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De l'état de grâce aux couacs: les 3 premiers mois du Président Macron

Si Emmanuel Macron n'a pas tardé à endosser le costume présidentiel, le président de la République a connu trois premiers mois agités à la tête de l'Etat.

L'état de grâce n'aura pas duré: après un départ en fanfare, le quinquennat d'Emmanuel Macron est déjà marqué après trois mois par une série d'embûches. Ce premier trimestre, construit comme une antithèse de la présidence de François Hollande, a vu le contraste entre la majesté mise en scène par Emmanuel Macron et les difficultés politique de son gouvernement et de sa majorité sans cesse s'intensifier. 

Affaires politico-financières

Alors que le plus jeune président de la Vème République était d'abord parvenu à reconfigurer le paysage politique, regroupant au sein d'un même gouvernement gauche de la droite et droite de la gauche, le crédit politique du chef de l'Etat a très vite été entamé par les affaires.

Son bras droit Richard Ferrand à la Cohésion des territoires, le garde des Sceaux François Bayrou, la ministre des Armées Sylvie Goulard et la ministre des Affaires européennes Marielle de Sarnez ont en effet dû renoncer à leurs portefeuilles. L'horizon sur ce front ne semble pas dégagé, la ministre du Travail Muriel Pénicaud étant elle aussi impliquée dans une affaire politico-financière, en tant qu'ancienne directrice générale de Business France.

Majorité bousculée

Une perspective peu réjouissante pour l'exécutif, alors que la réforme du code du Travail est au menu dès la rentrée prochaine. Au Parlement, la bataille sera rude. La majorité, qui devrait cependant parvenir à voter l'ensemble des textes débattus, a déjà connu une entrée en matière houleuse avec le débat sur le loi de moralisation de la vie publique. Dans l'Hémicycle, l'inexpérience des députés de La République en marche (LREM), y compris lorsqu'ils occupaient le Perchoir, a été mise en évidence par l'opposition, tous bords confondus.

"La phase d'apprentissage, ça va bien, on fabrique la loi!", lançait ainsi, en plein débat, le député Les Républicains Philippe Gosselin.

Les novices de LREM ont peiné à trouver leurs marques à l'Assemblée, au point que le leadership du groupe parlementaire, confié à Richard Ferrand après son exfiltration du gouvernement, est désormais contesté en interne.

Manque de cohérence

Au sein du gouvernement, le même flottement semble régner: la fiction d'une répartition équilibrée des rôles entre "un président qui président et un Premier ministre qui gouverne" a rapidement volé en éclats, Emmanuel Macron contredisant Édouard Philippe sur l'agenda fiscal dans la foulée de la déclaration de politique générale de ce dernier.

Si l'Élysée a bien tenté un recadrage fin juillet, les ministres ont multiplié les erreurs politiques, donnant prise aux critiques d'une opposition pourtant réduite à portion congrue. Baisse de cinq euros des APL, coupe de 300 millions d'euros de budget pour les collectivités territoriales, suppression de la réserve parlementaire: sur chacun de ces points, le gouvernement a été mis en difficulté, peinant à expliquer son action.

Autoritarisme

Action difficile a défendre, lorsqu'elle contredit les promesses de campagne du candidat Macron. L'exécutif a bien tenté de faire valoir le devoir de réserve des militaires pour justifier l'éviction du chef d'état-major des armées Pierre de Villiers, mais la baisse de 850 millions des crédits de la Défense est à l'opposé des 2% du PIB de budget promis par Emmanuel Macron.

Le bras de fer avec le général de Villiers, pourtant reconnu pour ses qualités, a ainsi pu apparaître comme une volonté de "purger" l'héritage du mandat de François Hollande. La tentation d'un "spoil system" (pratique en vigueur aux États-Unis, consistant à remplacer les hauts fonctionnaires par des personnes du même bord politique que le nouveau président élu) à la française renforce encore un peu plus l'idée d'une volonté de verrouillage par l'Élysée de chaque rouage du pouvoir.

Dès lors, des voix commencent à s'élever pour dénoncer une forme d'autoritarisme à la tête de l'Etat, que la communication très maîtrisée du Président a de plus en plus de mal à masquer. Alors que la critique des institutions de la Vème République était jusqu'alors essentiellement portée par la gauche radicale, les éventuelles dérives d'un président "jupitérien" nourrissent l'idée d'une VIème République y compris à droite, comme chez Guillaume Larrivé

Louis Nadau