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EDITO - Nicolas Sarkozy: honni soit qui Mali pense

L'éditorialiste politique Jean-François Achilli

L'éditorialiste politique Jean-François Achilli - -

Nicolas Sarkozy a-t-il franchi la ligne en critiquant l’intervention française au Mali? Les propos rapportés de l’ancien président dans "Valeurs Actuelles", en kiosque ce jeudi, ont choqué, alors qu’un quatrième soldat français a été tué.

Les propos rapportés de Nicolas Sarkozy dans "Valeurs Actuelles", en kiosque ce jeudi, font décidément couler beaucoup d'encre. Alors que l'annonce de son retour en politique avait fait jaser à droite, notamment François Fillon qui pourrait retrouver son ancien "chef" en travers de sa route pour la primaire UMP de 2016, les propos de Nicolas Sarkozy critiquant l’intervention française au Mali ont choqué, alors qu’un quatrième soldat français a été tué. Le point avec l'édito de Jean-François Achilli.

Harlem Désir s’est chargé de condamner les critiques émises par Nicolas Sarkozy, "des propos d’autant plus déplacés que nos soldats risquent chaque jour leur vie", a souligné le Premier secrétaire du PS, avant de conclure en jugeant les termes utilisés "irresponsables".

La déclaration qui fait débat tranche avec la réserve de rigueur respectée jusqu’à présent à propos du Mali par tous les bords politiques: "que fait-on là-bas ? Sinon soutenir des putschistes en tenter de contrôler un territoire trois fois grand comme la France avec quatre mille hommes", s’interroge Nicolas Sarkozy, qui ajoute: "la règle est qu’on ne va jamais dans un pays qui n’a pas de gouvernement". Voilà pour la leçon en relations internationales administrée à François Hollande.

Le ministère de la Défense a parlé mercredi soir de "contradictions de fond"

L’entourage de Jean-Yves le Drian rappelle que Nicolas Sarkozy reconnaissait le Conseil national de transition libyen, et pas le colonel Kadhafi, quand la France est intervenue en 2011. Quant au Mali, il y avait un président par intérim, Dioncounda Traoré, quand les opérations ont été déclenchées.

"Vous pouvez critiquer certains aspects diplomatiques ou la nature de la coalition, mais pas l’engagement du brigadier-chef Wilfried Pingaud, victime d’un sniper", s’est indigné un proche de Jean-Yves le Drian, qui rappelle qu’à droite, Jean-François Copé, François Fillon ou Alain Juppé, qualifiés au passage "d’hommes d’Etat responsables", soutiennent l’intervention. Tout comme Marine le Pen, qui n’a pas eu un mot pour contester l’action de nos troupes.

Comment interpréter les propos de l'ancien président?

Peut-être a-t-il voulu prendre de l’avance, anticiper l’opinion: "il sait que le conflit va durer encore un moment, dans sa phase la plus dangereuse, que les Français vont apprendre de mauvaises nouvelles", analyse un collaborateur du ministre de la Défense qui précise que Jean-Yves le Drian va se rendre sur zone dans les plus brefs délais pour soutenir nos troupes.

Mais au fait, les propos rapportés de Nicolas Sarkozy ont-ils été "autorisés"?

L’entourage de l’ancien président les a catégoriquement démentis hier. Il ne faut pas le croire : Nicolas Sarkozy, hanté par son retour en politique, aurait validé chacune de ses déclarations, indique une source qui veut rester anonyme. L’entretien avec Valeurs Actuelles s’est déroulé en la présence notamment de Patrick Buisson, le conseiller et ami, accusé hier d’avoir droitisé la campagne présidentielle. Voyant monter la polémique hier, Nicolas Sarkozy a lâché à une proche qui s’inquiétait: "le mal est fait, c’est comme ça".

>> Ecoutez ici les Coulisses de la Politique de Jean-François Achilli de ce jeudi 7 mars 2013

|||Jean-François Achilli

Directeur de la Rédaction de RMC et éditorialiste RMC/BFMTV

Il intègre la rédaction de France Inter en 1998, puis le service politique en 2000, dont il prend la direction en septembre 2008. Il rejoint RMC en décembre 2012 comme directeur de la rédaction et éditorialiste RMC/BFMTV.

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