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Édouard Philippe, grand absent du grand débat national

Edouard Philippe le 14 décembre dernier à Matignon.

Edouard Philippe le 14 décembre dernier à Matignon. - STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

Depuis l'ouverture du grand débat national, tous les projecteurs sont tournés vers le président de la République. Le Premier ministre lui, se montre très discret.

Le grand débat national risque-t-il de mettre le Premier ministre sur le banc de touche? Depuis l'ouverture en grande pompe de ce processus démocratique inédit, Emmanuel Macron attire tous les regards. Enchaînant les réunions marathons avec les maires, le chef de l'État a pris en main le calendrier, reléguant implicitement Édouard Philippe à un rôle plus discret, du moins médiatiquement. 

De fait, le locataire de Matignon s'est peu exprimé sur le sujet du grand débat national. Sa dernière sortie officielle remonte au 18 janvier, lorsque Édouard Philippe a prononcé une rapide allocution après une réunion des cinq "garants" de la bonne tenue du débat.

"Il n'est pas du tout dans le match", va jusqu'à persifler un proche d'Emmanuel Macron auprès de BFMTV.

Distance

En retrait, le Premier ministre a plutôt laissé Sébastien Lecornu (ministre des Collectivités territoriales) et Emmanuelle Wargon (secrétaire d'État auprès du ministre de la Transition écologique) monter au front pour articuler concrètement l'échange qui doit avoir lieu entre le peuple français et ses gouvernants.

Tout juste Édouard Philippe a-t-il donné sa "lecture" de "ce grand débat" lors de la séance de questions au gouvernement du 23 janvier à l'Assemblée nationale.

"J'ai vu, (...) dans ces deux longs échanges entre le président de la République et des maires, un véritable dialogue", a-t-il répondu à un député Les Républicains dans l'hémicycle.

"Réjouissons-nous de la qualité de ce dialogue", a-t-il conclu, comme une observation faite à distance.

"Rincé", Édouard Philippe?

En coulisses, certains vont jusqu'à juger le Premier ministre "rincé".

"Le débat n’est pas un domaine dans lequel il excelle. La démocratie participative n’est pas dans sa culture", observe un député La République en marche.

Une autre estime même que "l'atterrissage" du grand débat national entraînera mécaniquement "un changement de Premier ministre". Édouard Philippe "en est conscient, c'est pour cela qu'il ne s'implique pas". 

Pas si vite. À Matignon, l'entourage du chef du gouvernement assure que ce dernier "va participer à des débats, mais ce n’est pas calé".

"Il est normal qu’au début, le président occupe l’espace. Le Premier ministre s’est occupé de toutes les réunions préparatoires" au grand débat, explique-t-on à BFMTV.

Des travaux durant lesquels il a d'ailleurs fallu, en catastrophe, gérer le départ de Chantal Jouanno, patronne de la Commission nationale du débat public. 

L'épine des 80 km/h

Interrogé par Le Parisien, un parlementaire LaREM abonde dans ce sens:

"Ce débat, c’est l’instant Macron. Alors il n’était pas question pour Édouard de faire de l’ombre, de quelque manière que ce soit."

Ce partage des rôles est d'autant plus logique que, parmi les mesures gouvernementales les plus vilipendées dans les "cahiers de doléances", celle limitant la vitesse à 80 km/h sur les routes secondaires figure en bonne place. Une mesure voulue et défendue personnellement par le Premier ministre. Lequel devrait, à partir de ce weekend, réaliser plusieurs déplacements sur le terrain afin de se livrer, lui aussi, au jeu des questions-réponses à chaud. 

Jules Pecnard avec Thomas Soulié