BFMTV

Le rapport explosif sur l'affaire Benalla au coeur d'un bras de fer entre Philippe et les sénateurs

Édouard Philippe au Sénat le 14 février 2019

Édouard Philippe au Sénat le 14 février 2019 - AFP - Daniel Pier

La déclaration du Premier ministre ce jeudi a provoqué un tollé dans les rangs du Sénat, plus particulièrement au sein de la commission d'enquête sur l'affaire Benalla.

C'est une bataille de tranchées comme la politique française sait en orchestrer, mais comme on en a rarement vu depuis le début du quinquennat. Ce jeudi matin, au lendemain de la publication d'un rapport explosif rédigé par la commission d'enquête sénatoriale sur l'affaire Benalla, le Premier ministre Édouard Philippe a enfilé ses gants de boxe.

Sur le perron de Matignon, l'ancien maire du Havre a regretté qu'une part substantielle du document ait été consacrée à l'organisation interne de l'Élysée. Un sujet dont le Parlement, selon Édouard Philippe, n'a pas à se mêler. "La commission d'enquête (...) et le Sénat ont choisi de se livrer à une appréciation qui est, je crois, très politique. Je n'en suis pas surpris, mais comme j'ai un attachement très vif (...) au principe de séparation des pouvoirs, j'en suis un peu déçu", a-t-il notamment affirmé.

"Pas de réflexes partisans"

"Le Sénat persévère, le gouvernement perd ses nerfs", a-t-on vite persiflé dans les couloirs de l'Assemblée nationale à la suite de cette intervention. Les élus de la Chambre haute, eux, sont sortis du bois pour défendre leur travail. 

"Nous exerçons notre mission de contrôle de l'exécutif, comme c'est notre mission constitutionnelle, et comme c'est le cas dans toutes les démocraties", a grondé le sénateur Les Républicains François Grosdidier, membre de la commission, sur notre antenne.

"Nous n'avons pas de réflexes partisans dans cet exercice. (...) Ce n'est pas la culture du Sénat, même quand nous examinons des projets de loi ordinaires, c'est encore moins le cas lorsque nous veillons au bon fonctionnement des institutions", a-t-il ajouté.

"Attention à la démocrature"

Son collègue socialiste Patrick Kanner lui a emboîté le pas. "Le Sénat n’a pas à satisfaire ou décevoir Monsieur Édouard Philippe", a déclaré l'ancien ministre des Sports, ajoutant que le Premier ministre "devrait balayer devant sa porte" et dénonçant "la fébrilité de l'exécutif".

"Il faut respecter le Sénat, qui a travaillé de manière transparente. Ce n’est pas digne de la responsabilité qu’il incarne", juge Patrick Kanner. Et de prévenir: "Attention à la 'démocrature'". 

La tonalité est la même chez Bruno Retailleau, patron du groupe LR au palais du Luxembourg: "Les déclarations du Premier ministre ne sont pas à la hauteur de sa fonction. (...) Édouard Philippe prend le risque d'ajouter à la confusion et à la défiance des Français envers les institutions", a-t-il écrit sur Twitter. 

Quant à la sénatrice écologiste Esther Benbassa, elle estime que "l'exécutif est à court d'arguments" et qu'il n'y a aucune "ingérence" du Sénat "dans les affaires de l'Élysée". Marc-Philippe Daubresse, également membre de la commission, s'est permis de conseiller à Édouard Philippe de réviser "son droit constitutionnel".

Communiqué lapidaire

La commission des Lois du Sénat a par ailleurs publié un communiqué lapidaire, dans lequel elle affirme que "le président de la commission (d'enquête) et les deux co-rapporteurs ne commentent pas les commentaires". 

Philippe Bas et ses deux co-rapporteurs y réitèrent "leur profond attachement au principe de séparation des pouvoirs". "Il importe aussi, pour la maturité de la démocratie, que la mission fondamentale du Parlement dans ses pouvoirs de contrôle soit pleinement respectée", ajoutent-ils.

"La démarche de Philippe Bas est politique"

Interrogé par BFMTV.com, un proche d'Emmanuel Macron estime que la déclaration d'Édouard Philippe n'avait rien d'excessif. "La démarche de Philippe Bas est avant tout politique. Il aiguillonne formidablement bien Gérard Larcher en le mettant devant le fait accompli avec ce rapport. Je ne suis pas sûr que Larcher apprécie, d'ailleurs", glisse-t-il. 

Et cette source de pointer du doigt l'une des annexes du rapport, qui d'après lui "change profondément la nature" du document. Il s'agit du courrier, adressé au président du Sénat, dans lequel la commission demande à ce que le Bureau du Sénat saisisse le parquet pour faux témoignage, dans le cadre de l'affaire Benalla.

"Ça montre bien les arrières-pensées très fortes de Philippe Bas. Il s'agit d'un rapport éminemment politique", ajoute-t-on.

Jules Pecnard