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L'image de Macron se droitise dans l'opinion

Emmanuel Macron le 21 juin 2018.

Emmanuel Macron le 21 juin 2018. - ludovic MARIN / AFP

Selon une étude BVA publiée vendredi, le chef de l'Etat perd neuf points chez les sympathisants LaREM et en gagne autant chez les soutiens de LR.

Les sondages se suivent mais ne se ressemblent pas forcément. Dans une étude BVA publiée ce vendredi, Emmanuel Macron enregistre une très nette baisse dans son camp, chez les sympathisants de La République en marche. Avec tout de même 82% d'opinions favorables, il perd 9 points. En parallèle, il gagne autant de points à droite, chez les Républicains, atteignant 49% d'opinions favorables. Si, au cours des mois précédents, il a plusieurs fois été question de la "droitisation" de sa politique, c'est la première fois que le chef de l'Etat baisse autant au sein de la majorité.

Un phénomène lié à une suite de facteurs: sa fermeté affichée sur l'immigration et son silence sur l'Aquarius, mais aussi les polémiques sur le "pognon de dingue" dépensé selon lui sur les minima sociaux, sur les dépenses pour la nouvelle vaisselle à l'Elysée, puis sur sa volonté de construire une piscine dans le fort de Brégançon, l'une des résidences présidentielles officielles. En parallèle, la jambe "gauche" de sa politique se fait attendre.

Trop d'intonations de droite

"Toute la première partie du quinquennat, on a mis en œuvre toute une politique sur l’aspect fiscal, économique, plutôt avec des intonations de droite. Il y a la question du pouvoir d’achat avec la taxe d’habitation mais que pour l’instant les Français ne ressentent pas. La question des retraites, réforme majeure de l’exécutif, sera sans doute déterminante", analyse sur notre antenne Adélaïde Zulfikarpasic, directrice du département opinion de BVA.

A propos des électeurs d'Emmanuel Macron, elle poursuit:

"Ce qu’ils ont 'acheté' au moment de la campagne, c’est ce 'en même temps' qui les a séduits. Le 'en même temps on libère l’économie et on va protéger les citoyens'. Pour l’instant, l’exécutif n’a pas fait la preuve de la seconde partie de la théorie. On a eu la démonstration du 'libéré', pas encore celle de la jambe gauche qu’il va falloir muscler dans les prochains mois avec des signes tangibles pour ne pas risquer de perdre davantage", explique la sondeuse.

"Il n'y a pas d'attachement partisan à ce président"

Cette grogne au sein de la majorité s'est ressentie parmi les députés LaREM ces dernières semaines, qui ont été nombreux à verbaliser leur opposition. Parmi eux, c'est sans doute Sonia Krimi qui l'a fait avec le plus de retentissement. "Mais on est où là, on est où? On les accueille, point!" Dans les couloirs de l'Assemblée, entourée de caméras, l'élue de la Manche de 35 ans s'est étranglée d'une France restée muette sur les migrants de l'Aquarius. Elle a ensuite été priée de se taire lors d'une réunion de groupe. 

Pour notre éditorialiste Christophe Barbier, cette droitisation de l'image du chef de l'Etat dans l'opinion est aussi due au type de présidence qu'il avait promis et qu'il incarne.

"C’est un président qui n’est pas idéologique, il n’y a pas d’attachement partisan à ce président par ses électeurs, qui le suivent quoi qu’il fasse, comme les socialistes suivaient François Mitterrand ou les chiraquiens Jacques Chirac. Non, c’est un président pragmatique qui s’est confronté à des électeurs consommateurs: quand il livre un produit de droite, il monte à droite, ça a été le cas avec les allègements d’impôts du début du quinquennat, c’est le cas aujourd’hui avec des conditions très dures sur l’immigration", estime-t-il.

"Il doit éviter les provocations"

D'après Christophe Barbier, on ne peut pour autant pas parler de "désamour" dans sa majorité. "Il reste à plus de 80% de satisfaits, mais il faut qu’il soit vigilant et envoie des signes", reconnaît-il, citant pêle-mêle la reconstruction de l’Europe, la réforme des retraites.

"C'est clairement un signal d'alarme pour l'Elysée", estime Thierry Arnaud, chef du service politique de BFMTV. Pour autant, il voit aussi des signaux positifs dans ce sondage, où plusieurs ministres habituellement populaires, comme Jean-Yves Le Drian et Gérard Collomb, subissent une baisse eux aussi.

"On ne voit pas émerger de personnalité politique rivale et vraiment menaçante". "Mais il y a un déclin incontestable depuis des mois et l'idée qu'il n'est pas un président central est en train de s'ancrer. Ce qu’il peut faire, c’est lui-même expliquer davantage en quoi sa politique est sociale, et éviter les provocations", conclut-il. 
Charlie Vandekerkhove