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Présidentielle: Marine Le Pen a-t-elle un problème d'image?

Marine Le Pen lors de son meeting à Metz, le 18 mars 2017.

Marine Le Pen lors de son meeting à Metz, le 18 mars 2017. - Jean Christophe VERHAEGEN / AFP

Les études d'opinions révèlent un bilan très contrasté de l'image de la candidate du Front national. Pour sa campagne, le parti veut "faire connaître" Marine Le Pen. Une stratégie centrée autour de sa personne, qui semble fonctionner auprès de l'électorat déjà acquis. Mais rien ne dit qu'elle permettra à la présidente du FN d'élargir sa base électorale.

Si Marine Le Pen bénéficie de la première ou deuxième place en termes d'intentions de vote dans les sondages, les réponses concernant son image sont beaucoup plus contrastées. C'est ce que montrent notamment le baromètre du Cevipof, paru le 17 février, ou celui, annuel, de Kantar Sofres, publié le 7 mars dernier. La candidate du Front national y est décrite comme volontaire, capable de prendre des décisions et comprenant les problèmes quotidiens des Français par une large majorité des personnes interrogées. En revanche, peu la trouvent sympathique, chaleureuse ou honnête, et certains la trouvent même inquiétante. Malgré ses bons résultats dans les urnes, Marine Le Pen souffrirait-elle d'un problème d'image?

Pour Philippe Olivier, à la tête de la cellule idées-image du parti, la réponse est un non catégorique. "Elle a une très bonne image, les gens sont ravis de la saluer, ils ont beaucoup d'estime pour elle, pour son courage, sa conviction. Elle est charismatique", explique à BFMTV.com celui qui est aussi son beau-frère. Les mauvais points de la candidate en termes de sympathie ne l'alarment pas.

"C'est mieux que tout le monde vous trouve sympathique, mais la gentillesse n'est pas un argument pour être ou non président de la République", fait-il valoir.

"Je suis une femme, je suis une mère, je suis une avocate"

Sur le terrain, en pleine campagne présidentielle, l'objectif du parti est pourtant de "faire mieux connaître" sa candidate. Cela passe par un clip de campagne à la première personne, tourné sur le romantique littoral breton comme une bande-annonce de film, dont le dernier plan montre l'entrée de l'Elysée. "Je suis une femme, je suis une mère, je suis une avocate", explique Marine Le Pen dans ce clip, qui veut à la fois mettre en avant son ambition présidentielle et sa personnalité.

Cela passe aussi par un tract intitulé "telle que je suis", qui la présente en "femme libre", et dévoile "derrière la femme politique, la mère, la sœur". "L'élection présidentielle, c'est la rencontre de quelqu'un avec le peuple", justifie Philippe Olivier, citant de Gaulle pour expliquer cette stratégie de dévoilement de la "vraie" Marine Le Pen.

Capture du clip de campagne officiel de Marine Le Pen.
Capture du clip de campagne officiel de Marine Le Pen. © Capture d'écran Youtube

"La délepénisation, ça marche"

C'est aussi dans cette optique que la candidate a participé à l'émission "Une ambition intime". "Elle ne voulait pas le faire mais elle a été convaincue par sa soeur Marie-Caroline", explique Philippe Olivier. L'idée est à la fois d'adoucir l'image de la candidate, et de cloisonner son image par rapport à celle du Front national, de distinguer les deux, comme le confirme Philippe Olivier. Ce que les chercheurs et observateurs du parti appellent la "délepénisation". Un terme que certains membres du parti se sont réapproprié.

"Elle raisonne comme candidate, pas comme présidente du FN", explique-t-il, ajoutant qu'avec cette stratégie, "elle s'est sentie plus libre". "Elle n'est pas que la fille de, elle a une vie propre", insiste-t-il.

Et sur le terrain, cela semble fonctionner. C'est ce qu'ont constaté le photographe Vincent Jarousseau et l'historienne Valérie Igounet. Pendant deux ans, ils sont allés à la rencontre des électeurs frontistes et des opposants du parti dans plusieurs municipalités gérées par le FN: Beaucaire, Hayange, Hénin-Beaumont. Ils en ont tiré un roman-photo, intitulé L'illusion national. "La délepénisation, ça marche", confirme Vincent Jarousseau, contacté par BFMTV.com.

"Le nouveau FN et la personnalité de Marine Le Pen fait clairement la différence, ça se voit dans les scrutins, avec un élargissement de la base électorale, sociologique et géographique du parti." "'Moi, je n'aurais pas voté pour le père', nous ont dit plusieurs électeurs de Marine Le Pen", poursuit le photographe.

"On l'aime autant qu'on la déteste"

"Ses partisans ont une image très idéalisée et très positive d'elle", ajoute Valérie Igounet. "Notamment à Hénin-Beaumont, quand vous la voyez déambuler, vous voyez ces jeunes filles qui s'affichent en photo avec elle, veulent partager un moment avec elle. La plupart soulignent que cette femme représente un nouveau FN", explique-t-elle.

Si l'historienne cite en particulier des jeunes filles, c'est que sur le terrain, la stratégie de Marine Le Pen semble très bien fonctionner auprès des femmes. "L'électorat féminin est une de ses cibles", une cible à laquelle s'adressent aussi son logo de campagne: "Marine présidente", souligné d'une rose bleue. Pour Vincent Jarousseau également, Hénin-Beaumont renseigne particulièrement sur l'image de Marine Le Pen auprès de ses partisans, autant que chez ses détracteurs.

"Elle génère une affectivité extrêmement forte, soit on l’aime, soit on la déteste", résume le photographe, qui a réalisé de nombreuses enquêtes de terrain sur le FN. Parmi les gens qui l’aiment, on est dans relation affective, beaucoup d’électeurs se reconnaissent en elle, 'elle parle comme nous'", font-ils valoir.

Photo de couverture de "L'illusion nationale", de Vincent Jarousseau et Valérie Igounet.
Photo de couverture de "L'illusion nationale", de Vincent Jarousseau et Valérie Igounet. © Vincent Jarousseau- Les Arènes

Un frein pour la présidentielle

Et le photographe de citer l'un des électeurs rencontrés à Hayange. "Quand Royal parlait en 2007, on ne comprenait pas ce qu'elle disait", avoue-t-il. "C'est Hénin qui lui a donné sa légitimité", résume Vincent Jarousseau, à propos de Marine Le Pen. Chez ses opposants, les réactions sont tout aussi épidermiques.

"C’est un personnage clivant, qui génère de la part de ses opposants des réactions presque irrationnelles, beaucoup d’émotivité. Quand on a présenté le livre, des gens nous disaient 'je ne peux pas l'avoir dans ma bibliothèque parce qu’il y a la figure de Marine Le Pen sur la couverture", raconte le photographe. "Ils ont une image très négative, savent que le FN de Marine Le Pen est une continuité du FN de son père", ajoute Valérie Igounet. 

D'après les deux auteurs de L'illusion nationale, l'image de Marine Le Pen, si bonne parmi ses électeurs dans les bastions frontistes, constitue au niveau national un frein pour la présidentielle.

"Je pense qu’elle n'a aucune chance de passer au second tour, son problème d’image c’est que c’est un personnage clivant, un marqueur d’extrême-droite, dans la mémoire collective en France. C’est un vrai problème pour elle pour l’instant", analyse Vincent Jarousseau.

"Elle doit rendre son image plus neutre"

"Tout l’enjeu dans les années qui viennent, c’est l'implantation territoriale dans le grand ouest, et une meilleure représentation dans les différentes catégories de population, et notamment chez les personnes âgées, il y a clairement un saut à faire", poursuit-il. "Elle est en train de construire une image qui semble fonctionner auprès de son électorat, mais il est évident que les choses peuvent basculer", pense pour sa part Valérie Igounet, qui n'exclut pas que le parti soit déstabilisé dans sa conquête du pouvoir.

Pour Bruno Cautrès, chercheur au Cevipof, l'image de la candidate du FN est relativement bonne par rapport à celle de ses compétiteurs car elle est devant eux en termes de proximité et de compréhension des problèmes. Mais sur l'étoffe présidentielle, elle fait jeu égal avec Emmanuel Macron d'après les chiffres du Cevipof, et cela peut poser problème au second tour. "Si elle est face à Macron, lui qui a une image très lisse, (l'image de Marine Le Pen) va jouer un rôle essentiel, elle doit la rendre plus neutre", estime-t-il. 

Quant aux affaires, tous s'accordent à constater qu'elles "glissent" sur l'électorat et n'ont pour le moment pas d'impact sur l'image de Marine Le Pen. Philippe Olivier veut même croire qu'elles auront un rôle positif. "L'électorat de François Fillon va se solidariser de Marine Le Pen", prédit-il.

Photo issue de L'illusion nationale, de Vincent Jarousseau et Valérie Igounet.
Photo issue de L'illusion nationale, de Vincent Jarousseau et Valérie Igounet. © Vincent Jarousseau - Les Arènes
Charlie Vandekerkhove