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Loi Travail: les députés PS se préparent à toutes les hypothèses

Entre Bruno Le Roux, Manuel Valls et Michel Sapin, les désaccords se multiplient.

Entre Bruno Le Roux, Manuel Valls et Michel Sapin, les désaccords se multiplient. - AFP - Montage BFMTV

Le Parti socialiste n'en finit plus de changer d'avis. Face aux blocages et aux manifestations, la loi Travail sera-t-elle modifiée? Oui répondent les uns, "non, sur sa philosophie de départ" martèle Manuel Valls.

Y a-t-il un pilote au PS? En plein conflit social majeur à propos de la loi Travail, ministres, députés et Matignon se contredisent sur la solution à adopter pour sortir de la crise qui paralyse des secteurs clés de l'économie française. Perdant au passage les députés qui ne savent plus sur quel pied danser. 

L'article 2? Oui, non, peut-être

Alors que la CGT demande le retrait pur et simple de la loi, certains à gauche commencent à réfléchir à un sérieux amendement pour calmer les grévistes et les manifestants. Ainsi, l'article 2 du texte serait en première ligne des dispositions à modifier. L'article, raison d'exister du projet de loi, induit un renversement de la hiérarchie des normes en faisant primer la négociation sur la loi. 

En plein blocage des dépôts de carburants, Bruno Le Roux, patron des députés PS à l'Assemblée, a mené la première charge. Lors d'une émission sur LCP, le député annonce qu'il faut retravailler l'article 2 pour sortir de la crise. Quelques minutes seulement plus tard, Stéphane Le Foll recadre le parlementaire. Le porte-parole du gouvernement l'affirme, au prix d'un savoureux lapsus, il n'est "pas prévu de revoir les principes de l'article 2". 

Problème réglé? Pas vraiment. Mercredi matin, alors que Manuel Valls est invité sur BFMTV, son ministre des Finances Michel Sapin se lance sur LCP. "Peut-être qu'il faut toucher à l'article 2 sur certains points" estime le ministre. A peine deux minutes plus tard, le Premier ministre est obligé de réagir. 

"On ne touchera pas à l'article 2. Il est hors de question de changer le cadre" a réaffirmé Manuel Valls, rapidement soutenu par François Hollande pour qui le Premier ministre a "dit ce qu'il fallait dire".

Quel projet pour la deuxième lecture à l'Assemblée?

Le premier passage du texte de loi devant les députés avait tourné court. Après seulement une journée de débats, Manuel Valls avait finalement brandi le 49.3 pour couper court à toute discussion parlementaire. Mais le texte, après un passage par le Sénat, devra être représenté aux députés début juillet. Une séquence qui s'annonce sportive, et à laquelle les députés socialistes se préparent avec circonspection. 

Olivier Faure, député PS de Seine-et-Marne, reconnaît que "la première version n'était pas votable", mais se prononce désormais pour son adoption. 

"C'est désormais un nouveau texte qui a connu des évolutions profondes. Nous ne sommes plus sur un débat manichéen comme voudrait le faire croire la CGT" estime l'élu.

Seulement, ses collègues sont moins optimistes quant à l'avenir de cette loi en cas de vote. Alors que la première session à l'Assemblée avait mené à la présentation d'une motion de censure de la droite et d'une, non déposée faute de voix, venue de la gauche et d'une partie du PS, pourquoi en serait-il autrement en juillet? Une vision partagée par Olivier Dussopt, député PS, qui a "toujours des réserves sur l'article 2. Son collègue Gérard Bapt, député de Haute-Garonne insiste:

"Les choses vont se représenter de la même manière. 10% des députés socialistes représentent une minorité de blocage, et ça ne va pas changer" déplore le socialiste.

Si aucun député socialiste ne veut ouvertement pronostiquer l'avenir de cette loi, Olivier Faure l'assure, "un retrait n'est pas envisageable". La loi El Khomri devra donc repasser par l'Assemblée. Où certains socialistes prévoient déjà un deuxième usage de l'article 49.3 de la Constitution. 
Paul Aveline