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Démission de Gérard Collomb: vers un remaniement plus large

Une passation de pouvoir improvisée a eu lieu ce mercredi matin entre Gérard Collomb et Edouard Philippe. Le Premier ministre est chargé de prendre l'intérim place Beauvau en attendant un remaniement en bonne et due forme, qui pourrait concerner plusieurs portefeuilles.

Il y a eu la crise Hulot, voici la crise Collomb. Des trois ministres d'Etat nommés dans le premier gouvernement d'Edouard Philippe, il n'en reste aucun. François Bayrou, Nicolas Hulot et maintenant Gérard Collomb ont choisi de démissionner, ce dernier laissant derrière lui un exécutif et un président particulièrement fragilisé, après une succession de polémiques politiques et médiatiques. Lundi, Emmanuel Macron a refusé la démission de son ministre de l'Intérieur, qui avait dit son intention de briguer à nouveau la mairie de Lyon. Le chef de l'Etat pensait sans doute gagner ainsi du temps, avant un remaniement inévitable.

Mais sa stratégie a échoué, Gérard Collomb est revenu à la charge, contraignant le président à finalement accepter son départ mardi soir. Dans la précipitation, il a été décidé qu'Edouard Philippe prendrait l'intérim, et la passation officielle entre les deux hommes a eu lieu ce mercredi peu après 9 heures à Beauvau. Elle a d'ailleurs commencé par une séquence parlant d'elle-même: Gérard Collomb, arrivé sur place le premier, a été filmé en train d'attendre l'arrivée d'Edouard Philippe, seul sur le perron de son ex-ministère pendant 15 bonnes minutes. Les deux hommes se sont ensuite retrouvés, avant de sortir prendre la parole chacun son tour, lors de longues minutes tendues. Quant à la suite, il est trop tôt pour la dire. Pour notre éditorialiste Christophe Barbier, cette crise de gouvernance illustre une certaine improvisation du chef de l'Etat.

"Il a refusé de faire ce qu'il fallait faire, ce qui lui a été suggéré plusieurs fois, notamment par Edouard Philippe au moment de la démission de Nicolas Hulot: un large remaniement".

Ministres septuagénaires fatigués

"Peut-être que c'est l'une des clés de l'intérim actuel de Gérard Collomb par Edouard Philippe, c'est faire passer l'idée d'un large remaniement, et régler tous les problèmes d'un coup: les ministres septuagénaires fatigués, les secrétaires d'Etat restés anonymes, et les ministres qui ont bien travaillé, mais sont arrivés au bout de leur tâche", explique l'éditorialiste politique sur BFMTV.

"Il est trop tôt pour dire si on aura un remaniement poste à poste ou un remaniement plus large", estime l'éditorialiste de BFMTV Laurent Neumann, rappelant qu'Edouard Philippe militait pour cette deuxième option avant l'été, avant même le départ de Nicolas Hulot. "Cela n’a pas été le choix d’Emmanuel Macron, il n'est pas impossible qu’il s’en morde les doigts vu le scénario que l’on voit aujourd’hui", poursuit l'éditorialiste.

Plusieurs noms circulent pour prendre la suite de Gérard Collomb. Mais comme le souligne aussi la nomination provisoire d'Edouard Philippe, l'exécutif manque de réservoir et peine à trouver un remplaçant à ce poste stratégique.

Nyssen, Mézard et Gourault sur la sellette?

Le ministre du Budget Gérald Darmanin, le secrétaire d'État aux Relations avec le Parlement Christophe Castaner, le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux ou encore l'ancien patron de la police nationale Frédéric Péchenard sont cités comme successeurs potentiels. Des six principaux ministres dans l'ordre protocolaire en place au début du mandat d'Emmanuel Macron, il ne reste aujourd'hui plus que Jean-Yves Le Drian, aux Affaires étrangères, dont le nom circule également pour prendre le relais de Gérard Collomb.

Dans l'hypothèse d'un remaniement plus large, plusieurs noms de ministres sur le sellette circulent également. François Nyssen, tout d'abord, fragilisée depuis des mois, attaquée pour son bilan mais aussi pour l'affaire des travaux réalisés lorsqu'elle dirigeait la maison d'édition Actes Sud. 

En coulisses, les noms de Jacques Mézard, le ministre de la Cohésion des territoires, et de Jacqueline Gourault, la madame Corse du gouvernement, qui était rattachée à Gérard Collomb à l'Intérieur, sont également cités. Mais aussi, pourquoi pas, Nicole Belloubet, la garde des Seaux, d'après nos confrères du Parisien. "Il faut également sortir une demi-douzaine de secrétaires d’État qui ne servent à rien", achève un conseiller de l'exécutif cité par le quotidien. Le remaniement devrait intervenir d'ici la fin de la semaine. 

Charlie Vandekerkhove