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Régionales: l'entre-deux-tours de tous les dangers

Ni le président des Républicains Nicolas Sarkozy, ni le premier secrétaire du PS Jean-Christophe Cambadélis ne veulent envisager pour l'instant de fusionner les listes des deux partis dans l'entre-deux-tours des élections régionales.

Ni le président des Républicains Nicolas Sarkozy, ni le premier secrétaire du PS Jean-Christophe Cambadélis ne veulent envisager pour l'instant de fusionner les listes des deux partis dans l'entre-deux-tours des élections régionales. - Photos AFP

Une série de sondages fait état ces derniers jours d'une percée du FN après les attentats du 13 novembre. Retrait ou fusion des listes: quelle stratégie adopteront le PS et les Républicains dans l’entre-deux tours pour empêcher le parti d’extrême droite d’emporter ses premières régions?

Le FN conserve de très hauts scores dans les sondages. A deux jours du premier tour des élections régionales, les intentions de vote en faveur du parti d’extrême droite enregistrent une forte percée et les instituts de sondages donnent le Front national en passe de gagner jusqu’à trois régions (Nord-Pas-de-Calais-Picardie, Paca, Alsace-Lorraine-Champagne-Ardenne).

Dimanche, au soir du premier tour, seules les listes qui atteindront au moins 10% des suffrages seront autorisées à concourir pour le second tour. Celles qui auront obtenu entre 5% et 10% pourront fusionner avec une autre liste pour se présenter ensemble lors du scrutin du 13 décembre.

Retrait ou fusion des listes dans l’entre-deux-tours, pour éviter un éparpillement des voix qui profiterait au Front national? Alors que se multiplient les appels à la mobilisation contre le FN (La Voix du Nord et le patron du Medef Pierre Gattaz se sont notamment prononcés en ce sens en début de semaine), les états-majors politiques réfléchissent à la position à tenir dans les régions où le parti de Marine Le Pen se maintiendra pour le second. Tout en sachant que le retrait d'une liste aboutit pour un parti à se priver de tout élu pendant six ans à l’Hôtel de région.

Valls envisage une fusion des listes

Côté PS, le premier secrétaire Jean-Christophe Cambadélis prend pour l’instant soin d’évacuer la question et mise sur une forte mobilisation des électeurs socialistes dès le premier tour. "Notre grille de lecture est assez simple. C'est le total gauche, c'est-à-dire nous et nos alliés (...) qui nous permettra de voir ce que nous devons faire au deuxième tour", a-t-il affirmé mardi au "Talk" Orange lefigaro.fr, appelant les électeurs de gauche et l'ensemble des Français à voter en nombre aux scrutins des 6 et 13 décembre.

Manuel Valls, qui parle du combat qu’il mène aujourd’hui contre l'extrême droite comme du "combat d'une vie", milite quant à lui pour un front républicain... Au risque de se fâcher avec EELV et le Front de gauche. Lors d’un déjeuner de presse début novembre, le Premier ministre avait ouvertement prôné une fusion des listes PS et LR comme moyen de faire barrage au FN.

Au soir du premier tour, "chacun devra prendre ses responsabilités, à gauche comme à droite, pour empêcher le Front national de gagner une région", a réaffirmé le chef du gouvernement ce mardi sur Europe 1, fustigeant un parti qui "n'aime pas la France, trompe les Français" et "mettrait le pays par terre". 

Les tractations auraient déjà débuté: un secrétaire d’Etat proche de Manuel Valls, cité par Le Parisien, assure que dans le Grand Est, Jean-Pierre Masseret (PS) et Philippe Richert (LR) "négocient depuis déjà deux mois pour une éventuelle fusion de leurs listes, car il est hors de question pour eux de laisser la voie libre au FN".

D’autres au sein du parti estiment en revanche que c’est le retrait des candidats PS qui devra l’emporter. "La fusion, c’est une fumisterie. Il faudra que Christophe Castaner (tête de liste PS en Paca, Ndlr) et Pierre de Saintignon (en Nord-Pas-de-Calais-Picardie) se retirent s’ils sont troisièmes! Les militants PS ne comprendraient pas sinon", estime auprès du journal une source proche du pouvoir.

Le front républicain, un service au FN pour Sarkozy

A droite en revanche, pas question de parler de fusion. Nicolas Sarkozy a une nouvelle fois écarté cette option ce mercredi. "Je ne suis pas pour des combines d'état-major", a glissé le président des Républicains sur Europe 1. "En ce qui me concerne je suis engagé avec nos candidats dans une campagne où nous expliquons aux gens que la seule alternance c'est nous. S'agissant de la question du retrait, nous (Les Républicains, Ndlr) maintiendrons nos listes partout où nous serons en position de les maintenir", a-t-il indiqué.

L’hypothèse d’un "front républicain" avec la gauche à l'issue du premier tour, dimanche, pour contrer une victoire du Front national dans certaines régions, rendrait au contraire "service à Mme Le Pen", a-t-il plaidé, ajoutant "Je ne rendrai pas ce service. Je n'ai rien à voir avec le Front national, mais je combats la politique des socialistes".

D’ailleurs, au sein du parti, on dément toute négociation avec le PS. "Nicolas Sarkozy a répété qu’il était opposé à toute négociation avec le PS. Il n’y a pas d’ambiguïté", assure au Parisien le conseiller politique Edouard Courtial. Le député du Nord Gérald Darmanin ne dit pas autre chose. "C’est une blague? Il n’y a aucune négociation, aucune discussion, il n’y aura pas de fusion", s’agace-t-il lorsque la question lui est posée.

Cependant, à droite comme à gauche, d’aucuns estiment que le score du FN dimanche pourrait être si élevé qu’il pourrait rebattre les cartes. Chez Les Républicains, la question doit être tranchée lundi lors d’un bureau politique avancé à 11h pour éviter les couacs, explique Le Parisien.

Un sarkozyste interrogé par le quotidien juge que l’ancien chef de l’Etat pourrait finir par céder aux pressions qui devraient alors s’exercer en interne et s’alarme: "Il peut caler. Bertrand (Xavier Bertrand, tête de liste en NPCP, Ndlr) et Estrosi (tête de liste en Paca) peuvent lui mettre une énorme pression pour gagner, même dans le déshonneur. Ce serait une énorme connerie".

V.R.