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EDITO - Gilets jaunes: "Ayez de l'audace, Monsieur le président"

Après un nouveau week-end de mobilisation des gilets jaunes, le chef de l'Etat s'adressera aux Français ce lundi soir. Il doit annoncer des mesures capables de calmer la colère. Pour notre éditorialiste Christophe Barbier, il doit faire preuve d'audace dans le choix de ces mesures, et retrouver une humilité.

C'est le moment attendu depuis plusieurs jours. Après un long silence, et un énième week-end de mobilisation des gilets jaunes, Emmanuel Macron doit prendre la parole ce lundi soir pour annoncer des mesures capables d'apaiser la colère des Français qui manifestent depuis un mois. A en croire ses proches, le chef de l'Etat n'est pas désemparé, mais prêt à renouer la confiance, un an et demi après son arrivée à l'Elysée. Pour notre éditorialiste Christophe Barbier, il doit ce lundi faire preuve d'audace dans le choix des mesures qui seront annoncées, et tout mettre sur la table, pour espérer retrouver l'esprit de la campagne présidentielle. 

> Christophe Barbier: "Il faut aller plus loin"

"On a une idée de quelques mesures et déjà on peut dire que ce sera insuffisant: accélérer la taxe d’habitation, défiscaliser les heures supplémentaires, pas seulement ne pas compter les cotisations sociales, mais ne pas les fiscaliser, donc tout ce qu’on touche, c’est pour soi. Il y a aussi la prime d’activité, inventée par Xavier Bertrand. Tout ça c’est bien, c’est concret, et ça peut être rapide si on accélère le tempo. Mais c’est insuffisant, c’est ce que les gilets jaunes appellent des miettes. Ils disent ‘on ne veut pas de miettes, on veut la baguette’. Ce sont de grosses miettes, peut-être un quignon. Il faut aller plus loin, Monsieur le président.
Il faut non seulement donner la baguette, donner la perspective de la baguette, mais surtout refonder la boulangerie, ça ne fonctionne, plus notre système. Il faut en profiter pour remettre à plat le système fiscal et le système social. Le premier siphonne toujours plus, le deuxième distribue toujours plus mal, on ne peut pas continuer comme cela, il faut donc tout mettre sur la table: les dépenses de l’Etat, les dépenses sociales, les dépenses des collectivités, voir ce que les Français sont prêts à sacrifier pour qu’on puisse baisser drastiquement leurs impôts et leurs taxes. Et puis il faut aller plus loin: il y a la boulangerie, et il y a le village. C’est notre République. Ils n’en veulent plus, ouvrons le grand débat institutionnel: quelle République voulons-nous? Le président élu au suffrage universel, on garde ou on change? L’Assemblée élue à la proportionnelle, pourquoi pas, le Sénat on supprime ou on garde? Ayez de l’audace, de l’audace, encore de l’audace. Son entourage dit qu’il n’est pas désemparé mais offensif, c’est plutôt sa nature, on a rarement vu Emmanuel Macron dépité et désespéré. Mais cela ne suffit pas. Il faut retrouver aussi une nouvelle humilité présidentielle. Le mea culpa a ses limites, mais Emmanuel Macron doit essayer de comprendre pourquoi ses petites phrases sont devenues des slogans contre lui. S’il trouve, il changera de discours, il retrouvera l’esprit de la campagne. Tout est possible, car les Français ont envie d’un leader."

> Laurent Neumann: "Si Macron ne parle qu'aux gilets jaunes, son allocution risque d'être ratée"

"Le président doit annoncer des sous, de l’argent. D’abord des mesures qui ne coûtent rien: de la considération, de la bienveillance, assumer ses responsabilités, dire qu’on s’est trompés, de la sympathie, de l’empathie, de la générosité. Rien que ça, ça ne coûte rien, mais c’est absolument fondamental pour engager la suite. Ensuite, de l’argent. On connaît les mesures qui sont sur la table, il y en a plein. Annoncez ce que vous voulez, mais de l’argent à la fin du mois, du concret pour les gens qui travaillent, et pour ceux qui sont à la retraite. Ensuite de la justice sociale, donner l‘impression et la réalité que ce sont les plus riches qui vont payer, et que les impôts, les taxes, vont être allégés. Et puis un dernier point fondamental d’un point de vue politique: ce soir Emmanuel Macron ne parle pas qu’aux gilets jaunes, il parle aux 80% de Français qui soutiennent les gilets jaunes. Et qui sont-ils? Ce sont les classes moyennes qui ont peur à leur tour de dévisser. S’il se contente de parler aux gilets jaunes, son allocution de ce soir risque d’être ratée".
C.V.