BFMTV

"Désertion", "monstre politique": réactions sévères à la démission d'Emmanuel Macron

L'annonce de la démission imminente d'Emmanuel Macron, le ministre de l'Économie, a secoué la classe politique ce mardi, aussi bien à gauche qu'à droite. Certains dénoncent "une désertion", d'autres évoquent "un choc" ou encore un "monstre politique".

Emmanuel Macron va présenter sa démission ce mardi à François Hollande, lui qu'il l'a propulsé dans sa carrière politique en le nommant ministre de l'Économie. Ce départ pourrait être acté très prochainement, notamment suite à un rendez-vous prévu entre les deux hommes à 15h à l'Élysée, a appris BFMTV.

Une annonce qui a fait réagir la classe politique. Bruno Le Roux, patron des députés socialistes et proche de François Hollande, s'est interrogé sur Twitter concernant la loyauté vis-à-vis du président. 

Pour Olivier Faure, porte-parole du Parti socialiste, "cette démission est tout sauf une surprise depuis son meeting où tout le monde avait compris qu'il avait fait le choix de partir de ce gouvernement et retrouver une parole différente."

"Sa capacité à rester audible devenait compliquée, a-t-il estimé pour BFMTV. Cette démission n'engage pas encore l'étape suivante qui est celle d'une candidature à l'élection présidentielle."

"Une désertion" selon les frondeurs

Du côté des frondeurs, les critiquent fusent. Pour le député socialiste d'Indre-et-Loire Laurent Baumel, cette démission est un "symptôme du terrible affaiblissement de François Hollande", a-t-il estimé sur BFMTV. Selon lui, ce départ est le signe "qu'il n'y a plus de désir et plus du tout d'attente à l'égard de François Hollande dans ce pays."

"A quelques mois de l'élection présidentielle, il s'émancipe du président qui a fait de lui un ministre pour dire maintenant: je veux voler de mes propres ailes."

Christian Paul, chef de file des frondeurs, a également réagi. Pour le député PS, cette démission est "une désertion".

"Emmanuel Macron va avoir un problème démocratique vis-à-vis des Français. Il est ministre de l'Économie, il a été conseiller du président de la République, il doit rendre compte de la politique du gouvernement, une politique qu'il a soutenue", a-t-il estimé sur BFMTV.

Pour François Kalfon, secrétaire national du PS en charge du Travail et directeur de campagne d'Arnaud Montebourg, "cette démission traduit l'isolement du chef de l'État qui, après avoir perdu son couloir gauche, perd maintenant son couloir droit".

Guy Delcourt, député PS du Pas-de-Calais, s'est montré encore plus sévère. "Tout est dit, il va pouvoir rejoindre enfin au grand jour son papa Gattaz".

Pour Esther Benbassa, sénatrice écologiste du Val-de-Marne, "François Hollande sème le désordre (dans toute la gauche)" et "récolte le chaos (dans son propre camp)".

Jean-Luc Mélenchon, député européen et ancien candidat à l'élection présidentielle pour le Parti de gauche, ne s'est pas montré tendre avec l'ancien banquier d'affaires, estimant que François Hollande ne produisait que des "monstres politiques".

"De l'illusionnisme" pour la droite

La droite a ironisé depuis l'annonce de ce départ. Nicolas Sarkozy, candidat à la primaire en vue de 2017, a moqué le bilan du ministre démissionnaire.

"Vous recevrez monsieur Macron: je suis content qu'il ait du temps pour s'occuper de vous mais à sa place, je continuerais de m'occuper de l'économie française", a déclaré l'ancien chef de l'État qui visitait la foire agricole de Châlons-en-Champagne, où le ministre est attendu jeudi. "Si j'ai bien compris, ça fait quatre ans qu'on n'a pas de politique économique et dans quatre minutes on n'aura plus de ministre de l'économie: c'est logique."

  • Même fermeté pour Jean-Pierre Raffarin, qui a évoqué pour BFMTV un "choc" au plus mauvais moment.

"Un départ de ministre est toujours un problème pour un gouvernement, surtout dans une période aussi difficile qu'aujourd'hui", a estimé l'ancien Premier ministre à la sortie de la conférence des ambassadeurs. "Un départ de ministre de l'Économie c'est un choc avec des conséquences politiques. C'est naturellement, pour notre économie, un problème supplémentaire", a ajouté le sénateur LR.

Pour Bruno Retailleau, porte-parole du groupe LR à l'Assemblée, ce départ n'est pas une surprise. "Il existait une béance idéologique entre Emmanuel Macron et sa majorité, a-t-il déclaré sur BFMTV. Son texte de loi a fracturé sa majorité."

"Le macronisme au pouvoir entre 2012 et 2016, c'était quoi? Du fiscalisme, comme conseiller à l'Elysée. De l'illusionnisme, comme ministre", a pour sa part dénoncé Guillaume Larrivé, porte-parole LR.

Pour Roger Karoutchi, sénateur LR des Hauts-de-Seine, Emmanuel Macron "est la caution de quatre ans de désastres économiques et sociaux en France".

"J'avais de la sympathie pour Monsieur Macron, a-t-il confié sur BFMTV. Malheureusement, en deux ans, on n'a pas vu grand-chose. Il a reculé sur bien des sujets, il n'y a pas de bilan très probant à sa sortie." Et selon lui, son avenir politique est limité. "Il n'y a pas d'espace politique pour Emmanuel Macron, parce que le "ni droite ni gauche", ça n'a pas de débouché. Il n'y a pas de projet."

Même dérision pour le député LR du Pas-de-Calais Daniel Fasquelle qui a détourné le nom du mouvement "En Marche !" du ministre de l'Économie.

"Macron quitte le Titanic", estime Robert Ménard

Du côté de l'extrême droite, Florian Philippot, vice-président du Front national, s'est interrogé sur l'avenir du ministre de l'Économie. "Se présentera-t-il à la primaire de gauche ou à la primaire de droite?" s'est-il interrogé sur Twitter.

Au micro de BFMTV, le conseiller régional d'Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine a estimé qu'Emmanuel Macron était "une synthèse du système, la continuité d'une politique d'échec menée depuis des années" et serait "un candidat de plus ultra-libéral".

"Macron quitte le Titanic alors que l'iceberg est en vue", a pour sa part lancé Robert Ménard, le maire d'extrême droite de Béziers, sur Twitter.

Mêmes critiques acerbes pour Nicolas Bay, secrétaire général du Front national, qui a estimé sur le réseau social que "l'économie de la France aura été le cadet des soucis de Macron".

"La carrière l'emporte sur l'intérêt collectif", selon la CGT

Lors de la conférence de rentrée de la CGT ce mardi, le secrétaire général du syndicat Philippe Martinez n'a pas manqué de réagir à l'annonce du départ d'Emmanuel Macron.

"Il y a chez un certain nombre de dirigeants politiques, y compris des ministres, une préoccupation personnelle de carrière qui l'emporte sur l'intérêt collectif, a-t-il regretté. Il ne s'est pas beaucoup occupé de l'industrie. Il ne s'est pas beaucoup occupé des Français sauf parfois pour les insulter et les traiter d'illettrés", a-t-il critiqué, évoquant les propos décriés tenus par Emmanuel Macron sur les salariées des abattoirs de Gad.

Le patron du Medef est quant à lui l'un des rares à avoir regretté ce départ. "Quel ministre de l'Économie aurons-nous?" s'est interrogé Pierre Gattaz sur RTL.

"Emmanuel Macron connaissait l'entreprise, connaissait le numérique, a estimé le président de l'organisation patronale. On perd un ministre qui connaissait la globalisation, le monde". Il espère que "le prochain ministre aura au moins ces qualités-là".

C.H.A.