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Présidentielle: pourquoi, malgré des sondages rachitiques, Hidalgo se maintient coûte que coûte

Anne Hidalgo devant Territoires unis à Montrouge le 15 mars 2022

Anne Hidalgo devant Territoires unis à Montrouge le 15 mars 2022 - THOMAS COEX / AFP

À trois semaines du premier tour, la candidate socialiste jette ses dernières forces dans la bataille, malgré des sondages désastreux. Pour expliquer sa détermination, ses proches pointent son parcours politique et personnel. Sa situation à la mairie de Paris a également pesé lourd dans la balance.

"Ce n'est vraiment pas ma tasse de thé mais on peut lui reconnaître sa force mentale". La citation est signée d'un député insoumis qui manque pourtant rarement d'égratigner Anne Hidago et résume le sentiment que donne la candidate socialiste dans cette campagne. Alors qu'elle ne dépasse pas les 2% des voix dans le dernier sondage Elabe pour BFMTV et L'Express, la maire de Paris s'accroche.

"Madame Titane"

Dans ce chemin de croix de campagne, qui a déjà laissé sur le carreau à gauche Arnaud Montebourg et Christiane Taubira, Patrick Kanner, le directeur adjoint de campagne, lui a trouvé un surnom. "Moi, je l'appelle Madame Titane", explique cet intime à BFMTV.com, tout en pointant son parcours.

"On ne lui a jamais rien donné sur un plateau. Elle s'est toujours battue personnellement et politiquement. Ça change tout dans la construction d'une élection", affirme le patron du groupe socialiste au Sénat.

Fille d'un père électricien et d'une mère couturière, arrivée en France depuis l'Espagne de Franco à 4 ans, Anne Hidalgo manque rarement d'évoquer son parcours dans ses meetings. Deux jours après le début du conflit ukrainien, la candidate avait d'ailleurs dressé le parallèle avec son histoire familiale lors d'un meeting tout entier consacré à la situation.

"La guerre est l’alliée des puissants, la paix est le butin de ceux qui n’en ont pas. Je suis l’enfant de cette histoire. Mes grands-parents, exilés républicains de la guerre civile espagnole, sont venus trouver en France la paix, condition indispensable de leur émancipation", lançait-elle devant une salle comble, une première depuis des mois de campagne.

Des années parisiennes difficiles

Si Anne Hidalgo avait le sourire en quittant l'estrade, elle a pris l'habitude de faire le dos rond.

Sa première élection à la mairie de Paris en 2014 s'était faite sans anicroche, malgré une défaite dans son propre arrondissement. Les dernières années de son premier mandat ont été, elles, beaucoup compliquées. Démission de son premier adjoint Bruno Julliard, bras de fer avec Emmanuel Macron, alors ministre de l'Économie, sur l'ouverture des commerces le dimanche, fermeture des voies sur berge très controversée... La maire de Paris a multiplié les polémiques, tout en étant réélue en 2020. De quoi croire à sa bonne étoile.

"Beaucoup la voyaient balayée par son adversaire Rachida Dati et elle a tenu. Cette victoire lui a donné d'une certaine façon beaucoup de force pour la présidentielle", assure à BFMTV.com Dieynaba Diop, l'une de ses porte-paroles.

Peut-être, mais au Parti socialiste, on reconnaît que la maire de Paris a bien failli lâcher l'éponge. "À un moment, la question s'est posée et puis en janvier, elle a décidé d'aller jusqu'au bout, peu importe les sondages", explique Rémi Féraud, son ancien directeur de campagne lors des municipales à Paris en 2020.

Sauvée par Taubira, Hollande et l'Hôtel de ville

À l'heure des choix, le contexte politique à gauche a pesé lourd, entre la candidature de Christiane Taubira qui patinait et l'ancien président François Hollande qui envisageait alors de se présenter, comme l'a rapporté Le Monde.

"Anne Hidalgo n'a jamais cru que Christiane Taubira aurait ses parrainages donc on savait que ce problème-là serait vite réglé. Et puis, François Hollande, qui pensait y aller, a hésité bien trop longtemps pour être vraiment crédible. D'une certaine façon, avec ses deux épines en moins dans le pied, elle s'est dit qu'elle avait le champ libre", nous confie un ténor de la campagne.

La mairie de Paris a également pesé lourd dans la balance alors que son mandat à l'Hôtel de ville s'achève en 2026.

"Déjà que le retour va être compliqué pour elle parce que, dans sa majorité, il y a des écologistes qui pensent bien à récupérer Paris un jour... Si, en plus, elle s'était retirée de la campagne, autant démissionner tout de suite", lâche, cruel, un conseiller socialiste de Paris.

Des élus qui traînent des pieds

Autre argument symbolique pour continuer la bataille: l'implantation locale des élus socialistes sur le territoire. Malgré sa faiblesse au niveau national, le parti à la rose compte toujours 5 régions et s'est bien maintenu aux municipales en conservant ses bastions comme Lille, Nantes, Rouen, Clermont-Ferrand, Rennes...

"Personne n'aurait compris que nous, la première force d'élus en France, n'ayons pas de candidate à la présidentielle. Ça pèse forcément. Je dirais même que ça oblige et que ça pousse à se dépasser", s'enflamme Patrick Kanner.

À voir. Alors que la barre des 5% qui ouvre le remboursement des frais de campagne par l'État semble compliquée à atteindre pour la candidate, le siège a demandé aux fédérations locales de mettre la main à la poche.

Le Cirque d'Hiver en talisman

Si la procédure est classique au parti socialiste pour l'élection présidentielle, elle a cette fois-ci un goût d'inédit. Et si Anne Hidalgo ne dépasse pas ce score, le prêt se transformera… en don, d'après le contrat envoyé aux fédérations, a révélé Le Point.

De quoi faire râler les barons locaux, à la tête d'un magot de 21 millions d'euros, réparti entre toutes les fédérations. "Au PS, ils vantent la solididité de la candidate qui tient dans la tempête. Si c'est pour qu'on finisse tous sur la paille, merci bien", lâche un parlementaire, amer.

Anne Hidalgo tiendra son dernier meeting le 3 avril prochain au Cirque d'Hiver à Paris. C'était déjà là qu'elle avait achevé sa campagne victorieuse pour l'Hôtel de ville en 2014. Comme pour conjurer le mauvais sort.

Marie-Pierre Bourgeois