BFMTV

Hulot au gouvernement: un chemin de croix long de 15 mois

Nicolas Hulot.

Nicolas Hulot. - AFP

Malgré des victoires, le passage de Nicolas Hulot au gouvernement a été marqué par les embûches et les déceptions.

Il s'était donné un an pour juger de son utilité au gouvernement: 15 mois plus tard, Nicolas Hulot a franchi le pas et surpris tout le monde en annonçant sa démission, ce mardi, sur France Inter. "Est-ce que nous avons commencé à réduire les émissions de gaz à effet de serre? La réponse est non", a martelé le ministre, avant d'égrainer la liste des objectifs non remplis. Si l'année a été marquée par quelques victoires symboliques, comme l'abandon en janvier par le gouvernement de la construction d'un aéroport à Notre-Dame-des-Landes, le ministre a reconnu lui-même des "déconvenues" et de "l'impatience".

En novembre 2017, plusieurs dossiers arrivent sur sa table. D'abord celui très symbolique du nucléaire: voilà le ministre forcé d'annoncer après un conseil des ministres que la réduction de 50% de la part du nucléaire dans la production d'électricité serait finalement reportée à 2030 voire 2035, au lieu de 2025 comme annoncé initialement.

Le désaveu est fort, mais le 8 novembre sur BFMTV, Nicolas Hulot se défend et évoque un objectif "pas atteignable, sauf dans une brutalité excessive". "On ne recule pas, on avance au contraire", martèle-t-il. Les ONG de défense de l'environnement dénoncent une "reculade du ministre."

Tensions avec son collègue de l'Agriculture

Au sein du gouvernement, les tensions s'accumulent entre Nicolas Hulot et son collègue chargé de l'Agriculture, Stéphane Travert. Évincé de l'organisation et du suivi des Etats généraux de l'Alimentation qui ont lieu en décembre, le premier boude la clôture de l'événement, piloté par le second. Selon des propos rapportés par Le Monde, il estime que "le compte n'y est pas", et nuancera ses propos quelques jours plus tard. Interrogé sur une possible démission, il assure qu'il n'y a "pas pensé une seconde."

Au printemps arrive le sujet du glyphosate, cet herbicide controversé. Nicolas Hulot plaide pour une interdiction du pesticide dans la loi, d'ici 2021, quand Stéphane Travert s'y oppose. Les deux hommes s'affrontent, et l'exécutif choisit finalement un compromis: garder la date de 2021 pour convaincre les filières d'y renoncer, et une inscription dans la loi si des alternatives sont trouvées. Fin mai, la loi Agriculture et Alimentation est présentée à l'Assemblée: elle ne parle pas du glyphosate. L'amendement pour l'y inscrire, soutenu publiquement par Nicolas Hulot, est rejeté par les députés. Le ministre le reconnaît, il est "déçu". Mais s'accroche à l'objectif de 2021.

La chasse, goutte d'eau qui a fait déborder le vase?

Entre temps, les rumeurs s'accumulent sur un éventuel départ. Le 16 mai dernier sur BFMTV, Nicolas Hulot laisse entendre qu'une démission n'est pas exclue. "Jusqu'à l'été, j'ai la tête sous l'eau. Cette évaluation-là, je la ferai à l'été", lance-t-il tout en prévenant:

"Si je sens qu'on n'avance pas, que les conditions ne sont pas remplies voire qu'on régresse, j'en tirerai les leçons". Et comme une dernière menace:

"Je suis capable de partir."

La réunion de lundi soir sur la chasse aura-t-elle été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase? Emmanuel Macron a notamment donné son accord à la baisse du prix du permis de chasse, qui passe de 400 à 200 euros. Un pas vers les chasseurs qui achève d'excéder le défenseur de la cause animale qu'est Nicolas Hulot. Et précipite sans doute sa démission, "mûrie depuis des mois".

Ariane Kujawski