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Pourquoi le gouvernement Philippe a une durée de vie limitée

Plusieurs cas de figure pourraient amener Emmanuel Macron à remanier l’équipe dirigée par Edouard Philippe. Dans des proportions plus ou moins larges.

Un "gouvernement provisoire". C’est ainsi que François Baroin a qualifié jeudi l’exécutif constitué par Emmanuel Macron et Edouard Philippe. Et comme le chef de file de la droite pour les législatives, les Français semblent ne pas croire à la pérennité de l’équipe gouvernementale dévoilée mercredi.

Dans la dernière livraison du sondage "L’opinion en direct" réalisée par Elabe pour BFMTV, 52% des personnes interrogées considèrent que le gouvernement ne durera qu’"un temps".

De fait, la tradition veut que le gouvernement nommé dans la foulée de la présidentielle démissionne après le scrutin législatif pour permettre quelques ajustements. Mais outre la coutume républicaine, d’autres facteurs pourraient provoquer une recomposition de l’exécutif.

> Des ministres battus aux élections

Edouard Philippe a rappelé la règle ce jeudi matin sur France inter: les ministres battus aux législatives devront quitter son gouvernement. Six d’entre eux sont concernés par la consigne car candidats au scrutin des 11 et 18 juin: Richard Ferrand, Marielle de Sarnez, Mounir Mahjoubi, Chirstophe Castaner, Bruno Le Maire et Annick Girardin. D’éventuelles défaites seraient déjà un premier motif de remaniement, sans que le casting gouvernemental en soit forcément bouleversé.

> Une victoire (ou une défaite) aux législatives

Emmanuel Macron table sur un appel d’air en provenance de la droite si ses troupes raflent une majorité de sièges à l’Assemblée nationale (un scénario possible, selon un sondage Harris Interactive publié ce jeudi). De nombreux cadres de LR ou de l’UDI n’ont-ils pas déjà appelé à saisir la "main tendue" du locataire de l’Elysée, après la nomination d’Edouard Philippe à Matignon?

La décision d’En Marche! de ne présenter aucun candidat face à plusieurs figures des Républicains ne doit rien au hasard: il s’agit d’encourager ces élus "bienveillants" à l’égard du nouveau pouvoir à le rejoindre. Des ralliements qui pourraient être récompensés en portefeuilles sonnants et trébuchants.

A l’inverse, de mauvais résultats aux législatives entraînerait forcément une valse des maroquins. Si Emmanuel Macron n’obtient qu’une majorité relative, il pourrait être contraint de faire de la place à la droite pour s’assurer une majorité stable au Parlement (au risque de mécontenter la sensibilité de gauche). Et s’il perd dans les grandes largeurs, c’en sera évidemment fini du "gouvernement Philippe".

> Un manque de cohérence interne

C’est une autre menace potentielle qui guette l’attelage au pouvoir. Sa composition inédite est le fruit de dosages savamment pesés, comme le relevait Laurent Neumann ce jeudi sur notre antenne:

"On a tous les ministères régaliens aux mains du centre et de la gauche, les ministères financiers aux mains de la droite. On a Nicolas Hulot qui doit cohabiter avec Bercy et ce ne sera pas simple. On a beaucoup de ministres spécialistes de leurs domaines, compétents, issus de la société civile ".

Et l’éditorialiste politique de BFMTV d’en conclure: "la difficulté, ça va être de faire travailler tous ces gens-là ensemble".

Nicolas Hulot accepterait-il un éventuel feu vert au projet de Notre-Dame-des-Landes, lui qui s’y est farouchement opposé? Les 11 ministres de la société civile, une proportion inédite dans l’histoire de la Ve République, trouveront-ils leur place aux côté des vétérans de la politique que sont François Bayrou ou Jean-Yves Le Drian? Les prochaines semaines permettront de juger de la possibilité de cette cohabitation.

Ghislain de Violet