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Gilets jaunes: Mélenchon victime à son tour du "dégagisme"?

Le leader de la France insoumise tente par tous les moyens de s'attirer la sympathie du mouvement des gilets jaunes mais ses stratégies restent vaines. Et sa manie "d'en appeler au dégagisme" se retournerait contre lui, estime l'ancien patron du PS Jean-Christophe Cambadélis dans les colonnes du JDD.

Soutien précoce au mouvement, défense des manifestants face aux accusations de violence, passe d'armes perpétuelle avec LaREM, rien n'y fait: le chef de file de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, ne semble pas, pour l'instant, profiter politiquement d'un effet "gilets jaunes".

Pourtant, il a tout fait pour récupérer le mouvement. Omniprésent sur les réseaux, ciblant le président de la République plutôt que les violences, le leader insoumis joue la surenchère.

Les gilets jaunes, "c'est pas une foule haineuse (…) Il (Emmanuel Macron, NDLR) est en train de vouloir traiter tout ça par la force. Il y a une sorte de dérive autoritaire".

Mais malgré ses efforts, la stratégie de Jean-Luc Mélenchon ne prend pas auprès des gilets jaunes. "Ce n'est pas un texte de Mélenchon qui va changer notre cause", avait lâché Eric Drouet, figure médiatique des gilets jaunes, après un hommage appuyé que lui avait adressé le président de LFI.

"Il est à son tour dégagé"

"Le drame de Mélenchon est de ne pas être le débouché des gilets jaunes, raconte au Journal du Dimanche l'ex-premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis. Alors il tente par tous les moyens de reprendre pied dans ce mouvement qui ne veut de personne. À force d'en appeler au dégagisme, il est à son tour dégagé."

Ancien ministre et sénateur, Jean-Luc Mélenchon incarne malgré lui la "caste" que les gilets jaunes rejettent, estime de son côté la sénatrice PS et ex-ministre des Familles Laurence Rossignol.

Même dans son propre camp les soutiens se fendillent: "LFI ne s'y prend pas si mal, mais il faut aussi apprendre à se taire, comme Marine Le Pen", souligne une figure du parti qui observe: "Mélenchon surjoue beaucoup, c'est sa nature, il veut être Robespierre avant, pendant et après. Mais il ne peut pas l'être pour ce mouvement". 

Cote de popularité en berne

Un échec qui se ressent également dans les sondages. Déjà peu encourageants avant les fêtes avec des intentions de vote à peine plus élevées que 10% pour les européennes de mai, ils continuent à être peu flatteurs en ce début d'année. Jeudi, la cote d'avenir prêtée au patron des députés LFI par Kantar-Sofres pour Le Figaro Magazine a accusé une spectaculaire chute de 6 points, à 23%; sa popularité a aussi enregistré -3 points, à 20%, selon Elabe/Les Echos.

Peut-être plus préoccupant encore pour LFI: elle n'est plus la formation qui "incarne le mieux l'opposition" au chef de l'Etat, selon une enquête publiée mardi par l'Ifop. Seuls 30% des sondés le pensent désormais (-12 points en quatre mois), contre 35% pour le Rassemblement national (RN) de Marine Le Pen. De quoi donner du grain à moudre à Benoît Hamon (Générations), qui a déclaré lundi: "Aujourd'hui Mélenchon parle et c'est Le Pen qui va récolter les voix".

Certains Insoumis relativisent les sondages, à l'image de Manuel Bompard, le directeur opérationnel de la formation:

"Rien n'a de valeur en cette période. Mais j'observe avec plaisir que nos thèmes, ceux de justice fiscale et de rénovation démocratique, sont repris". Il lit différemment l'attitude de Jean-Luc Mélenchon: il s'agit pour LFI d'être "des protecteurs" pour ce mouvement qui "n'est pas en recherche de représentation".

"Les pieds dans le ciment"

La colère de Jean-Luc Mélenchon en octobre contre les perquisitions, notamment à son domicile et au siège de LFI à Paris, a peut-être joué un rôle. "Il a perdu sa dimension de chef d'Etat auprès de beaucoup de gens alors qu'il aurait pu jouer la carte du recours. Il n'attendait que ça, cette vague, mais elle est arrivée au moment où il a les pieds dans le ciment", analysait l'ancien porte-parole François Cocq - avant son exclusion de LFI samedi, d'un simple tweet, un épisode qui a jeté le troublé dans les rangs insoumis.

La sénatrice Marie-Noëlle Lienemann, qui l'automne dernier a quitté le PS avec Emmanuel Maurel pour s'allier à LFI, veut croire au temps long: "Du calme! En politique, certaines choses que l'on fait ne sont pas super sur le moment, mais comptent plus tard."

Ambre Lepoivre avec AFP