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EDITO - Leçon de Macron à un chômeur: "Sur la manière, il peut faire des progrès"

Le baromètre des éditorialistes - Les éditorialistes de BFMTV reviennent ce lundi sur les déclarations d'Emmanuel Macron samedi devant un chômeur visitant l'Elysée, à qui il a dit qu'il fallait "traverser la rue" pour trouver un emploi.

Ce samedi après-midi, Emmanuel Macron, qui accueillait des curieux à l'Elysée à l'occasion des Journées du patrimoine, a lâché quelques phrases qui semblent déjà destinées à rester dans la mémoire de ses détracteurs. A un jeune horticulteur qui lui faisait part de ses difficultés à trouver un emploi, il a rétorqué:

"Si vous êtes prêt et motivé, dans l'hôtellerie, les cafés, la restauration, dans le bâtiment, il n'y a pas un endroit où je vais où ils ne me disent pas qu'ils cherchent des gens. (…) Hôtels, cafés, restaurants, je traverse la rue, je vous en trouve, ils veulent simplement des gens qui sont prêts à travailler." 

Des propos qui ont été jugés méprisants par de nombreux observateurs. Et selon notre éditorialiste, Laurent Neumann, ce qui compte ici c'est moins le fait dont il est question que la réception des déclarations du président de la République. 

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> Laurent Neumann: "Ce que dit le président, il le pense"

"Ce qu’il a dit à ce jeune homme d’abord, le président de la République, il le pense. Il dit toujours ce qu’il pense. Deuxièmement, il le dit de manière courtoise. Et d’ailleurs personne n’est allé demander à ce jeune homme s’il avait trouvé les propos d’Emmanuel Macron méprisants. Ce n’est pas l’impression qu’on a sur les images. Troisièmement, ce qu’a dit Emmanuel Macron est vrai. Hier soir, je suis allé sur le site de Pôle Emploi où il y a plus de deux millions d’offres d’emplois en ligne. Vous savez quels sont les trois secteurs qui recrutent le plus ? En premier, horticulture et viticulture, exactement ce que recherche ce jeune homme. Ensuite, l’hôtellerie et la restauration. Et enfin, le bâtiment. Ça, c’est pour les faits.

Mais en réalité, ce qui est important, ce n’est pas seulement ce que le président a dit, c’est la manière dont c’est reçu. Il y a quelques mois quand il disait ce genre de choses, c’était pris pour des propos modernes, disruptifs mais quinze mois plus tard quand on voit les sondages, l’absence de résultats, c’est pris pour du mépris, de l’arrogance, de la distance. Il y a peut-être un problème dans la communication d’Emmanuel Macron, peut-être qu’il devrait s’abstenir de dire tout ça. Même si c’est vrai, et même si c’est sincère."

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> Christophe Barbier: "Alors, oui, il y a la manière" 

"Ça ne peut pas être une vérité en 2017 parce que le président a le vent dans le dos, et une erreur, une maladresse, une arrogance en 2018 parce qu’il est en berne dans les sondages. ‘Je veux qu’on soit sincère et qu’en homme d’honneur, on ne lâche aucun mot qui ne parte du cœur’. C’est Alceste qui nous dit ça dans Le Misanthrope. Et le président doit être celui qui dit les vérités même si c’est brutal. Qu’est-ce qu’on penserait d’un président démagogue qui dirait : ‘Ah , mon pauvre garçon, il faut vous aider, oh mon pauvre, j’ai rien à faire pour vous, c’est vrai, c’est difficile’ ?"

"Alors, oui, il y a la manière. Il y a la manière de le faire. Et, de ce côté-là, le président peut faire des progrès et il faut ajouter à la franchise, de l’empathie et de la pédagogie, et ça il ne sait pas trop faire."

Robin Verner