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Marion Maréchal paye-t-elle les polémiques autour de la "convention de la droite"?

Marion Maréchal le 22 juin 2018 lors du lancement de son école l'ISSEP

Marion Maréchal le 22 juin 2018 lors du lancement de son école l'ISSEP - Jeff Pachoud - AFP

Depuis samedi, l'attention des médias est concentrée quasi exclusivement sur le contenu du discours d'Eric Zemmour, éclipsant de fait les potentiels dividendes politiques de ce raout des droites. La faute, selon certains, au format de la convention, à mi-chemin entre meeting classique et nébuleuse (trop) intellectuelle.

"Tout ça, c'est un peu du temps perdu..." Au Rassemblement national, il n'y a rien d'étonnant à entendre certains exprimer leur scepticisme sur la "convention de la droite" à laquelle Marion Maréchal a participé samedi. En amont, l'entourage de Marine Le Pen avait bien pris soin de s'en tenir à distance, soit faute de temps, soit par manque d'intérêt... soit sur injonction de la patronne, de plus en plus méfiante vis-à-vis de sa nièce. 

Trois jours plus tard, alors que l'attention des médias est absorbée quasi exclusivement par le contenu hautement polémique du discours prononcé par Eric Zemmour, les marinistes se sentent confortés. D'autant plus que le chroniqueur du Figaro fait désormais l'objet d'une enquête du parquet de Paris pour "injures publiques" et "provocation publique à la discrimination, la haine ou la violence". 

"Son truc, c'était une chronique de polémiste"

Selon le RN, il s'avérera difficile pour les artisans du grand raout de ce week-end de réunir, avec un élément aussi inflammable au cœur de leur dispositif, les conditions d'une union des conservateurs de France. "Est-ce qu'ils se sont mis en position de parler à toutes les droites avec un discours aussi radical? Je n'en suis pas sûr", s'interroge un proche de Marine Le Pen auprès de BFMTV.com. Il poursuit:

"Zemmour est un essayiste, pas un homme politique. Et samedi, le type fait un discours assez raide. Or, la différence entre un journaliste et un politique, c'est que le premier dresse des constats, le second propose des solutions. Zemmour, d'abord, fait un constat déprimant, et je ne suis pas sûr d'avoir entendu de sa part des propositions pour y répondre. (...) S'il avait fait un débat avec Raphaël Enthoven par exemple, ce serait passé. Là, son truc a été retransmis à la télé comme un discours d'homme politique, mais c'était une chronique de polémiste."

Le sentiment qui prévaut? Que les organisateurs de la "convention de la droite" se sont fourvoyés au niveau du format, à mi-chemin entre le meeting politique classique et l'effusion intellectuelle trop nébuleuse - au-delà des questions de fond. L'un des invités de l'événement en avait d'ailleurs fait le reproche lorsqu'il a pris l'estrade.

"Ce dont on a besoin, c'est que vous veniez vous frotter au réel", lançait Robert Ménard, maire de Béziers soutenu par le Front national lors de son élection en 2014: 

"Qu'est-ce que vous attendez pour nous aider? Qu'est-ce que vous attendez pour mettre les mains dans le cambouis? Qu'est-ce que vous attendez pour vous frotter tous les jours au réel, à la réalité? (...) C'est la dernière fois que je viens ici. J'ai plus envie de vous voir, en réalité." 

"Au moins ça lance le débat"

"On savait qu'il (Robert Ménard) serait critique", "on cherche la confrontation d'idées", minimisaient dans la foulée les organisateurs de la convention. Soit, mais ceux-ci s'attendaient-ils à un tel tollé à l'issue de l'intervention d'Eric Zemmour? Ou, plutôt, à ce que l'invité-vedette aille aussi loin dans la vitupération du multiculturalisme et de l'islam? 

"L'événement aurait pu être tué par la disparition de Chirac, donc la polémique n'est pas forcément mauvaise", défend l'un desdits organisateurs auprès de BFMTV.com, avant de se dire "ravi" par le résultat. Et, surtout, par le fait qu'on continue à en parler trois jours plus tard: 

"Zemmour nous a envoyé une belle bombe, au moins ça lance le débat. Face à Macron, les gens ont du mal à proposer des idées. Là, on oblige des gens comme Édouard Philippe ou Bruno Le Maire à se positionner par rapport à un truc qui n'a même pas la prétention d'être un parti politique. Quant à ceux, y compris au RN, qui ont le sentiment qu'on réduit notre spectre, cela veut dire qu'ils partent du principe qu'une majorité de Français sont favorables au multiculturalisme. Après, que le bobo parisien ne s'y retrouve pas, c'est normal. Mais Zemmour, il a vendu 500.000 exemplaires du Suicide français, faut pas l'oublier." 

Un argumentaire qui ne convainc pas chez Marine Le Pen où, à l'instar de Robert Ménard, on affirme qu'en politique, il faut savoir construire un projet "inclusif" - terme pourtant éloigné du lexique habituel du RN - et ne pas multiplier les "discours exclusifs". Et de pointer du doigt qu'un seul élu Les Républicains, Xavier Breton, avait fait le déplacement à la Palmeraie samedi.

"Quand vous ne voyez pas d'électeurs, quand vous n'allez pas sur les marchés, vous pouvez avoir des positions radicales. Là leur machin, il est un peu hors-sol, quoi... Avec des gens très intelligents, mais personnellement, je me vois mal dire dans un discours politique que la Révolution française n'aurait pas dû avoir lieu. C'était un séminaire sur l'union des droites, finalement", ironise un membre du bureau national du parti.

"On se doutait que Marion allait dire bye-bye"

Chez les artisans de la "riposte" idéologique au progressisme, on estime que les dirigeants du RN "sont tétanisés par leurs propres idées". En particulier Marine Le Pen, "une gauchiste" qui serait bien inspirée, précise-t-on, de ne pas négliger le "réservoir de voix que représente Marion Maréchal, même si c'est 8%". Erik Tegnér, ce jeune LR qui veut faire rompre les digues entre la droite et ses droites, va plus loin: 

"Le RN serait choqué par ce qu'on dit? Bizarre, j'ai l'impression d'entendre mes amis de l'UDI. À part leur concept de dé-métropolisation, de quoi parlent-ils honnêtement? C'est devenu le parti des crottes de chien et des poubelles, plus aucune thématique nationale. On dirait LR: ils se sont transformés en syndic' de défense des élus locaux." 

Quant aux signaux émis par l'ex-députée FN, qui a signifié sa volonté de renouer avec le silence, comme l'a récemment raconté Le Figaro, ils ne surprendraient pas grand-monde. Tout comme l'annonce ce mardi, plus officielle, de sa non-candidature à la prochaine élection présidentielle. "Demain, nous serons au pouvoir", avait-elle pourtant prévenu durant son discours le 28 septembre. 

"On se doutait bien qu'elle allait dire 'bye-bye' après la convention... Et à partir du moment où Marion Maréchal n'y va pas en 2022, on va se retaper le duel Macron-Le Pen et les LR, eux, vont voir leur espace se réduire et crever. Depuis le début, notre objectif était idéologique. Et plus on sentait, en amont, que Marion ne voulait pas (se présenter à la présidentielle), plus on était dans cette logique." 

Erik Tegnér, lui, s'agace vite de ces effets de loupe sur les intentions politiques de la présidente de l'Issep. "L'objectif de Marion Maréchal n'a jamais été un retour en politique", nous assure-t-il, avant d'ajouter qu'elle était "vraiment ravie que la convention ait pu lancer un débat d'idées; c'est ça la métapolitique". Quels que soient les atermoiements de l'intéressée, réels ou supposés, l'actualité judiciaire d'Eric Zemmour permet de détourner l'attention.

"La vraie question", souligne un autre organisateur, "c'est de savoir si Zemmour sera soutenu, si on va finir par être marginalisé à cause de ça ou pas. Si Zemmour est maintenu au Figaro, chez CNews, Paris Première... ce sera un succès. Il sera un héros, et on nous saura gré d'avoir porté nos 'cojones'." Pas besoin de traduction.
Jules Pecnard