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Condamnation de Nicolas Sarkozy: le soutien de Gérald Darmanin à l'ancien président irrite à gauche

Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin, le 15 février 2021, à Annemasse

Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin, le 15 février 2021, à Annemasse - Philippe DESMAZES © 2019 AFP

Quelques heures après la condamnation de Nicolas Sarkozy pour corruption, le ministre de l'Intérieur a tenu à montrer son "soutien" et son "amitié" envers l'ancien chef d'Etat.

"Chacun sait l’affection, le respect que j’ai pour Nicolas Sarkozy, qui a été un grand président de la République, et qui en ces moments difficiles a évidemment mon soutien amical." Quelques heures après la condamnation de Nicolas Sarkozy à de la prison ferme pour corruption et trafic d'influence dans le cadre de l'affaire des "écoutes", le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin a réagi lors d'une courte prise de parole depuis Alès, dans le Gard, où il était en déplacement.

Déclaration "choquante"

Immédiatement, cette prise de position a provoqué une levée de boucliers de la part de l'opposition, en particulier à gauche où de nombreux cadres se sont indignés de l'affection affichée par l'homme fort de Beauvau. Visiblement désabusé, le Premier secrétaire du Parti socialiste Olivier Faure s'est fendu sur Twitter d'un simple "sans commentaire" qui en dit long.

Toujours au PS, le conseiller régional d'Île-de-France François Khalfon s'est de son côté voulu plus incisif, n'hésitant pas à qualifier de "choquante" la prise de position de Gérald Darmanin. "Cela apparaît évidemment comme un désaveu du travail de la justice et de la lutte contre la corruption dont il a la charge", tacle-t-il encore.

Enfin, pour la sénatrice socialiste Marie-Pierre de la Gontrie, "un ministre de l'Intérieur ne devrait pas dire ça." Clin d'oeil à l'ouvrage Un président ne devrait pas dire ça... de Fabrice Lhomme et Gérard Davet, consacré à cinq années d'entretiens avec François Hollande durant son mandat, de 2012 à 2017.

"Deux poids, deux mesures"

L'indignation ne s'est d'ailleurs pas limité qu'aux seuls rangs du Parti socialiste. La secrétaire nationale adjointe d'EELV, Sandra Regol, a elle aussi critiqué la prise de position du ministère de l'Intérieur.

"En France, si vous êtes condamné mais que vous avez du pouvoir, vous êtes donc soutenu par un ministre du gouvernement. Deux poids, deux mesures. Encore et encore", écrit-elle.

Pour le député EELV Sergio Coronado-Amish, il est important de souligner le fondement de la fonction qu'occupe actuellement le ministre. "Il n'est pas chargé de la lutte contre la criminalité? C'est vrai j'avais oublié, c'est Darmanin!", ironise-t-il.

Enfin, le député Nouveaux démocrates Aurélien Taché a lui aussi violemment critiqué la sortie de l'ancien maire de Tourcoing. "Le 'nouveau monde' vous salue bien. Le prochain qui vient me parler des promesses de 2017 et de mon peu d'égard envers elles sera immédiatement bloqué. Bonne soirée à la majorité", écrit-il.

Au-delà de la sphère politique, la déclaration a fait bondir d'autres sphères de la gauche, dont le journaliste et directeur de la publication de Mediapart Edwy Plenel , qui parle d'un "déshonneur" pour le pays.

"Cette déclaration d'un ministre de l'Intérieur en soutien d'un ancien président qui, selon le réquisitoire demandant sa condamnation, a 'oublié la République' et s'est rendu coupable de faits 'd’une particulière gravité' déshonore la République française", peut-on lire.
https://twitter.com/Hugo_Septier Hugo Septier Journaliste BFMTV