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Les coulisses d'un remaniement a minima

Le Palais de l'Elysée

Le Palais de l'Elysée - AFP

Après la démission fracassante de Nicolas Hulot et le départ surprise de Laura Flessel des ministères de l'Ecologie et des Sports, l'exécutif a fait le choix d'un remplacement poste pour poste. La ligne de l'Elysée a prévalu sur celle de Matignon, qui plaidait pour un remaniement plus large.

Cela faisait une semaine, jour pour jour, que le nom du remplaçant de Nicolas Hulot était attendu. A la liste des postes à pourvoir au gouvernement s'est ajouté, ce mardi midi, celui de ministre des Sports. Laura Flessel a en effet annoncé, elle-même, dans la matinée son départ de son ministère "pour des raisons personnelles". Pour les remplacer, l'exécutif a porté son choix sur un très proche d'Emmanuel Macron, le président de l'Assemblée nationale François de Rugy, et une ancienne médaillée olympique de natation, qui s'est déjà frotté au monde de la politique, Roxana Maracineanu.

Une annonce discrète

En attendant les traditionnelles images de passation de pouvoir dans les cours des ministères, aucune autre forme de publicité ne sera faite autour de ce remaniement. Ainsi, oubliée la coutumière annonce des nouveaux entrants dans le gouvernement par le secrétaire général de l'Elysée depuis le perron du palais présidentiel, celle-ci s'est faite par le simple biais d'un communiqué de la présidence de la République peu avant 13 heures adressé aux rédactions. Un texte court expliquant que "le président de la République a mis fin aux fonctions" de Nicolas Hulot et de Laura Flessel.

Pas d'emploi du terme "démission", ni de référence à une enquête pour fraude fiscale qui touche l'ancienne escrimeuse, mais aussi pas de grand chamboulement dans le gouvernement. Si l'idée d'un remaniement plus large a été évoquée, elle n'en a pas pris le chemin. L'option d'un remplacement a minima a été privilégiée. "C’est le scénario d’Emmanuel Macron, uniquement, qui a été retenu, analyse Camille Langlade, cheffe du service Politique de BFMTV. La démission surprise de Nicolas Hulot a pris tout le monde de court, y compris le 'maître des horloges' et il déteste ça, Emmanuel Macron voulait un remplacement poste pour poste."

"Le Premier ministre plaidait pour élargir ce remaniement, abonde Bruno Jeudy, éditorialiste politique à BFMTV. Ce n’est pas le cas, ce n’est que partie remise. Je pense que le président a dû juger qu’on n’allait pas ajouter de la crise à la crise de son point de vue."

Un remaniement a minima

Avec la démission fracassante de Nicolas Hulot la semaine dernière, les menaces adressées ce vendredi par le "Monsieur Patrimoine" Stéphane Bern et les couacs autour de la réforme sur le prélèvement à la source, la rentrée d'Emmanuel Macron a été largement perturbée, sa cote de popularité chutant au plus bas selon le baromètre Ifop-Fiducial pour Paris Match paru ce mardi. Un remaniement plus large aurait pourtant été une solution pour remplacer certains membres du gouvernement comme Françoise Nyssen, la ministre de la Culture, actuellement au coeur d'une enquête policière.

"Tout le monde reste, y compris les ministres discutés parce que pas assez visibles, peu audibles ou pas assez performants, estime Bruno Jeudy. Depuis huit jours, certains disent qu'Emmanuel Macron va en profiter pour régler quelques problèmes. Il est resté sur sa ligne, on remplace poste pour poste. Il n'y a pas d’entrée de secrétaires d’Etat pour soulager éventuellement l’énorme ministère d’Agnès Buzyn à la Santé, qui va avoir à gérer le plan précarité. On aurait pu imaginer une redéfinition des postes pour notamment la réforme des retraites."

Ce remaniement a minima est un choix du président de la République. Depuis le début de l'été, le Premier ministre a reçu, un à un, les ministres afin de leur faire passer des entretiens d'évaluation. Si aucune notation ne doit être rendue, l'objectif était bien de faire le bilan de l'action de chacun et d'établir des perspectives. Ce remaniement était pour lui l'occasion de revoir son gouvernement.

"On sait qu’Edouard Philippe plaidait pour quelque chose de plus politique, assure Camille Langlade. Il avait noté pendant ses évaluations avec les ministres durant l’été quelques problèmes sur certains ministères. Il n’a pas été entendu. Cette décision, c’est celle d’Emmanuel Macron, ça ne fait aucun doute."

Justine Chevalier