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Galvanisé par son meeting à Bercy, Hamon met la pression à gauche

Benoît Hamon à Bercy.

Benoît Hamon à Bercy. - ERIC FEFERBERG / AFP

Lors de son meeting de Bercy, le candidat socialiste Benoît Hamon s'est posé comme le candidat authentique de son camp, rejetant Emmanuel Macron dans le camp "de l'argent", se réappropriant les figures historiques de la gauche aux dépens de Jean-Luc Mélenchon, et ménageant le bilan gouvernemental.

La gauche, c'est lui: devant un Bercy comble, Benoît Hamon, rivé à la quatrième place dans les sondages, a tenté de se réapproprier son espace politique, en ravivant la fierté des militants socialistes. Pressé sur son aile gauche par la démonstration de force du candidat de la France insoumise samedi, rongé sur son aile droite par Emmanuel Macron, Benoît Hamon a prononcé un discours offensif, avec le double objectif de reprendre la main sur son camp et de se démarquer de ses rivaux.

Pour insuffler une dynamique positive à une campagne qui peine à décoller, Benoît Hamon s'en est remis aux fondamentaux de sa famille politique: dans la droite ligne de François Mitterrand, qui dénonçait en son temps "l'argent qui corrompt", le candidat a estimé, faisant un même lot de François Fillon et d'Emmanuel Macron, que "nul ne peut servir deux maîtres: la République, et l’argent". L'éphémère ministre de l'Education a ainsi présenté les deux candidats comme les chantres d'un libéralisme auquel il s'oppose: 

"Ils ont peut-être le sens des affaires, moi j’ai le sens de l’Etat", a-t-il lancé à la tribune. 

Contenir Jean-Luc Mélenchon

Appuyé par les figures d'une gauche "sociétale", notamment incarnée par Najat Vallaud-Belkacem, Anne Hidalgo, Aurélie Filippetti et Christiane Taubira, Benoît Hamon a revendiqué l'héritage des réalisations historiques de la gauche et s'est placé dans la ligné de ses grandes figures, citant entre autres Victor Hugo, Léon Blum et Jean Jaurès. Ces références lorgnent clairement dans la direction de l'électorat de Jean-Luc Mélenchon, dont le mouvement se présente volontiers en héritier légitime des legs de la gauche radicale.

Refusant "d'oublier" le passé de sa famille politique, Benoît Hamon s'est employé à ressusciter la "fierté" d'être de gauche. Le candidat a harangué son camp, tentant de le rallier à l'idée d'une "remontada": "Imaginez si un bel esprit était allé voir les révolutionnaires de l'An II, qui à Valmy faisaient trembler le sol (...) en leur disant: 'soldats, faites un peu moins de bruit, les sondages donnent le duc de Brunschwig gagnant'. Alors nous allons faire du bruit dans cette élection."

Le socialiste mise donc sur sa capacité à porter un espoir, symbolisée par son mantra du "futur désirable", pour se distinguer d'un Jean-Luc Mélenchon candidat de la colère, adepte du "dégagisme". Une stratégie illustrée par la conclusion de son discours et cette citation de Simone de Beauvoir: "La fatalité triomphe dès que l'on croit en elle."

"Parce que nous sommes la gauche, ajoute le candidat, nous ne nous résignons pas à la fatalité d'une élection par défaut. Je veux être le candidat du 'pour'".

Hommage à Hollande, attaque contre Valls

Ce discours d'adhésion souhaitée justifie l'hommage rendu par Benoît Hamon à François Hollande, Bernard Cazeneuve et Jean-Yves Le Drian (pourtant sur le point de rejoindre Emmanuel Macron). Le candidat a même estimé "pouvoir trouver de la fierté dans ce quinquennat". Ces signaux adressés à ces trois figures régaliennes ont pour double objectif de forcer leur soutien et d'isoler Manuel Valls au sein du parti socialiste comme le tenant d'un courant minoritaire. 

L'ancien premier ministre perdant de la primaire, qui a signifié son désaccord avec Benoît Hamon dans le JDD, a d'ailleurs été ouvertement pris pour cible: "Ce manquement à la parole donnée, assène Hamon, et ce mépris de l'expression démocratique exaspèrent tant le peuple qu'ils finissent par le jeter dans l'aventure du Brexit, dans les bras de M. Trump ou de Mme Le Pen."

A la veille du premier débat entre les cinq principaux prétendants à l'Elysée, Benoît Hamon peut donc espérer avoir mis fin aux divisions internes du parti socialiste pour mener campagne.

dossier :

Benoît Hamon

Louis Nadau