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FN: avant Philippot, Mégret et Le Pen père avaient aussi été poussés vers la sortie

Bruno Mégret et Jean-Marie Le Pen en mars 2017 lors de la campagne présidentielle de ce dernier

Bruno Mégret et Jean-Marie Le Pen en mars 2017 lors de la campagne présidentielle de ce dernier - Martin Bureau-AFP

Avec le départ de Florian Philippot du Front national, le parti d'extrême droite traverse une nouvelle crise. Ce n'est pas la première, après l'exclusion de Jean-Marie Le Pen il y a deux ans et la violente rupture avec Bruno Mégret en 1998.

Avec le départ de Florian Philippot ce jeudi du Front national, la crise est ouverte au Front national. Mais ce n'est pas la première fois que le parti d'extrême droite doit affronter une tempête. Le FN a déjà été à plusieurs reprises ébranlé, comme lors de sa rupture avec Bruno Mégret à la fin des années 1990 ou plus récemment avec la bruyante mise à l'écart de Jean-Marie Le Pen, son dirigeant historique.

La rupture Bruno Mégret, le "félon"

Le départ de Bruno Mégret du Front national a eu l'effet d'un tremblement de terre en 1998. Il a emmené avec lui 60% des cadres du parti, soit 140 conseillers régionaux sur 275 et 62 secrétaires départementaux.

La crise avec Jean-Marie Le Pen, qui était alors le président du FN, couvait depuis plusieurs années. Bruno Mégret, son directeur de campagne pour la présidentielle en 1988, s'impose rapidement au sein du parti. Mais il se montre très critique vis-à-vis des choix politiques et stratégiques du leader. Il lui reproche ses saillies provocatrices et de ne pas vouloir faire du FN un parti de gouvernement.

Pourtant numéro 2, Bruno Mégret ne se voit ainsi pas confier les rênes de la liste FN en vue des européennes de 1999, Jean-Marie Le Pen -condamné à deux ans d'inéligibilité- lui préférant son épouse Jany. Ce que Bruno Mégret dénonce publiquement. La situation se tend et en août 1998, Bruno Mégret se porte candidat pour mener la liste FN.

  • La crise atteint son paroxysme lors d'un conseil national du parti en décembre 1998, les mégrétistes huant et sifflant Jean-Marie Le Pen. Ce dernier pointe "les pu-putschistes" regroupés derrière Bruno Mégret, qui est exclu du parti quelques jours plus tard. La rupture est particulièrement violente: Jean-Marie Le Pen dénonce les "félons" et qualifie les proches de Bruno Mégret de "ramassis d'aigris et d'ingrats". Il a même filé la métaphore du drame antique:

"Ce qui me différencie de César, qu'approchait Brutus le couteau à la main et qui releva sa toge pour se couvrir la tête, c'est que, moi, je sors mon épée et je tue Brutus avant qu'il me tue."

Le règlement de comptes, sanglant, a coupé le parti en deux. Jusqu'au sein de la propre famille de Jean-Marie Le Pen: l'une de ses filles, Marie-Caroline, et son époux ont claqué la porte du FN pour suivre Bruno Mégret. Elle est même longtemps restée en disgrâce, jusqu'à la dernière campagne présidentielle de Marine Le Pen.

Bruno Mégret a ensuite créé son propre parti d'extrême droite, le Mouvement national républicain. Mais les deux hommes se sont disputés jusque devant les tribunaux pour conserver le droit d'utiliser le nom "Front national".

Jean-Marie Le Pen, le père et co-fondateur encombrant

Depuis que Marine Le Pen a pris les commandes du parti en 2011, elle a pour objectif de changer l'image du FN: la "dédiabolisation". Mais dès son arrivée à la tête du mouvement, les désaccords surgissent. Jean-Marie Le Pen ne cache pas son agacement. La première grosse rupture survient dès avril 2011, avec le cas d'Alexandre Gabriac, qui a revendiqué une idéologie "nationale socialiste". Le père milite pour un simple blâme quand sa fille réclame, et obtient, l'exclusion. En 2012, il qualifie publiquement sa fille de "petite-bourgeoise".

Une stratégie de normalisation difficilement compatible avec les saillies verbales controversées de son père. En 2014, il s'en prend aux artistes engagés contre le FN, dont Patrick Bruel, d'origine juive. Il déclare: "Écoutez, on fera une fournée la prochaine fois." Marine Le Pen avait pris ses distances. Lorsqu'en avril 2015, il récidive ses propos négationnistes sur les chambres à gaz ou encore réhabilite le maréchal Pétain, qu'il n'a "jamais considéré comme un traître", c'en est trop. Marine Le Pen demande son exclusion.

Nouvelle provocation lors du traditionnel défilé du 1er mai: Jean-Marie Le Pen, pourtant privé de discours, s'invite à la tribune les bras levés. Pendant plusieurs mois, il multiplie les recours judiciaires contre le parti dirigé par sa fille. Mais au mois d'août 2015, le bureau exécutif du Front national annonce son exclusion. Une issue logique, selon la présidente du parti, Marine Le Pen.

"Jean-Marie Le Pen a enclenché un processus dont il connaissait l'issue en multipliant les fautes depuis de longues semaines, qui ne pouvaient qu'entraîner une décision de ce type."

Une éviction confirmée en novembre 2016 par la justice, qui lui a toutefois reconnu le statut de président d’honneur. Mais il n'accepte pas sa mise à l'écart. "C'est moi qui suis le Front national, je suis chez moi au Front national." Et accuse le numéro deux du parti, Florian Philippot, d'être un "agent double en mission" et "de faire dérailler" le mouvement qu'il a créé. Il affirme même ne pas souhaiter la victoire de sa fille à l'Élysée.

Le FN songe aujourd'hui à supprimer le statut de président d'honneur. L'éviction définitive de Jean-Marie Le Pen pourrait ainsi avoir lieu après une simple refonte des statuts du parti, en 2018 lors du prochain congrès.

Philippot, un avenir à la Mégret?

Contrairement à Bruno Mégret, Florian Philippot ne quitte pas le bateau frontiste avec plus de la moitié des cadres du parti. S'il entraîne tout de même avec lui son directeur de cabinet, Joffrey Bollée, la députée européenne Sophie Montel, Frank de Lapersonne -vice-président et cofondateur des Patriotes- ainsi que Philippe Murer, conseiller économique de Marine Le Pen, c'est loin d'être l'armée de l'ancien numéro 2.

La présidente du FN lui a même prédit un avenir similaire à celui de Bruno Mégret, dont le parti qu'il avait fondé n'a jamais remporté le succès électoral escompté. Aux européennes de 1999, le Mouvement national républicain a recueilli 3,28% des voix et à la présidentielle de 2002, il a remporté 2,34% des suffrages, alors que Jean-Marie Le Pen s'est qualifié pour le second tour. Hors du Front national, Florian Philippot va, selon Marine Le Pen, "perdre son énergie".

"Tous ceux qui ont pris cette route-là et mené une aventure solitaire ont disparu. Ça a été le cas de Bruno Mégret (...) et je pense pouvoir dire que ce sera le cas de Florian."

Céline Hussonnois-Alaya