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Législatives: quelles conséquences si l'abstention est forte?

Des électeurs dans un bureau de vote de Forcalquier lors du premier tour des élections législatives, le 11 juin 2017.

Des électeurs dans un bureau de vote de Forcalquier lors du premier tour des élections législatives, le 11 juin 2017. - Franck Pennant - AFP

Le taux de participation au premier tour des législatives était de 40,75% ce dimanche à 17 heures, soit huit points de moins qu'en 2012 à la même heure. Quels enseignements pouvons-nous déjà en tirer?

Multiplicité des candidatures, ras-le-bol de la politique, manque de modernité des moyens de vote, élection présidentielle il y a quelques semaines… Les Français peinent toujours à aller voter aux élections législatives. Depuis plusieurs années, la mobilisation pour ce scrutin s’effrite lentement, alors que les électeurs sont appelés à renouveler les 577 députés de l’Assemblée nationale.

"C’est de pire en pire", confirme ce dimanche matin Yves-Marie Cann, directeur des études politiques à l'institut de sondage Elabe, invité sur BFMTV.

"Depuis 1978, où la participation avait atteint 83% au premier tour des élections législatives, on n’a jamais revu un tel chiffre. Même depuis l’instauration du quinquennat en 2002 et l’inversion du calendrier, à savoir que les élections législatives ont systématiquement lieu après l’élection présidentielle, (...) on voit la participation diminuer petit à petit", constate notre intervenant.

À 17 heures ce dimanche, seulement 40,75% des Français s'étaient rendus aux urnes, selon le ministère de l'Intérieur. À titre de comparaison, en 2012, la participation au premier tour s'élevait à 48,31% à la même heure. Cette diminution s'inscrit dans la dynamique des derniers scrutins législatifs: en 2002 la participation finale était de 64%, pour baisser à 60% en 2007, puis 57% en 2012. 

D'après une estimation Elabe pour BFMTV, la participation pour le premier tour des élections législatives est estimée à 49% à 20 heures. Si cette projection s'avérait exacte, il s'agirait du plus mauvais taux de participation lors d'un premier tour de législatives sous la Ve République. 

"Ce n’est pas une bonne nouvelle pour la démocratie, ni pour les députés élus", estime le sondeur. En cas de faible participation, "ils ne (devraient) pas leur élection tant à la mobilisation des Français qu’au résultat de la présidentielle", et constitueraient une "assemblée faible par rapport au Président et au Premier ministre".

Peu de triangulaires?

Du taux de participation dépend aussi le nombre de triangulaires ou quadrangulaires possibles. Pour être directement élu dès ce dimanche soir, il faut obtenir 50% des voix des électeurs inscrits, et au moins 12,5% pour se qualifier au second.

"Comme il y a de moins en moins de votants aux législatives, il y aura très peu de triangulaires et de quadrangulaires ce soir", pari de son côté Bruno Jeudy, rédacteur en chef politique à Paris Match, et éditorialiste pour BFMTV.

"Il faut faire 12,5% des inscrits, c’est à dire que s’il y a 50% de votants, il faut faire 25% des suffrages exprimés", calcule le journaliste.

1,42 euro par voix 

Le financement des partis politiques est également impacté par l'abstention. L'aide publique qu'ils reçoivent est calculée à la proportionnelle: le parti doit obtenir 1% dans au moins 50 circonscriptions différentes et la formation doit être paritaire. Si ces conditions sont respectées, chaque voix pour les candidats du parti rapporte 1,42 euro par an pendant cinq ans. Une somme à laquelle il faut ajouter en moyenne 37.280 euros par an pour chaque candidat élu député, tous les ans.

Pour l’éditorialiste Christophe Barbier, il faut "être beaucoup plus moderne" pour redonner envie aux citoyens d’aller voter, via le vote électronique par exemple.

"Il faut redonner des ambitions aux électeurs", insistait-il par ailleurs ce dimanche matin sur BFMTV. "Il faut leur redonner des intérêts politiques d’aller voter, leur prouver que cela va changer quelque chose."

Liv Audigane