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Emmanuel Macron "séduit d'abord des électeurs de droite"

En démissionnant fin août, le ministre de l'Economie bouscule comme à son habitude les codes politiques. Mais il lui reste encore du chemin avant que les Français le croit capable d'endosser le "costume présidentiel".

Pour s'en féliciter ou pour exprimer sa défiance, tout le monde s'accorde à dire que la trajectoire politique d'Emmanuel Macron est fulgurante. Le ministre de l'Economie démissionnaire bâtit depuis deux ans l'image d'un trublion qui veut rassembler par-delà le traditionnel gauche-droite. Marque de fabrique: la vitesse et le brouillage des codes.

Pour Christophe Barbier, éditorialiste à BFMTV, la candidature d'Emmanuel Macron n'est pas une certitude. Selon lui, deux conditions doivent être remplies. La première est que "son immeuble, qu'il va essayer de construire, tienne debout". La seconde serait que Hollande ne se présente pas.

"Il doit comme les autres réussir sa rentrée. Il a deux copies à rendre celle du diagnostic fin septembre et celle ensuite du projet. Ensuite, c'est la cour de récréation avec ses coups bas. Il devra dissuader le mauvais élève, le cancre Hollande, de se représenter comme chef de classe".

Le départ fin août, un entre-deux bien préparé

Surtout, constate Christophe Barbier, le timing de cette démission est évidemment calculé et "ce calendrier a un sens précis".

"Partir en juillet, c'était partir sur un clash, en claquant la porte. Ou se faire virer. Il (Macron, NDLR) n'est pas passé loin le 14 juillet après la manifestation à la Mutualité (le 12, NDLR). Partir fin septembre après que la dernière loi de finances a été adoptée en Conseil des ministres, c'était partir comme un bon élève. Fin septembre, ç'aurait été partir comme un bon élève qui avait rempli sa copie et qui laissait les affaires courantes aux autres. Là, il part fin août, ça dit son impatience, son insatisfaction et son côté rebelle, car à la fin de la semaine dernière, Manuel Valls avait dit dans L'Express, 'pas question de partir avant décembre, on est avec Hollande jusqu'au bout'".

Si Emmanuel Macron impose son rythme en démissionnant fin août, il lui reste cependant du chemin pour convaincre qu'il pourrait être capable "d'endosser le costume présidentiel". Comme a réagi Stéphane Le Foll, porte-parole du gouvernement, "il est plus facile de dire ce qu'on n'est pas que de dire ce qu'on est". 

Encore du travail pour espérer revêtir le costume présidentiel

Reste que la curiosité de certains Français est déjà attisée par la personnalité et le discours d'Emmanuel Macron. Bernard Sananès, président de l'institut Elabe, confirme que "Macron séduit d'abord des électeurs de droite où il gagne 13 points de plus de popularité". "Comme Manuel Valls, il faut le noter, il suscite l'hostilité des sympathisants du Front de gauche et l'adhésion de soutiens socialistes", continue-t-il. 

D'un point de vue sociologique, "Emmanuel Macron séduit plutôt les urbains, les plus diplômés, les plus aisés. Il parle à ceux qui souffrent le moins", analyse Bernard Sananès.

Mais de là à briguer la fonction présidentielle, c'est une autre paire de manches. "Seuls 1/3 des Français" le voient, selon le dernier baromètre Elabe, capable de "revêtir le costume présidentiel". Pour cela, il devra "travailler une image encore récente et pas complètement structurée", conclut-il.
David Namias