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Gouvernement

Montchalin assume son vote contre l'interdiction du glyphosate et s'attire les foudres de la gauche

La ministre de la Transformation et de la Fonction publiques, Amélie de Montchalin, le 9 mars 2022 à la sortie du palais de l'Elysée.

La ministre de la Transformation et de la Fonction publiques, Amélie de Montchalin, le 9 mars 2022 à la sortie du palais de l'Elysée. - Ludovic MARIN © 2019 AFP

Pour sa première sortie médiatique, la nouvelle ministre de la Transition écologique s'est attirée les foudres de la gauche en assumant son vote contre l'interdiction du glyphosate, en 2018.

"Sur le glyphosate, j’assume". La formule n'est pas passée à gauche. À peine ces mots prononcés par Amélie de Montchalin que les anti-glyphosates s'agitent. Ceux de la Nupes surtout. Invitée de la matinale de France Inter ce mardi, la nouvelle ministre de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires a justifié son vote en 2018 contre un amendement visant à interdire le glyphosate pour ne laisser "personne sans solution".

"On agit en Européens"

"C’est précisément la méthode que nous voulons pousser: on agit en Européens, on agit pour ne laisser personne sans solution. Oui, on fait de la recherche, on cherche des alternatives, on fait des investissements. Le plan France 2030, il y a des investissements en milliards pour qu’on ait des nouvelles techniques, pratiques, solutions, pour que nous puissions sortir des pesticides et autres", a justifié la ministre de la Transition écologique.

En 2021 la substance avait été classée "cancérogène probable" par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC). Et aux États-Unis, la même année, Monsanto, qui produit le pesticide Roundup à base de glyphosate, avait été condamné en appel à une amende de 25 millions de dollars.

Et la ministre de poursuivre son explication: "Je ne regrette pas une chose: d’avoir considéré que ce sujet était européen. À l’époque, souvenez-vous, la France s’était battue pour que le glyphosate soit au maximum autorisé pour cinq ans - ça va arriver en 2023 - plutôt que pour dix ans. Oui, en tant que député, j’avais fait un choix tout à fait assumé. Nous ne pouvons pas faire cavalier seul pour n’importe quel domaine que ce soit, sinon c’est notre économie, ce sont nos agriculteurs que nous laissons dans la panade".

Levée de boucliers

Par sa justification, la nouvelle ministre a particulièrement agacé l'auteur de cet amendement visant l'interdiction de la substance, produite par le groupe Bayer depuis le rachat de Monsanto. Sur Twitter, le député Matthieu Orphelin a tenu à lui rappeler que le texte prévoyait "toutes les dérogations nécessaires pour ne laisser aucun agriculteur sans solution".

Jean-Luc Mélenchon est plus tranchant. "Montchalin ment", a réagi le leader insoumis. "Macron a cédé pour dans 3 ans, puis pour dans 5 ans. Et dans 5 ans, juste un réexamen de la situation. Macron ne pèse rien en Europe", a-t-il ajouté.

La présidente LFI à l'Assemblée nationale, Mathilde Panot, en a rajouté une couche en ironisant sur Twitter également: "Si vous aviez encore des doutes sur ces gens qui continuent de laisser des multinationales nous empoisonner".

"Cascade réalisée par une professionnelle: à ne pas reproduire chez vous", s'est amusé quant à lui l'EELV Julien Bayou tandis que l'écologiste Sandrine Rousseau s'est fendue d'un "On est bien là", plein de sous-entendus.

"On consomme autant de glyphosate qu’au début du quinquennat précédent", a fait remarquer l''ex-directeur de campagne de Yannick Jadot, Samuel Leré, graphique à l'appui.

La nomination d'Amélie de Montchalin auprès de la Première ministre Élisabeth Borne pour s'atteler à la planification écologique a interloqué certains spécialistes de l'environnement. Une personnalité qui n'a pas "montré d'engagement ni sur les questions de biodiversité, ni sur les questions de climat jusqu'à présent", faisait remarquer l'ONG WWF après l'annonce du nouveau gouvernement.

Fraîchement nommé lui aussi à la tête du ministère de l'Agriculture, l'ancien ministre délégué chargé des Relations avec le Parlement et de la Participation citoyenne, Marc Fresneau, avait, lui aussi, voté en 2018 contre l’interdiction du glyphosate.

En janvier dernier, Emmanuel Macron avait reconnu "ne pas avoir réussi" sur le glyphosate, admettant avoir commis "l'erreur" en début de quinquennat d'avoir cru la France capable de sortir de ce désherbant seule, sans les autres pays européens.

Hortense de Montalivet