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Hollande lâché par les siens, le camp Valls s'organise

François Hollande et Manuel Valls, le 12 octobre 2016.

François Hollande et Manuel Valls, le 12 octobre 2016. - Alain Jocard - AFP

Lâché par son propre camp depuis la sortie du livre de confidences Un président ne devrait pas dire ça, François Hollande voit la perspective de sa candidature remise en cause, y compris par ses soutiens les plus fidèles. Une opportunité pour Manuel Valls.

"Il ne faut jamais se laisser emporter par tel ou tel bout de phrase, sorti de son contexte". Dans son interview accordée aux journaux du groupe Ebra, diffusée dimanche, François Hollande a réagi à la polémique suscitée par ses confidences aux journalistes du Monde Gérard Davet et Fabrice Lhomme, publiées dans leur livre Un président ne devrait pas dire ça

"Ce qui m'importe, et je ne cesserai de le faire, c'est de restituer la cohérence de mon action. (...) "J'ai fait face à de nombreuses crises. Je n'ai eu aucun répit. Mais j'ai toujours tenu bon", martèle le président de la République. Pourtant, au sein de son propre camp, le mal est déjà fait. Y compris chez ses plus proches soutiens, qui n'hésitent pas à exprimer leur désaccord... et leur doute quant à la légitimité d'une candidature Hollande à la présidentielle.

"Il s'est suicidé"

De l'avis général chez les socialistes, la semaine passée a été catastrophique pour François Hollande et son image. Acculé, le chef de l'Etat se retrouve désormais défié par sa propre famille politique. Ses plus fidèles compagnons de route ne cachent plus leur désespoir. "Le livre de Davet et Lhomme, c'est comme le Sofitel de DSK, sans la grossièreté. Il se suicide. Il s'est suicidé. C'est sa façon de dire: 'Je ne veux plus y aller'", estime l'un d'eux, auprès de L'Opinion

Même son de cloche du côté des ténors du parti. Le président de l'Assemblée nationale, Claude Bartolone, et Jean-Christophe Cambadélis, le premier secrétaire du PS, ont ainsi émis leurs doutes sur la candidature de l'actuel chef de l'Etat pour 2017. "Il est inaudible pour tout. Il a grillé toutes ses munitions. La question de confiance est posée", tempête une autre figure socialiste, également citée par L'Opinion. "Evidemment qu'il y avait des interrogations sur l'opportunité de sa candidature. (...) C'est le coup de grâce, tout le monde est écoeuré", confie encore une ministre. 

Les députés socialistes devaient sortir dans les prochains jours leur appel à une nouvelle candidature de François Hollande. Il n'en est désormais plus question. 

Un boulevard pour Manuel Valls?

Le malheur de François Hollande fera-t-il le bonheur de Manuel Valls? "On nous demande d'aller au combat pour lui dans les prochaines semaines, mais à déblatérer sur tout et tout le monde, c'est devenu indéfendable", confie à L'Opinion Luc Carnouvas, sénateur du Val-de-Marne et proche du Premier ministre. "Ce n'est pas un livre-bilan, c'est un livre-testament. On s'est ramassé un seau d'eau froide sur la tête. Maintenant qu'est-ce qu'on fait?", s'interroge-t-il encore auprès du JDD.

"On est face à une situation singulière d'un Président empêché par lui-même. Mais on va bouger", prévient un autre vallsiste. Manuel Valls, en déplacement au Canada en fin de semaine dernière, n'a pas dissimulé ses ambitions, indiquant "bien mesurer les conséquences" des propos de François Hollande dans le livre. Il "faut prendre un peu de hauteur de vue", car "le pays a besoin d'un beau et grand débat sur son destin" et "tout le monde doit se ressaisir", a estimé le chef du gouvernement, qui doit réunir ses proches dans la semaine, et rencontrera des militants socialistes le week-end prochain, lors d'un déplacement à Tours avec Jean-Christophe Cambadélis. Subtilement, la machine semble donc lancée.

Le député socialiste de l'Essonne, Malek Boutih, prend quant à lui moins de pincettes. "Hollande ne peut pas détruire tout un collectif! Sa candidature ira jusqu’au bout, sauf si un môle de socialistes responsables décide d’une candidature alternative. Le seul qui soit en situation d’incarner cette alternative, c’est Manuel Valls!", estime-t-il, cité par le JDD. Et d'ajouter, fataliste: "Depuis la rentrée, tout le monde se disait: 'Hollande va nous conduire à la défaite'. (...) Le livre précipite tout, car désormais il y a l’idée que ce n’est pas seulement une défaite qui nous attend, mais une humiliation suivie d’une fragmentation de la gauche puis d’une longue traversée du désert". 

Adrienne Sigel