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Présidentielle

"C'est une impasse": Mélenchon ciblé par les socialistes et les écologistes à l'approche du premier tour

Jean-Luc Mélenchon à Marseille, le 27 mars 2022

Jean-Luc Mélenchon à Marseille, le 27 mars 2022 - CLEMENT MAHOUDEAU / AFP

Potentiel troisième homme de la présidentielle selon les sondages, le député des Bouches-du-Rhône est vivement critiqué depuis plusieurs semaines par Anne Hidalgo et Yannick Jadot.

2022 n'aura pas été l'année de l'union de la gauche. "Chacun veut être calife à la place du calife, soupire Sandra Regol. On ne change pas 100 ans de culture politique comme ça", regrette la secrétaire nationale adjointe d'EELV auprès de BFMTV.com.

Avec cinq candidats dans la course à l'Élysée, l'union à gauche ne s'est pas faite et l'ambiance apparaît électrique. Depuis plusieurs semaines, Jean-Luc Mélenchon, candidat pour la troisième reprise à l'élection présidentielle, fait l'objet de critiques nourries venant de la socialiste Anne Hidalgo et de l'écologiste Yannick Jadot.

"Il avait cinq ans pour rassembler la gauche s'il le voulait"

Le député La France insoumise (LFI) des Bouches-du-Rhône, en hausse depuis le début du mois de mars dans les sondages et crédité autour de 15 à 16% des voix au premier tour, est en tête des intentions de vote à gauche. Jean-Luc Mélenchon rêve d'un autre second tour et appelle à un "vote efficace" dans la même veine d'un vote utile, expression non-utilisée par les insoumis.

"Jean-Luc Mélenchon vient expliquer qu'il serait ce vote utile pour la gauche, mais c'est une impasse. (...) Il avait cinq ans pour rassembler la gauche s'il le voulait, il ne l'a pas fait", a grondé mardi Anne Hidalgo sur France Info, fustigeant également "ses positions sur l'Ukraine, les questions internationales" ainsi que "sur les questions de République, sur les questions de laïcité".

"Quelqu'un qui vient aujourd'hui chercher les suffrages de la gauche alors qu'il l'a fracturée et qu'il n'a jamais voulu faire d'alliance ou porter une voix commune, y compris avec les sociaux-démocrates que je représente, c'est une impasse", a aussi pilonné la maire de Paris.

"C'est pas l'homme à abattre, notre campagne ne tourne pas autour de Jean-Luc Mélenchon", tempère Rachid Temal, soutien d'Anne Hidalgo joint par BFMTV.com. "Quand vous avez commencé le deuxième tour de 2017 sans être capable d'appeler à voter contre Marine Le Pen, ça fracture la gauche, vous n'êtes pas dans le rassemblement, pas dans la responsabilité", poursuit le sénateur du Val-d'Oise.

Yannick Jadot "rappelle des faits"

Du côté écologiste, c'est sur la Russie et l'invasion de l'Ukraine que se concentrent les critiques, alors que Jean-Luc Mélenchon défend une position de "non-alignement". Le 7 mars dernier sur Sud Radio, Yannick Jadot fustigeait Jean-Luc Mélenchon, qui selon lui tentait de "masquer ses complaisances et sa capitulation face à une dictature de Vladimir Poutine" avec "tous ses grands discours sur la paix et en citant le grand Jaurès".

Le 29 mars, sur LCI, l'écologiste disait avoir "entendu Jean-Luc Mélenchon dire 'Poutine est en train de régler le problème en Syrie' parce qu'il bombardait. Mélenchon a toujours mis la communication de Bachar al-Assad (en regard de, NDLR) la communication de la presse internationale en disant 'on ne sait pas la vérité'", et "il a validé l'annexion de la Crimée par Poutine en disant que l'Ukraine était dirigée par des néonazis", a accusé Yannick Jadot.

Pour Sandra Regol, "Yannick Jadot ne fait pas de critiques (sur l'Ukraine et la Russie, NDLR), il rappelle des faits. Il n'invente pas des choses". Sur les autres critiques formulées par Anne Hidalgo, l'écologiste analyse les sorties de la socialiste comme "une espèce de querelle d'affect", les deux personnalités étant "issues du même parti", le PS époque Solférino.

Allié à Jean-Luc Mélenchon aux présidentielles de 2012 et 2017, le PCF fait cavalier seul cette année avec la candidature de son secrétaire national Fabien Roussel. Le député du Nord, qui reprend lui aussi désormais la rhétorique du "vote efficace" à son compte, ne reprend pas les critiques de ses homologues socialiste et écologiste mais cultive sa différence avec le candidat LFI, notamment sur la question du nucléaire.

"On a beaucoup de similitudes programmatiques", appuie toutefois Antoine Léaument, directeur de la communication numérique de Jean-Luc Mélenchon.

Désunion annoncée

Si Jean-Luc Mélenchon apparaît être en bonne position pour être le troisième homme du premier tour de cette élection présidentielle, Emmanuel Macron et Marine Le Pen, entre lesquels l'écart se resserre, arrivent invariablement en tête des différentes enquêtes d'opinion. Yannick Jadot plafonne quant à lui à 5-6%, et Anne Hidalgo a dégringolé autour de 2%.

Au printemps 2021, il y a bien eu des discussions. Sous l'égide de Yannick Jadot, les leaders de gauche s'étaient réunis. L'écologiste n'avait pas encore été désigné par la primaire, et Anne Hidalgo n'était pas officiellement candidate. Les deux étaient présents, au même titre que Benoît Hamon. Jean-Luc Mélenchon, en déplacement en Amérique du Sud, était représenté par le député insoumis de Seine-Saint-Denis Éric Coquerel. Il était alors le seul candidat déclaré à gauche, parti tôt en campagne en novembre 2020. La tentative de rapprochement, timide, avait fait long feu.

"Quand il y avait les caméras, ils étaient tous là", s'esclaffe a posteriori Sandra Regol, qui dit avoir fait "partie des gens qui y croyaient", qui imaginaient "un sursaut".

"Les cinq dernières années, jamais LFI n'a fait de proposition d'accord", tance aussi Rachid Temal, qui juge que Jean-Luc Mélenchon s'est borné à dire "je suis candidat, c'est ça ou rien".

"Les gens ne sont pas dupes", riposte LFI

Du côté de LFI, on balaye les critiques. "On trouve que c'est dommage. Je ne pense pas qu'il y ait de très grandes différences programmatiques, ils feraient mieux de s'en prendre à des adversaires réels", glisse Antoine Léaument. "Depuis qu'ils font ça, ils descendent et nous on monte dans les sondages. Les gens ne sont pas dupes", croit-il savoir.

Jean-Luc Mélenchon a-t-il des chances de se qualifier au second tour? Dans une étude parue lundi, la fondation Jean-Jaurès note que "plus encore qu'avoir su mobiliser une bonne partie de son électorat, la dynamique de Jean-Luc Mélenchon se base également sur des transferts de voix en sa faveur à gauche depuis janvier", et que ces transferts viennent "autant de la part de la gauche radicale que de la gauche de gouvernement".

Pour que l'insoumis se hisse au second tour, le think tank pointe trois facteurs: une perte de vitesse de Marine Le Pen, la mobilisation de l'électorat abstentionniste et une dynamique de vote utile à gauche.

Une hypothèse que Sandra Regol qualifie à ce stade de "politique-fiction". Et s'il se qualifiait, il ne pourrait "pas gagner au deuxième tour (car) il ne rassemblera pas les Français", cingle Rachid Temal. En cas de qualification, l'union derrière "l'insoumis" semble assez illusoire à cette heure.

"Si on est au deuxième tour, la balle sera dans le camp des autres", estime Antoine Léaument, qui affirme: "Jean-Luc Mélenchon, il est dans sa campagne, tourné vers un seul objectif: être au second tour."
Clarisse Martin Journaliste BFMTV