ministre, considéré comme celui qui a mis des bâtons dans les roues de François Hollande. Son style, parfois "christique", laisse perplexe.

Mais le candidat d'En Marche! pourrait être considéré comme l'incarnation du vote utile, l'unique recours face à Marine Le Pen. "Qui peut être au deuxième tour pour empêcher un duel François Fillon-Marine Le Pen? C’est ça, la question, c’est celle que je me poserai", avait reconnu Stéphane Le Foll le 21 février dernier. Pour l'instant, la prudence est de mise: car une remontée de Benoît Hamon dans les études d'opinion pourrait à nouveau faire basculer la balance.

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Benoît Hamon

A. K.